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  • It was a cloudy night...

     800px-Tower_Bridge_London_Feb_2006.jpgI was sitting on a bank in a little garden. It was a windy, cold and cloudy night. There was no noise, only stars in the sky and a dog, little, deaf and blind, who was walking, snoring and jumping beside me. I was in a little garden, in the south of England, I was 25 and I was, at this moment, sure, that my life would be wonderful. It was a great moment.

    But a motor roared, the dog belled, and all was gone :-)

    Je suis en Angleterre depuis 4 jours. Remplacant au pied levé pour accompagner un voyage scolaire, j'ai quitté mes pénates vitriotes, mes disciples massicois (mais pas mes pensées rhodaniennes!) pour passer le Channel, dépasser les blanches falaises de Douvres, et découvrir les joies des séjours en famille...Mais procédons par ordre. Lundi, à 4h du matin, je me retrouvais devant mon collège, chargé de ma valise antique, confronté à des parents d'élèves matinaux pour me dévisager comme un accompagnateur-digne-de-confiance que je n'avais pas vraiment l'impression d'être. Le rendu de carte d'identités me permet de connaître un peu les élèves qui découvrent mon sympathique autoritarisme. Je fais la connaissance d'élèves de classes qui ne me connaissent pas mais qui sont adorables. Destination? Le sud de l'Angleterre, pour une série de visites quotidiennes qui nous ramènent tous les soirs à Little Hampton, petite ville côtière du West Sussex.

    Les élèves, dans le car, sont un peu terrifiés et excités par la perspective de découvrir leurs hôtes et, même à plusieurs, d'être confrontés à des familles inconnues et étrangères. Ils ne sont pas les seuls, mais moi je ne peux pas le dire. Petit à petit tout le monde est dispatché et à mon tour, avec mon chauffeur, je suis amené chez ma famille d'accueil. Enfin, je rentre dans des maisons « attachées » si familières depuis mes escapades londoniennes et écossaises. Ces maisons de la même couleur qui se ressemblent aux 4 coins de l'Angleterre, disposées de la même manière, avec leur salon aux baies octogonales, comme dans Harry Potter!

    Pendant 5 jours, j'ai découvert les tartes à la viande (steakpie), les douches bizarres, les switch pour brancher les appareils électriques sur les plots, et beaucoup parlé en anglais (ca m'a fait du bien!) avec de vrais gens, des Européens, assez ouverts, et ma foi, à part des petites choses marrantes (des sandwitch à l'oeuf à l'absence de rideau en passant par les sweetheart de mon hôtesse...conviviale et le rhum jamaïquain à 50 degrés), j'ai bien vu qu'on vivait pareil, de quelque côté de la Manche que l'on soit.

    Je visite, je marche beaucoup, entouré, submergé par 50 sympathiques élèves de 4eme/3eme qui se prennent pour des paparazzi en herbe et trouvent intéressant de me photographier mangeant un fish and chips...plus ou moins élégamment. Du fort de Newhaven au château de Beaulieu, des boutiques de Covent garden, à Londres, aux rues animées de Chichester et Canterbury, j'ai adoré rassurer ces élèves un peu déboussolés par les familles anglaises...Pas de citations facebook pour la semaine, quelques petites perles: Ma collègue d'anglais, après une petite remarque perdue à la fenêtre: « monsieur A. vous signale qu'il y a des moutons sur votre gauche » ou encore, alors que j'exprimais ma compassion pour des mouettes si moches, sur la plage de Brighton: « Monsieur » m'expliquait Alice  « Clara elle dit que vous ressemblez à une mouette »...Innocemment, comme une information évidemment.

    En bref tout va bien. Mon répondeur déborde, ma boite mail explose, ma journée de formation est en suspens et mon voyage de section euro bientôt abandonné, mais tout va bien, les vagues tressautantes et scintillantes, apercues à Deauville en septembre et maintenant à Brighton, ne refletent plus l'ombre du vainqueur de Trafalgar Square, des flottes franco-anglaises qui se disputaient la Manche, l'Océan, le Monde: comme le relatait le Guardian d'aujourd'hui, quand le nouveau premier ministre israélien veut reprendre la colonisation de la west bank et nomme un extrémiste aux affaires étrangères; c'est d'autres dangers qui se préparent, qui voilent l'horizon bruiné des faubourgs londoniens que j'ai quitté, a few hours ago...

