Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • lancé dans les plaines lorraines

     Le TGV Est m'emporte vers des terres ignorées! Je travaille un jour sur deux près de la gare de l'est mais je n'avais pas eu l'occasion d'y prendre le train. Ou peut-être une fois pour me rendre au congrès de Reims de l'UNEF en décembre 2005. Ou peut-être aussi pour me rendre à Chalons en Champagne où je passais le CAPES en juin 2006. C'est toujours l'occasion de squatter le wagon bar, de se surprendre à admirer des paysages immensément verts, et à avoir une discussion de syndicaliste avec le chef de train. Évidemment.

    J'ai les traits tirés, je n'ai pas pris de café. Encore. Mais cela ne saurait tarder. J'ai des cours à bosser, mon sac de voyage ressemble plus à un cartable qu'autre chose. Je me rends à Stuttgart, je rends visite à Annika, et surtout je compte bien m'immerger rapidement dans la civilisation allemande, mes derniers cours de section européenne étant si..limités que j'ai honte. Livre de grammaire, pédagogie allemande, 3 jours de discussion shopping en souabe devraient améliorer sensiblement la situation.

    carte_ligne_LGV_EST.jpgC'est les vacances, je passe du cauchemar au bonheur. Le cauchemar, vous le connaissez. La gare RER baignée de lumière artificielle le matin, ce crissement du train MONA qui s'arrête à chaque gare, cette porte de la salle des profs si lourde à ouvrir et ces 3 étages à monter avec des élèves rouges et haletants...le cauchemar, c'est aussi ce bus bondé trois fois par jour, ces courses dans le metro, ces haut-parleurs que je hais et cette foule tout aussi épuisée que moi qui à 19h serait prête à tuer pour gagner une minute. Le cauchemar, c'est tout ce travail qui ne se fait que quand on l'impulse, qui s'évanouit à la moindre faiblesse. La solitude des responsabilités politiques, épuisante et déprimante dans l'Echec avec la même intensité qu'elle grise et remplit de joie dans le Succès.

    Et le bonheur? Le bonheur, je le récuse, il n'existe pas. Ou plutôt il est particulièrement éphémère et fugace. Il prend plusieurs formes. Il a de grands yeux qui se reflètent quand je me penche sur le pont St Michel. Il est creux et contient du mojito à la framboise, à la bastille, pour les happy hours cocktail. Il est de forme rectangulaire, et peuple les bouquinistes du Bd st michel, même le dimanche soir: c'est le livre, le seul objet qui me fait encore rêver. Surtout quand il est historique.

    Le bonheur peut avoir quatre pieds et être couvert de couettes. Même creusé au centre, il reste un havre et le soir, j'étreins le matelas, je m'y accroche pour échapper à la vie francilienne. Le bonheur peut se trouver à la station cluny-sorbonne, près du mac do, c'est alors une crèpe salée sans prétention qui me rappelle à la vie. Le bonheur peut être abstrait et s'appeller reconnaissance, il peut aussi être majestueux, s'élever à des dizaines de mètres et surplomber le parvis notre dame.

    Voilà ce à quoi je songeais hier soir, accoudé au dessus de la Seine. Après un bon weekend passé à parler éducation, insertion professionnelle et crise financière au conseil national du MJS, il me reste presque une dizaine de jours, quelques centaines d'heures pour soigner mes cernes, retrouver, au delà des rocailles provencales, Béziers, mes parents, Aurélie, et tout ce que j'aimerais beaucoup retrouver à la faveur des mutations interacadémiques qui démarrent le 29 novembre. No stress!

  • des pieds, des rails, des hommes et des projets

    article_RER2.jpgIl est 21h et je sors du métro. Il fait déjà nuit, les gens se dirigent mécaniquement vers le tourniquet, passent et dans une cohue poussive sortent de la gare. Le bruit des voitures remplace le crissement des wagons du RER, tout est allumé, les gens marchent mécaniquement, pressés de rentrer chez eux. Je marche rapidement, l'air est froid, le noir bleuté des nuits parisiennes est tapissé de lourds nuages.

