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22.05.2008
décider pour les autres...ma vie, mes classes!
Conseil de classe - campagne de l'Essonne - 18h30.
Arrivé il y a trois semaines dans mon nouvel établissement, je participe aux conseils de classe avec peu de choses à dire. pas d'appréciations, pas de notes, je m'attends à faire figuration. Introduction du chef d'établissement, synthèse du professeur principal, tour de table, CPE, élèves et parents...c'est alors que j'entends, très distinctement dans le brouillard de ma longue journée et de mes douces reflexions. "les questionnaires rendus par les parents d'élèves nous indiquent que les élèves sont très contents du dernier cours du professeur d'histoire consacré à la méthodologie". Sourires amusés de mes collègues. Le prof de français aussi recueille des lauriers pour son choix de livres.
Mais moi?
Alors ca, si je savais que pour ce conseil, les felicitations du conseil, c'est moi qui les aurais...
Un conseil de classe, c'est drôle. Surtout si des profs facétieux s'amusent à placer des mots. Mais au delà de l'ambiance il y a des choses terribles qui se passent. en 2mn, la vie d'une personne se décide. quelques résultats, un vague projet, des propositions familiales et le couperet de l'avis du conseil de classe tombe. orientation en seconde, en voie professionnelle ou redoublement? C'est une vie qui se décide. Alors que les dossiers passent aussi vite qu'à la chaine de l'usine. Une décision qui mériterait des années de réflexion et de préparation est prise en quelques secondes. Et parfois, on tranche. Cette élève, par exemple, qui a des notes modestes, des difficultés familiales, et qui a un projet, devenir institutrice. Au vu de ses résultats, l'échec en seconde est assuré. La voie professionnelle, elle n'en veut pas, pourtant elle y serait allée...Si en nous regardant autour de la table, entre collègues, nous n'avions pas senti que nous ne pouvions pas faire ça. Pas la voie de garage, pas l'impasse, pour celle-la. Et le redoublement, quasiment interdit par l'académie, a été décidé.
Mais tant d'autres cas qui passent, d'adolescents perdus dans leur recherche d'eux même, qui n'ont pas réfléchi et qui iront là où on leur dira d'aller. à 13ans, 14 ans, leur vie est décidée. Et j'enrage, j'enrage vraiment car je sais qu'en rentrant en sixieme, leur vie était déjà décidée. Et quand j'aurais envoyé mon 200eme élève en bac pro comptabilité, alors qu'il n'en veut pas, est-ce que je serais blasé? Est ce que je songerai à tout ca? J'espere.
J'ai épluché les dossiers de mes sixieme de mon dernier remplacement, dès le CM2, les lacunes apparaissaient, l'écart se creusait avec les autres élèves...pas de suivi, pas de deuxieme chance, pas de rattrapage, pas de perche tendue pour sortir du gouffre, notre système éducatif est bien cruel.
Et moi aussi je suis bien cruel. Vous ai-je présenté mes classes? Ma cinquieme agitée de professeur principal? Ces 3 élèves qui me gâchent la vie par leur insolence et leur refus de travailler? Ou tous ces autres que je retrouve en aide aux devoirs, adorables, et qui me font regretter d'avoir préparé une interro surprise pour demain? Et vous ai-je présenté ma cinquieme gentille? là où l'on bosse, où l'on sourit, où l'on se repose quand on a trop écrit? Et ma troisième blasée? Cet élève qui me prend de haut? Dont j'ai la lettre d'excuses dans la poche? Et ma troisième préférée? Ces élèves qui me rappellent MA seconde de l'an dernier? Quand on fait cours détendu qu'on avance vite et qu'on a du répondant? Et vous ai je parlé de mes 3ème fainéants? Réputés dans tout l'établissement. Moqués par les professeurs car ils ne parlent pas. Ce qui énerve parfois. Mais s'ils manquaient de confiance en eux? Ils sont très gentils en tout cas.
Voilà mes nouveaux élèves. Et tout va bien. Tout va bien dans la vie, et tout va bien dans l'engagement. On m'en propose d'autres d'ailleurs. Dans le syndicalisme. Mais déjà, j'ai des projets à achever. La gauche. L'Europe. Et ceux-là sont prioritaires.