    26/03, little Hampton, west sussex, england

  • Moi, la Manche, je vais la traverser!

    angleterre_1172476623.jpgGuillaume le conquérant, descendant des Vikings, duc de Normandie qui avait, comme fils illégitime, durement gagné son fief, avait sans doute plus d'appréhension que moi la veille de son départ pour la Terre des Angles, l'Angleterre. Sur la vague promesse d'un roi mourrant, il quittait un état puissant pour un territoire plein d'ombres et de forêts inextricables, la "Brittania" des Romains, là où les chars roulaient à gauche pour laisser la main droite libre pour combattre... A Hastings, le sort favorable des armes assurait à ce seigneur français la possession d'un royaume peu peuplé mais bien protégé par la Mer. Qui subjuguerait le monde au XIXème siècle après avoir terrassé la France.

    Dans un peu plus de 24h, je franchirais la Manche...Ce que Napoléon n'a pas pu faire, je le ferai!

    Vous vous demandez sans doute comment j'ose faire état de mes pérégrinations touristiques. Ce n'est point le cas, l'Education Nationale a jugé que j'étais plus utile comme animateur de colonies accompagnateur d'un voyage scolaire, que comme enseignant...Et je pars donc pour 5 jours visiter Chichester, Brighton, Londres et Canterbury...contraint de quitter ROMI, MONA, KROL et EFLA, mes fidèles compagnons, contraint de quitter les friches industrielles de l'Ile de France pour une autre île...

    Vous imaginez mes immenses regrets.

    Finies les soirées "maison blanche", où je me dis "mon dieu mon premier secrétaire, le secrétaire général de la maison blanche a quand même des responsabilités autrement plus écrasantes que le coordinateur régional du MJS Ile de France!" en sirotant mon lait ou miel ou mon thé citron sur le canapé IKEA de la colocation...Finies aussi ces voyages si longs dans le RER où je claque des doigts sur les rythmes endiablés de mon lecteur mp3 en remontant (difficilement) les marches hautes et innombrables du passage RER B/RER C de la station saint Michel...ma préférée!

    n56876219658_1738.jpg

    Demain, c'est le printemps des libertés! celà fait 4 jours que je bricole des pointages pour assurer le succès de cette belle manifestation. Le parti socialiste est de retour, il innove par de telles manifestations qui marquent la volonté d'être au centre d'une alternative politique. Ce n'est pas un one-man-show, c'est un rendez-vous politique avec des élus, des cadres associatifs et syndicaux qui ont à coeur de défendre les libertés publiques. Je suis de tout coeur avec Martine Aubry qui, aujourd'hui, en conseil  national du PS, lancait brillamment la campagne des européennes.

    Et mes élèves me direz-vous? Ils vont bien, merci merci. Les troisieme ont été au top dans un brain storming très interactif sur les Etats-unis. Reste un petit DM sur territoire et population, une bonne séquence sur l'hyperpuissance mondiale aggrémentée d'une projection d'un épisode de the west wing pour continuer, sur les chapeaux de roue, notre merveilleux périple vers le brevet des collèges. Les sixieme tablent péniblement sur des exposés mal préparés (mea culpa) qui ne va pas leur apprendre beaucoup sur la mythologie grecque, alors que mes premieres européennes découvrent avec délices le romantisme de Beethoven, Grimm et Caspar David Friedrich, qui feront l'objet de présentations orales à mon retour.

    La vie est belle...

  • RER

    rer.jpg11 jours sans écrire. On pourrait se dire que je suis trop occupé. Ou que je n'ai rien à écrire. Ou que je me détourne de ce blog plutôt régulier depuis deux ans presque. Et bien toutes ces raisons ont leur fondement. Je n'ai pas grand chose à écrire. Mes élèves sont sages, mes lecons assez banales (guerre froide et grèce, pas de quoi fouetter un chat), et j'avais pas le coeur à écrire. Peu de temps? Pourtant, depuis un mois, j'ai réduit de moitié mes engagements, la fatigue était trop forte, tout comme l'impression d'avoir atteint les limites de mon investissement physique et moral...je vous rassure, toujours l'envie de militer, mais seulement, l'indicible impression d'avoir quitté la route goudronnée des objectifs précis pour le chemin de terre rempli de nids de poules et de certitudes effilochées. Il me faudrait retrouver l'autoroute de l'espoir et des réalisations réalistes. De plus, j'ai compris pas mal de choses et revu mes priorités...

