Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

échecs scolaires

Echec01.jpgJ'ai exclu. j'ai découvert les joies du conseil de discipline "oh c'est maintenant que vous découvrez les joies du système éducatif français" s'est exclamé mon principal, alors que je m'étonnais de l'absence d'alternative à l'exclusion, sans dispositif relais pour accompagner les élèves en voie de déscolarisation...

J'ai exclu, ce qui est un peu embêtant pour un militant syndicaliste et politique, deux enfants du système éducatif. Sans avoir en fait beaucoup de choix...pénaliser les autres élèves d'une classe où les cris et les chaises fusent? Empêcher les enseignants de faire cours, alors qu'ils sont insultés et craignent les baffes? Ce serait se donner bonne conscience à peu de frais, être très hypocrite...La solution est autre: un système éducatif refondé dans ses rythmes et ses méthodes qui accrochent les élèves, mais aussi tout au long de la scolarité, des dispositifs externes et internes avec des moyens importants, bien répartis sur le territoire, pour remettre sur pied des élèves qui ne touchent plus le fond...ceci demandant évidemment de pouvoir compter sur des services sociaux et sanitaires forts, actuellement en voie de détricotage.

J'exclus tous les jours par ma pratique quotidienne. Quand je fais le meme cours pour 3 classes de sixieme, les memes exercices, je sais bien qu'ils seront excellement exécutés par ma tête de classe, avec le sourire qui plus est. Qu'en est-il des autres? Ils observeront une correction et une prise de notes trop vite menée alors que le programme et l'heure tourne. Il y a deux ans, devenant enseignant, je m'étais promis de ne laisser aucun élève sur le bord du chemin, de me battre pour chacun jusqu'au bout...Avant de me laisser rattraper par une innommable fatalité séculaire, basée sur des logiques d'orientation sélectives, sur l'autocensure des principaux interessés ou la pratique insidieuse de cours et de rythmes adaptés aux meilleurs...marche ou crève, elle est loin l'égalité républicaine!

J'exclus pourtant tous les jours. Comme fonctionnaire d'état et cadre du service public d'éducation, j'applique la loi et le système. C'est tellement plus facile de réduire au silence les élèves révoltés par leur échec, de rigoler devant des copies gribouillées truffées d'erreurs, de phrases sans verbe, signe évident de troubles de l'expression écrite qui ne faciliteront pas la vie de ces charmants bambins...C'est beaucoup plus facile de laisser de côté des élèves discrets qui s'enfoncent dans leurs lacunes, l'essentiel étant qu'on nous laisse tranquille.

Serait-ce de la lâcheté d'être aussi conscient des failles d'un système? Je le décrois. C'est dans d'autres cadres extra-professionnels que je lutte contre ces injustices, le projet éducatif du MJS et la contre-réforme du lycée du SE-UNSA faisant partie de ces moyens. Je ne suis, à mon grand regret, pas formé pour la pédagogie différenciée, le repérage de l'échec scolaire et tant d'autres choses utiles...à part amuser la gallerie et témoigner de ma sympathie à mes chouchous en difficulté, je ne peux rien pour eux. L'école non plus. Le système éducatif français leur proposera une seule chose: la voie professionnelle.

Je ne peux pas, à moi tout seul, terrasser l'hydre de l'échec scolaire. Pour le vaincre, il faut le connaître. Qui est-il? Il se nourrit du désespoir et de l'indifférence. En France, il n'est jamais pris en charge, à part quelques PPRE et RASED dont on voit de moins en moins la couleur, à part par des cours particuliers qui ne sont accessibles qu'aux plus aisés. J'en ai moi même donné (francais et allemand) mais jamais recu, et je ne sais donc pas faire les divisions. L'échec fait pleurer les parents et tourner la tête aux enseignants. L'échec scolaire favorise la désinvolture et devient perturbation. Il se traduit par la feuille blanche, la paraphrase, parfois aussi par un intense acharnement si décevant et attristant "fait des efforts", comme on dit sur les bulletins...Il se construit dès le plus jeune âge, renforcé par le "background familio-culturel", aggravé en cas de suivi parental peu rigoureux, se développe avec les lacunes, les exclusions de cours, les redoublements...et se répand comme une tâche indélébile sur le système scolaire français. Alors, comment l'exclure?

Commentaires

  • Je trouve ça bien Nicolas que tu n'abandonnes pas tes élèves en difficulté qu'au contraire tu te sentes investi d'une mission au delà d'un enseignement formel, et de les tirer vers le haut.

  • argh le problème c'est que j'y arrive pas tellement à les tirer vers le haut! mais merci pour ton message!

  • tes élèves ne lisent jamais ton blog ?

    C'est pas un peu chaud de se livrer comme ça ?

    En tout cas, chapeau !

  • et si cédric ils le lisent, mais franchement, qu'est ce que ca changerait si tu m'avais comme prof apres avoir lu ca?

Les commentaires sont fermés.