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Une heure de cours

theatre-scene.gifUne heure de cours, comme ca, ca a pas l'air méchant. 55 minutes après tout. C'est quand même pas une mi-temps de D1! Une heure de cours, c'est, ma foi, faire passer l'heure, faire quelques exercices et écrire quelques lignes dans le cahier, rien de très crevant! s.... de fonctionnaires! Et pourtant, le soir, il fait bon s'allonger entre deux poufs (euh les chaises ikea quoi) sur le balcon de Vitry. Se laisser bercer par les bruits de la route, des pompiers au bus, laisser la fatigue s'évaporer par tous les pores, sentir son bras flageolant parce qu'il est resté toute la journée levé à écrire (très mal) le cours au tableau, avec le feutre, ou le vocabulaire de ma section euro, à la craie (c'est 3 fois plus fatiguant...). Sentir ses jambes engourdies quand on ne s'assoit jamais pendant le cours...vaguement appuyé sur une table pour surveiller un secteur stratégique ou contre le mur, pour observer la classe au travail...ou en action, quand il faut monter, redescendre encore et toujours les 3 étages de mon perchoir...

Une heure de cours, c'est un monde en ébullition. C'est une salle de moins de 100 m² où vous êtes toujours seuls contre tous. C'est ma scène. C'est un rituel quotidien et immuable. Cette clé qui ne veut pas ouvrir la porte, ces élèves que je salue quand ils entrent, qui me répondent avec toutes les intonations possibles et inimaginables. Un tel me regarde à peine, un autre bouscule tout le monde pour passer, le dernier me sourit pendant qu'une autre m'apostrophe...Le cours s'installe, le premier rapport de force c'est justement cette rapidité d'installation. Un démarrage rapide, des élèves assis qui sortent leurs affaires calmement, est de bon augure. Au contraire, le bruit assourdissant d'élèves qui s'insultent de tous les côtés, gardent leurs manteaux et le sac sur la table, c'est le rapport de forces négatif qui s'installe, dès le début. Moment difficile du fait du bruit et du caractère décisif de l'entrée en matière, c'est le moment de séparer les élèves trop conviviaux...

Commencer un cours, quand tous ces aspects matériels sont établis, c'est quoi? Une indication: dans certaines classes cette première phase dure de 5à 10mn. Ensuite, pour ces pauvres élèves qui changent 6 fois de classe par jour, il suffit de remettre les pendules à l'heure. Les enjeux, la lecon, les devoirs...dans le désordre des débuts de cours, je bacle souvent cette phase. Erreur irréparable, le cours mal engagé ne peut se poursuivre que dans la brouillonnerie la plus effrontée.

Un cours se poursuit ensuite de mille et une manières, aucun ne se ressemble. Comme architecte, contremaitre, chef d'orchestre et metteur en scène, il faut impulser et s'imposer... Recentrer l'attention en essayant à la fois de poursuivre une explication d'introduction attrayante et de maintenir le calme necessaire. un exemple. "La guerre froide, c'est l'affrontement entre deux blocs - mehdi lâche ta regle - qui apres la seconde guerre - cyril tais-toi - apres la seconde guerre mondiale, sont en position de superpuissance - clément, qu'est ce que je viens de dire? " Ca c'est la mauvaise ambiance, assez fréquente...on peut y mettre un terme par une politique de terreur préventive: des mots durs, un silence absolu sous peine de torture éhontement perverse, etc. On a alors 2mn top chrono pour mener son intro avant que la marmite ne déborde.

Au delà de ces petites phases explicatives qui sont, contrairement à la pensée commune, réduites au minimum au collège (dans mon cas en tout cas) on a la mise en activité. Une tâche d'observation, d'analyse, d'argumentation. Des consignes claires, et un regard percant qui oblige tous les élèves à se concentrer: déplacements stratégiques, coups d'oeil par dessus l'épaule, chuts répétés...c'est une phase très active pour l'enseignant (à part avec la sixieme sage). Et ensuite, le meilleur moment, la mise en commun: c'est le moment où l'on peut faire travailler tous les élèves en corrigeant les exercices: un tel pour présenter le document, un tel pour le lire, un tel pour lire la question, la réponse, et un autre pour la compléter...c'est le meilleur exercice du chef d'orchestre qu'est l'enseignant...

Mais dans les faits..dans les faits on crie beaucoup, parfois en vain, dans les faits on punit, on change de places les gens (5 changements dans la sixieme chiante today!) dans les faits on met les élèves en faute ("quoi tu n'as pas entendu la question"), dans les faits, on cherche à la fois à créer un climat de travail, à poursuivre un projet de séquence et à faire participer tous les élèves, c'est épuisant! En vérité, c'est de la fatigue, de la colère, mais aussi beaucoup de rire, quand une troisième dit que "les Allemands, quand même, ils l'ont un peu cherché la guerre froide", quand vos fans vous houspillent ou quand une élève de première, entre deux exercices, vous raconte une blague de crocodiles...c'est le bonheur, quand un document fait réfléchir les élèves, quand une séance "marche" bien, quand vos élèves sourient et se moquent gentiment de vous parce que vous n'êtes pas nés avec un rétroprojecteur enchainé au poignet...C'est aussi ces élèves de sixieme qui trainent pour sortir, alors que le café ou le bus vous appellent, ces moqueries inter-élèves à réprimer sévèrement, ou encore la gestion-du-tableau-avec-un-oeil-dans-le-dos qui donne de méchants torticolis...

Une heure de cours, ce moment intense, que nous avons tous connu côté chaise, avec ses petits mots, ses rêveries, ses drames de classe et ses moqueries, cette envie de participer -ou pas- contenue...mais côté estrade, c'est encore autre chose...que j'aime!

Commentaires

  • Bah voilà, suffisait de demander! Il arrête de nous casser les bonbons avec De Gaulle et il parle de trucs intéressants!

  • Je suis certes née 29 mois plus tard que toi et ne t'ai donc guère connu durant ta petite enfance (mon ovule originel n'était pas encore fécondé par ton père, n'est-ce pas poétique ?) mais je tiens à signaler à la populace que je me souviens clairement d'un rétroprojecteur accroché à ton poignet dans ton enfance.
    Je pense que tu as refoulé cette part de toi même.
    Heureusement que je suis là pour pallier à ton amnésie post-traumatique...

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