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  • réformes, sangliers et soucis quotidiens

    logo-france-inter.jpgIl est 15h, et il s'en faut de beaucoup que je ne me couche sous la table pour dormir. Au deuxieme étage d'un immeuble du faubourg St Martin (Paris X), ancien siège parisien de la puissance FEN, je rassemble la presse éducative du jour. sanctuarisation des établissements, rapport Apparu sur la réforme des filières, table ronde sur le lycée des métiers, il faudrait pouvoir réagir à tout. Réagir sans rester dans la défensive, réagir à plusieurs sujets sans être verbeux et vague, réagir quand les multiples suppressions de postes nous assomment, réfléchir quand; malgré tout on se retrouve dans certaines réformes, tout en combattant leur logique...

    Mais raisonnons chronologiquement. A 6h50, le réveil sonnait, mes yeux s'ouvraient, mes pieds se levaient et comme un somnambule je marchais vers la salle de bains, m'enfouir sous l'eau brûlante, pour classer mentalement, profitant de mon ébullition cervicale, mes dossiers de la journée...mes leçons d'abord: il faut finir la séquence sur Rome en sixieme et commencer les grands débats de la démocratie en troisième. Quelle évaluation? Quelle entrée en matière? Au delà d'une simple préparation technique routinière, il faut faire des choix. La buée du miroir m'évite de voir mes cernes, je m'habille et saute dans la voiture: france inter parfait mon réveil...

    Ou pas. France inter me rapelle surtout à mes responsabilités politiques. Le grand débat du jour? Les portiques à l'entrée des écoles, la fouille des cartables, les missions Apparu...j'ai rédigé un communiqué de presse http://mjs-idf.fr/2009/05/education-la-droite-ne-reussira-pas-sa.html très mitigé: rien sur le fond de la réforme, tout sur son contexte négatif et la logique gestionnaire du gouvernement. Comment se prononcer sur la redéfinition des cycles de formation et sur une réforme "light" du lycée que je trouve satisfaisante par certains aspects (travail personnel, accès à l'enseignement supérieur des bacheliers technologiques, casse des filières sélectives, réforme de l'orientation) mais que je désapprouve comme incomplète et pour laquelle mon syndicat pose la question des moyens http://www.se-unsa.org/spip.php?article1684? Comment, comme france inter le remarquait, ne pas se faire avoir par la droite en parlant sécurité alors que le vrai débat doit être l'Europe sociale?

    Mais, le ronronnement de l'A10 ne répond pas à ces multiples questions. Il faut déjà sortir de la voiture, s'extraire de cette carcasse matérielle pour pousser poussivement sa propre carcasse vers la salle des profs. Imprimer ses polycopiés. Aller chercher la sixieme sage qui porte des cartable dont le poids augmente visiblement après le 2ème étage, soutenir pratiquement les élèves les plus fatigués pour arriver au bout du couloir...Et finir ce satané empire romain. Dernier chapitre? La romanisation de la Gaule. Spécial kassdedi à nos ancetres les gaulois. Un merveilleux exemple de cours dialogué: "et donc les druides sont connus pour cueillir dans les arbres..."du sanglier monsieur!" Oui presque...Mes classes s'ébrouent, P. a faim, S. est toujours aussi agitée, N. toujours perdu dans ses nuages...

    A midi, je me retrouve à l'arrêt de bus, croisant mes élèves qui vont manger. Je pars pour solfé, puis pour mon syndicat, un chinois (enfin un menu quoi) coincé dans la bedaine, mon agenda google se déroulant dans ma tête pendant que mon MP3 décline les aneries stridentes et cajolantes de Kelly Clarkson et Taylor Swift...Conventions, réunions, RDV, diffs, meetings font de mes journées un patchwork, relié par un tissu de transports collectifs qui laissent peu de place au sommeil...Du metro, je ne vois rien, perdu dans "fortune de France" de Robert Merle, mon unique souci c'est la construction d'un royaume de France divisé par les Grands et les fanatiques. Je m'interesse à la vie de Pierre de Siorac comme à ma propre vie...en spectateur!

     

  • Sisyphe, patron des profs?

     sisyphe.jpgSisyphe n'était pas prof. Ca se saurait. Mais ce mythologique damné qui poussait son rocher sur une montagne avait un petit quelque chose du sacerdoce pédagogique. Tous les jours, je suis injuste. Cela faisait longtemps que je voulais l'écrire. Tous les jours, j'abandonne lâchement des élèves à leur échec, à leur haine de l'école, à leur tristesse et à leur colère. Tous les jours je le regrette, et pourtant, le lendemain, la comédie recommence. Tous les jours, je gueule sur de pauvres sixieme surexcités, affolant les plus sages, blasant les plus agités, tous les jours je punis les innocents et je laisse impunis les plus affreux jojos. L'enseignement en collège dans toutes sa splendeur, au crépuscule des années 2000...