22:31 Publié dans Le Prof | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, education, vie perso, college, pedagogie, prof
Commentaires
Ce serait quand même sympa, et c'est pas la première fois que je te le fais remarquer, d'arrêter d'associer voie professionnelle/voie de garage.
Surtout sachant que tu n'y connais pas grand chose, que tu n'y a jamais enseigné, que tu n'y a jamais mis un pied dans ta vie.
C'est lourd et c'est insultant.
Ecrit par : Croucrouch | 23.05.2008
je suis désolé mais ta reflexion est hors sujet. je suis homme mais je parle féminisme, je suis prof mais je parle agriculture. c'est un mauvais argument. Je ne suis pas insultant. Je suis pour une orientation choisie et non pour une orientation imposée. Ca demande une réforme complète des filières et une organisation de l'orientation tout au long de la scolarité. J'adorerai aider mes élèves à trouver des bacs pro qui les motive, des BEP qui les passionne, mais ce n'est pas le cas: je les envoie au casse pipe dans des filières qu'ils ne choisissent pas et pour lesquelles ils n'ont aucun gout. peux tu comprendre celà et arrêter de me taper dessus quand je parle enseignement pro? J'aime l'enseignement pro. aujourd'hui c'est une voie de garage, je veux que ca devienne un choix positif, et au delà de vouloir, je fais en sorte par mon engagement politique. tu peux répondre à ce commentaire.
Ecrit par : NICOLAS | 23.05.2008
Tant que les profs qui enseignent aux collèges considéreront comme toi, qu'aller en BEP c'est aller aux casse-pipe ils ne feront rien pour valoriser les filières professionnelles.
A voir la façon dont j'ai toujours entendu les profs parler des filières pro, effectivement, ça ne donne à personne envie d'y aller. J'y suis allée et j'ai vu.
J'ai vu quoi ? Autant de gens paumés que j'en vois aujourd'hui à la fac.
Non pas parce que les filières ne sont pas adaptés mais juste parce qu'on n'a jamais expliqué aux jeunes qui s'y trouvaient qu'ils n'étaient pas là uniquement parce qu'ils étaient en échec scolaire mais tout simplement parce que c'était une possibilité pour eux de réussir leur carrière professionnelle.
Si tu sors aujourd'hui d'une voie pro tu as bien plus de chances de trouver du travail et de progresser au sein d'un organisation qu'en sortant de la fac avec un master.
Et si tu penses que ce n'est pas la réalité, envoie 10 cv bidon avec un parcours moyen (BEP + bac pro+ 2 experiences pro) dans 10 menuiseries, je suis à peu près certaine que tu auras 5 entretiens et que tu seras embauché dans le mois.
Fais la même chose avec un CV présentant un parcours moyen mais généraliste (bac L+licence de communication+ 2 stages) et tu mettras en moyenne plus d'un an avant de trouver un emploi (et ce sera un CDD).
Ce que j'en pense de mon côté ? C'est qu'il faut ABSOLUMENT arrêter de dévaloriser les voies professionnelles et arrêter aussi d'envoyer des élèves en seconde générale à tout prix.
Si à 15 ans j'étais allée en seconde générale tu peux être sur que j'aurai redoublé, que j'aurai été en échec scolaire, que je n'aurai jamais su quoi faire de ma vie et qu'au mieux, j'aurai arrêté mes études lors de ma première année de licence, comme tant d'autre avant moi.
Les voies professionnelles ne sont pas des poubelles, et quand bien même on s'en sert comme telle, il faudrait peut être signaler aux élèves que rien n'est définitif, et que si le BEP ne leur suffit pas par la suite ils sont en droit de retourner vers le lycée général et de passer leur bac.
Ils ne perdront qu'un an mais l'experience qu'ils auront en sortant d'un lycée pro leur apportera un bagage et une motivation nécessaire pour réussir ce qu'ils entreprennent par la suite.
Ecrit par : Croucrouch | 23.05.2008