    Tous les jours, je passe de nombreuses heures dans le bus, le metro et le RER. environ deux heures par jour. Beaucoup de temps où je travaille peu, où je lis beaucoup. C'est le moment de lire ces feuilles imprimées et pliées en deux ou de les remplir. Cette autorisation de sortie pour amener mes élèves au Louvre. La derniere circulaire du SE unsa sur la réforme du lycée. Une fiche que je viens de réaliser pour préparer un voyage à Bruxelles pour  mes premiere euro. Rencontrer une eurodéputée allemande, visiter le parlement européen, rencontrer la délégation du baden wurttemberg et visiter la maison régionale à Bruxelles, voilà comment je compte occuper les 36 heures que je compte passer la bas ("l'Europe des états et des régions, l'exemple de l'Allemagne").

    Ma tête fourmille, j'ai du prendre du doliprane. Beaucoup de choses me trottent dans la tête. Les exposés des sixieme que j'ai mal préparé, la sortie qui m'effraie. Les élections professionnelles  (2 décembre) qui se rapprochent. Des pensées plus moroses, des rêves...qui polluent la nuit, avec leurs grands yeux chargés de reproche.

    Je pense aussi à Pierre Mendes France dont je lis la biographie, tout comme Florian. Je respecte profondément cet homme de gauche sincère, guidé par le service de l'état. La conviction et l'intégrité incarnée. Homme à la fois de gouvernement, bien qu'étanche aux grandes idéologies du XXème siècle, mais surtout homme d'état, capable d'embrasser de sa hauteur de vue le monde, la société, l'économie. Un homme de dossiers, mais un orateur convaincant. Qui incarne aussi la distinction entre l'exercice du pouvoir au sein d'un gouvernement avec des priorités politiques, et le sens de l'Etat qui dépasse les partis. Peu d'hommes ont cette notion d'Etat, on retient leurs noms: Clémenceau, De Gaulle...Décrié ou loué comme pragmatique, il est surtout mal utilisé et mal compris: il a su prendre des décisions courageuses, a été un des premiers partisans du plan, et comme grand admirateur de Keynes, fervent défendeur de l'état interventionniste. Merci à tous les "renonceurs", d'arrêter de le citer.

    Ma tête fourmille et mes neurones ont du mal à arrêter de pédaler le soir. J'ai tellement d'idées à coucher sur le papier, sur la réforme du lycée, qui sera discutée au prochain CN, sur mes activités pédagogiques, pour mes efforts pour secouer certaines structures...il faudrait sans doute se concentrer, prendre du recul, ne pas tout faire à la fois, et garder du temps pour se sentir exister...et bien cette année encore c'est rapé. Toujours ce maudit manque de self-confidence qui m'oblige à pédaler comme un dératé pour me sentir un peu utile.

    Certains camarades vous décoivent (mais doivent ils vraiment considérer le militantisme comme un sacrifice??) d'autres vous rassurent! C'est le cas...d'Arnaud, qui ce soir, nous a dit au revoir...mais il ne va pas très loin. Je compte bien le croiser souvent, je regrette de ne pas avoir milité plus longtemps à ses côtés! Je lui dis merci pour le modèle qu'il nous a donné: militer avec humilité, garder ses convictions, ne pas assener des vérités mais essayer de convaincre, dans le calme et la bonne humeur!

     

     

  • Quartiers, villes et territoires de France...à quand une vraie politique d'égalité territoriale en France?

     inegalite_1.gifLes inégalités sociales, culturelles, familiales, sont à la base de l'inégalité des chances qui concernent tous les jeunes dans leur accès aux études supérieures, à l'emploi ou encore à la qualification de leur choix. Ces inégalités sociales sont traitées par des politiques publiques: l'accès aux transports fait l'objet de forfaits réduits, les bourses de l'enseignement supérieur permettent imparfaitement aux lycéens de choisir les études de leur choix.