    et pourquoi parler de RER alors? Quelle choucroute et quel genou hein? Le RER, c'est ma vie, symboliquement, tristement, symptomatiquement, en rêve et en réalité. Le RER, c'est mon vélo, celui qui me transporte trois heures par jour, dans la semaine. Le RER, c'est ce truc qui roule vite et ne s'arrête jamais, un peu comme moi quoi. Le RER passe des franges campagnardes aux banlieues crissantes en passant par la capitale stridente, comme moi...quand le RER est fatigué, il s'arrête entre deux stations, et fait chier tous les usagers...de la même manière, quand je suis épuisé, comme actuellement, je tombe malade et j'embete tous mes camarades. même combat.

    Le RER, c'est la machine des banlieusards. Chaque matin, elle transporte ses pauvres ouvriers qui travaillent à Rungis, fatigués, très fatigués, qui dorment appuyés contre la vitre, bercés par un RER bringuebalant, pendant que je lis béatement, la Seine sur mon côté gauche, les cités moches de Choisy et d'Orly sur mon côté droit. la machine des banlieusards, c'est la musique des rapeurs qui sort puissamment des écouteurs de l'autre côté du wagon (vive les sourds), ou encore ces personnes agées, que je m'étonne toujours de croiser: on peut vieillir ici? C'est la cohue de 7h, la sortie en gare quand je plie mon livre et le place dans la poche intérieure pour rejoindre mon collège.

    RER un jour, RER toujours? je n'oublierai pas mon séjour parisien. J'ai débuté ici ma carrière, vu ce que c'était de naitre au pied des cités et de s'en foutre d'une école qui n'avait rien à vous apporter. J'approche de ma vingtaine de conseils de classe. Et je bous toujours quand les orientations sont hypocrites, quand on parle de manque de travail quand il n'y a aucun PPRE dans mon établissement, quand on ose plaindre un élève en difficulté sans lui proposer de parcours individualisé, et enfin, quand on accepte sans bouger un sourcil la logique sélective des filières du bac.

    Le RER, comme artère d'une Ile de France surexploitée. Les ponts enjambent les autoroutes qui survolent les berges...dix milles voies de communication, le bruit des claxons et des ambulances qui ne s'arrete jamais...ville de touristes, ville de fêtes que j'effleure à peine...Mon image préférée? Une vue de la banlieue est en sortant du tunnel de Vitry sur l'A86. Des usines, des cheminées, des routes, de la fumée, des cités et du gris à perte de vue...

  • Une heure de cours

    theatre-scene.gifUne heure de cours, comme ca, ca a pas l'air méchant. 55 minutes après tout. C'est quand même pas une mi-temps de D1! Une heure de cours, c'est, ma foi, faire passer l'heure, faire quelques exercices et écrire quelques lignes dans le cahier, rien de très crevant! s.... de fonctionnaires! Et pourtant, le soir, il fait bon s'allonger entre deux poufs (euh les chaises ikea quoi) sur le balcon de Vitry. Se laisser bercer par les bruits de la route, des pompiers au bus, laisser la fatigue s'évaporer par tous les pores, sentir son bras flageolant parce qu'il est resté toute la journée levé à écrire (très mal) le cours au tableau, avec le feutre, ou le vocabulaire de ma section euro, à la craie (c'est 3 fois plus fatiguant...). Sentir ses jambes engourdies quand on ne s'assoit jamais pendant le cours...vaguement appuyé sur une table pour surveiller un secteur stratégique ou contre le mur, pour observer la classe au travail...ou en action, quand il faut monter, redescendre encore et toujours les 3 étages de mon perchoir...

    Une heure de cours, c'est un monde en ébullition. C'est une salle de moins de 100 m² où vous êtes toujours seuls contre tous. C'est ma scène. C'est un rituel quotidien et immuable. Cette clé qui ne veut pas ouvrir la porte, ces élèves que je salue quand ils entrent, qui me répondent avec toutes les intonations possibles et inimaginables. Un tel me regarde à peine, un autre bouscule tout le monde pour passer, le dernier me sourit pendant qu'une autre m'apostrophe...Le cours s'installe, le premier rapport de force c'est justement cette rapidité d'installation. Un démarrage rapide, des élèves assis qui sortent leurs affaires calmement, est de bon augure. Au contraire, le bruit assourdissant d'élèves qui s'insultent de tous les côtés, gardent leurs manteaux et le sac sur la table, c'est le rapport de forces négatif qui s'installe, dès le début. Moment difficile du fait du bruit et du caractère décisif de l'entrée en matière, c'est le moment de séparer les élèves trop conviviaux...

    Commencer un cours, quand tous ces aspects matériels sont établis, c'est quoi? Une indication: dans certaines classes cette première phase dure de 5à 10mn. Ensuite, pour ces pauvres élèves qui changent 6 fois de classe par jour, il suffit de remettre les pendules à l'heure. Les enjeux, la lecon, les devoirs...dans le désordre des débuts de cours, je bacle souvent cette phase. Erreur irréparable, le cours mal engagé ne peut se poursuivre que dans la brouillonnerie la plus effrontée.

    Un cours se poursuit ensuite de mille et une manières, aucun ne se ressemble. Comme architecte, contremaitre, chef d'orchestre et metteur en scène, il faut impulser et s'imposer... Recentrer l'attention en essayant à la fois de poursuivre une explication d'introduction attrayante et de maintenir le calme necessaire. un exemple. "La guerre froide, c'est l'affrontement entre deux blocs - mehdi lâche ta regle - qui apres la seconde guerre - cyril tais-toi - apres la seconde guerre mondiale, sont en position de superpuissance - clément, qu'est ce que je viens de dire? " Ca c'est la mauvaise ambiance, assez fréquente...on peut y mettre un terme par une politique de terreur préventive: des mots durs, un silence absolu sous peine de torture éhontement perverse, etc. On a alors 2mn top chrono pour mener son intro avant que la marmite ne déborde.

    Au delà de ces petites phases explicatives qui sont, contrairement à la pensée commune, réduites au minimum au collège (dans mon cas en tout cas) on a la mise en activité. Une tâche d'observation, d'analyse, d'argumentation. Des consignes claires, et un regard percant qui oblige tous les élèves à se concentrer: déplacements stratégiques, coups d'oeil par dessus l'épaule, chuts répétés...c'est une phase très active pour l'enseignant (à part avec la sixieme sage). Et ensuite, le meilleur moment, la mise en commun: c'est le moment où l'on peut faire travailler tous les élèves en corrigeant les exercices: un tel pour présenter le document, un tel pour le lire, un tel pour lire la question, la réponse, et un autre pour la compléter...c'est le meilleur exercice du chef d'orchestre qu'est l'enseignant...

    Mais dans les faits..dans les faits on crie beaucoup, parfois en vain, dans les faits on punit, on change de places les gens (5 changements dans la sixieme chiante today!) dans les faits on met les élèves en faute ("quoi tu n'as pas entendu la question"), dans les faits, on cherche à la fois à créer un climat de travail, à poursuivre un projet de séquence et à faire participer tous les élèves, c'est épuisant! En vérité, c'est de la fatigue, de la colère, mais aussi beaucoup de rire, quand une troisième dit que "les Allemands, quand même, ils l'ont un peu cherché la guerre froide", quand vos fans vous houspillent ou quand une élève de première, entre deux exercices, vous raconte une blague de crocodiles...c'est le bonheur, quand un document fait réfléchir les élèves, quand une séance "marche" bien, quand vos élèves sourient et se moquent gentiment de vous parce que vous n'êtes pas nés avec un rétroprojecteur enchainé au poignet...C'est aussi ces élèves de sixieme qui trainent pour sortir, alors que le café ou le bus vous appellent, ces moqueries inter-élèves à réprimer sévèrement, ou encore la gestion-du-tableau-avec-un-oeil-dans-le-dos qui donne de méchants torticolis...

    Une heure de cours, ce moment intense, que nous avons tous connu côté chaise, avec ses petits mots, ses rêveries, ses drames de classe et ses moqueries, cette envie de participer -ou pas- contenue...mais côté estrade, c'est encore autre chose...que j'aime!