    Mais qu'en est-il des inégalités territoriales? Quand la gauche prendra t'elle à bras le corps la problématique globale des inégalités territoriales? Vous n'avez pas les mêmes droits selon l'endroit où vous vivez. Vous ne payez pas la même taxe d'habitation, vous n'êtiez pas concerné par la même carte scolaire, et vous avez un accès plus ou moins facile aux services publics. Utilisons la démarche multiscalaire chère aux géographes. Un coup de zoom à l'envers et nous voilà au dessus d'une ville. Que ce soit Vitry/Seine en banlieue parisienne, ou Béziers au coeur du Languedoc viticole, deux jeunes grandiront au centre-ville et dans un quartier périphérique dans des conditions différentes. Ils n'iront pas à la même école. L'un pourra sortir le soir, dans un bar ou au théâtre, grâce aux transports en commun, l'autre attendra d'avoir une voiture. L'un aura la médiathèque à 100 mètres, l'autre aura deux correspondances de bus pour y parvenir. Le second, ne rêvez pas, n'ira pas. L'inégalité territoriale renforce les inégalités culturelles.

    Un coup de zoom en arrière encore, nous voilà au dessus d'un terroir, d'une région. Le jeune de St Pons, au bord du massif central, et le bachelier du lycée Joffre de Montpellier ne feront pas les mêmes études. Psychologiquement, le jeune de St Pons aura du mal à accepter d'étudier dans une capitale régionale en ne pouvant revenir que pendant les vacances chez lui, s'il ne veut pas passer ses weekends dans les bus et les trains, en y dépensant son budget mensuel. Souvent, il entamera des études courtes, en BTS ou en IUT près de chez lui, plutôt que de partir. Encore un coup de zoom. À l'échelle de la France, les inégalités territoriales se renforcent. La mondialisation concentre les échanges dans des régions dynamiques bien reliées entre elles. Avec la métropolisation, les grandes villes concentrent toutes les fonctions urbaines. Conséquence: certaines régions sont intégrées à ces processus et d'autres restent périphériques. On n'a pas accès aux mêmes emplois à Limoges et à Paris. Les places de journaliste, chargé de communication sont plus ou moins rares!

    Qu'est-ce que j'en sais? Comme habitant d'une ville moyenne, j'ai vu des camarades rester dans cette ville et sacrifier leur avenir. Comme élu étudiant d'une antenne universitaire, j'ai vu l'importance d'assurer la présence de l'enseignement supérieur sur tout le territoire. Comme Vice-président du CROUS, j'ai pu voir à quel point les étudiants éloignés de leur famille étaient parfois plus en difficulté, j'ai pu étudier le coût des transports et ses conséquences statistiques. Comme professeur itinérant, j'ai pu observer, des plages méditerranéennes aux tours de la banlieue parisienne, des élèves qui étaient nés au bon endroit. Ou pas.

    Qu'est ce que je propose? Pas forcément la création d'un ministère de l'égalité territoriale, mais plutôt une vraie politique d'égalité territoriale. À tous les niveaux, les services publics doivent être présents. Les maisons de quartier doivent être construites dans toutes les villes de 20 000 habitants pour rassembler tous les services publics de l'état et des collectivités territoriales, sous la forme de guichets uniques. Ces maisons de quartier pourraient assurer l'accès à l'aide sociale, aux services d'insertion professionnelle, aux aides à la création d'entreprises, aux réductions de transports ou aux tarifs culturels, partout sur le territoire. Des crédits massifs doivent être alloués au développement des transports en commun d'agglomération, en adaptant les dessertes aux besoins des jeunes. En matière d'égalité sur le territoire national, la carte des formations professionnelles et des formations supérieures doit permettre à tous les jeunes de faire les études de leur choix près de chez eux. Le développement des internats et du logement social étudiant doit faciliter le choix de filières qu'on ne trouve pas près de chez soi. Dans toutes les régions, des cartes multi-transports subventionnées massivement par les régions doivent permettre de réduire les inégalités territoriales.

    Ces propositions ne sont qu'une ébauche de projet. La gauche doit se saisir de cette thématique. L'égalité est un des principes fondateurs de la république. Il n'est pas respecté en France quand deux bébés naissant à la même minute sur notre territoire n'auront pas le même droit à l'avenir en fonction de leur localisation!

  • "Monsieur, faut pas mélanger le vert et le noir"

    cdi-2.jpgje fais du théâtre. La moitié de la journée, tous les jours, je fais du théâtre. Je joue la froideur (faire silence pour obtenir le silence) assez souvent. La fureur brutale et déchainée (hausser le ton en choisissant sa victime précisément pour faire un exemple) assez rarement, c'est la rareté qui provoque l'efficacité. Je joue le blasé aussi, même s'il vaut mieux éviter, c'est pas très porteur d'espoir. Je joue très souvent l'étonnement quand un élève récidive (genre j'en crois pas mes yeux). En fait je suis prof et comme je suis prof au collège mon premier boulot c'est de créer de bonnes conditions pour mettre un groupe de plusieurs dizaines d'adolescents au boulot. Je crois que je résume bien la problématique.

    Je prends beaucoup de plaisir à exercer mon métier. Je ne m'épanouis pas forcément d'un point de vue disciplinaire car la nuance exacerbée de l'historien a peu de prises sur les collègiens et les démarches multiscalaires du géographe égarent mes pauvres élèves...d'un point de vue humain je me gère. Plutôt pas mal. Beaucoup de bluff. D'un point de vue éducatif je m'épanouis parfaitement. Je me fais à l'apprentissage pied à pied des règles de vie qui caractérisent les collèges de la région parisienne (lève le doigt quand tu parles, dis moi bonjour en arrivant, te lève pas si je te donne pas la permission), et surtout je m'éclate dans l'aide méthodologique. C'est quoi ce type de document? Celui qui l'a fait il pensait à quoi? Dans ta phrase sois plus précis! Dans ta réponse, rappelle la question!

    Je suis co-responsable du destin d'une centaine d'enfants, ca me grise, et ca me motive.

    Et je fais quoi avec mes gamins? Bon je rigole assez depuis ma rentrée dans le paisible collège D. quelques sixiemes hystériques, deux ou trois endormis et des dizaines d'élèves de sixieme dont le but dans la vie semble être de donner une réponse pertinente à mes questions. Dans ma petite classe de troisieme qui me mettait en difficulté à la rentrée, les rebelles sont devenus affables, les cancres se sont mis au café et les autres commencent à me bouder quand je ne leur donne pas la parole. En première euro en revanche, je galère pour juger du niveau linguistique de gens qui sont pas si jeunes que ca par rapport à moi. Je passe des dizaines d'heures à prémacher des articles historiques allemands, je vais en passer d'autres pour les faire passer du cours historique d'allemand au cours d'histoire géo en allemand. avec de l'oral. Avec du travail de groupe. Avec du travail en autonomie. Moritori te salutant; ceux qui vont mourir te saluent, je n'en peux plus mais je vais y arriver.

    Et tous les matins c'est le bonheur "comment ca va monsieur?" "Monsieur faut pas mélanger le vert et noir mon pere est beaucoup mieux stylé" "Monsieur vous avez pas votre écharpe rouge?". Selon les classes, selon leur vigueur matinale ou leur apathie digestive, c'est cours dialogué, activité et reprise ou même pour les plus sympathiques travail en autonomie. On rédige, on discute, on affine...plus ou moins bien. je vais pas dire que j'arrive toujours à donner du sens à mes cours d'histoire et que j'explique bien les notions en géo. Mais bon, 2 ans d'ancienneté hein.

    Et la semaine prochaine? Exposés! travail au cdi et en salle informatique pour mes trois sixieme: on fait des panneaux sur les dieux égyptiens et on les présente en classe! travail de recherche sur les institutions de la Vème république avec les troisieme! On décortique et on explique aux camarades! Passage en oral individuel et exposé en première euro! On plonge dans les mécanismes du totalitarisme hitlérien. Et quand je dis plonger, je n'exagere rien...