    Comment en arriver là? Le temps d'un cours est rythmé par le professeur. Suivre le programme à tout prix, telle est la maxime. Vite il faut s'asseoir, vite il faut ranger ses affaires sur la table. À peine le temps de raconter son weekend, que déjà, les punitions pleuvent sur les élèves qui ne sont pas assez rapides. A tout prix, le cours doit commencer, aucune des 55mn du cours ne doit être perdu, pour parvenir au bout des 50 chapitres du programme. Et ceci dans toutes les matières. Combien de cris et de rancoeurs pour suivre ces objectifs! Combien de temps perdu en gestion pénitentiaire d'un quart de la classe qui n'a pas fait ses devoirs, n'a pas ses affaires, ne veut pas travailler et bavarde sans cesse? La moitié du cours. L'autre moitié pour les ¾ restants ? Non, la lecon doit avancer. Je ne réponds pas aux questions, je laisse à peine aux élèves le temps de s'exprimer, je passe à peine dans les rangs. Vaincre le bavardage, détecter l'inatention, foudroyer ceux qui se retournent...et j'oublie de corriger les exercices, de remplir la fiche d'appel ou de faire noter correctement les définitions notionnelles. Mea culpa!

    Que de victimes!

    • Les élèves en échec: j'ai rencontré quelques élèves tristes et calmes, travailleurs et soucieux, bien suivis par leurs parents mais en échec: difficultés méthodologiques, difficultés à se détacher du document pour avancer par soi-même. Pour certains, il s'agit de troubles dys- (dyspraxie, dyslexie) qui rendent difficiles la lecture, l'écriture, l'apprentissage ou les actions combinées. Sans accompagnement, détection, prise en charge par une AVS, cet échec passe inapercu. Il faut déranger pour être écouté, pour avoir droit à une vraie discussion en conseil de classe.

    • Les élèves en voie de déscolarisation: certains élèves, dès la sixieme, n'en peuvent plus de l'école. Marre de cette autorité souvent injuste, et de ces rythmes effrenés. Alors, ces élèves nous poussent à bout, font tout pour être virés de cours, s'absentent de plus en plus fréquemment. Souvent, pas de parents derrière. La déscolarisation est un processus implacable et cruel. L'école c'est la société, la classe c'est une tribu. L'absentéisme, c'est la marginalisation progressive pour un élève, mis souvent au fond de la classe. Heureusement, il existe encore des éducateurs pour les prendre en charge. Mais parfois c'est trop tard. C'est l'apprentissage.

    • Les élèves « perturbateurs »: qu'est ce qu'un élève perturbateur? Un bavard? Même les bons élèves sont parfois bavards. Le perturbateur refuse l'autorité, dommage, l'enseignant français pratique la pédagogie du knout verbal. Un bon élève n'est pas un élève mort, quand même, c'est un élève silencieux qui écrit son cours lisiblement et prend régulièrement la parole à l'oral, mais pas trop, et en levant la main si possible. En bref, le bon élève n'est pas un vrai adolescent. L'élève perturbateur, je le dis dès maintenant, ira droit au lycée professionnel. Il oublie ses affaires, le devoir à rendre, s'exclut de lui-même en créant son sous-groupe dans la classe qui a ses propres repères, musique de rebelle, raclement de la gorge (tchiper?) et d'autres encore. Certains dispositifs, comme la classe SAS (deux semaines de recadrage), le suivi de l'équipe pédagogique, le détachement d'avec son groupe d'amis, l'implication des parents peuvent le remettre dans le droit chemin...du lycée général.

    Vous l'avez compris, pour chacun de ces cas je pense à mes élèves, anciens, présents...et futurs? Ceux que j'ai candidement voulu sauver. C. en seconde, A. en troisième, à travers plus d'attention et mon fameux « effet moyenne » (surnotation exceptionnelle pour redonner goût à l'effort, NDLR) qui a failli marcher avant que la fatale et implacable machine de l'Orientation à la française (par l'échec) ne vienne réduire à néant mes efforts. CAP tant pis pour la motivation et l'espoir. Ceux que j'ai laissé tomber, M. de sixieme qui ne vient plus en cours. Ceux que je regarde s'enfoncer dans leur échec parce que je ne suis pas formé pour les aider comme S. de troisième ou E. de sixieme.

    Combien de victimes, encore, pour que l'Ecole change et s'interesse à tous les élèves? Combien de victimes du knout verbal, de l'orientation par l'échec, de méthodes pédagogiques désuètes et d'une Ecole qui renforce les inégalités sociales...qu'elle devait briser, croyais-je en passant le CAPES?

    Et si Sysiphe se rebellait?

  • l'Europe ce n'est pas que la mythologie, la paix et la prospérité...

    L'Europe ce n'est pas qu'un mot creux, l'Europe ce n'est pas qu'un fragment de mythologie, l'Europe ce n'est pas la paix et la prospérité portée à bout de bras par les euro-béats. L'Europe, à l'aube du XXIème siècle, 100 ans après le début de la première guerre mondiale qui ensanglantait le continent et mettait fin à son hégémonie mondiale, 40 ans après une crise économique mondiale qui changeait la société et aggravait les inégalités sociales et mondiales, ne peut être seulement productrice de directives alambiquées sur la taille des ampoules et l'organisation du libre-échange.

    Le projet du PSE pour une autre Europe est celui d'un parti européen, aujourd'hui moteur d'une opposition dynamique au parlement européen, dont sont issus nombre de pères fondateurs, de Willy Brandt à Jacques Delors! Ce projet représente une alternative pour une Europe décridilibilisée par la présidence Barroso qui n'a pas su réagir face à la crise, qui a renforcé l'eurosceptiscisme à travers la directive bolkestein et le projet de constitution qui institutionnalisait le libre-échange.

    Cette Europe là, nous voulons la changer! Croissance verte, juste échange, SMIC européen, traité social, directive cadre des services publics, tarif commun extérieur, Europe de l'éducation, nous avons une alternative globale et constructive pour l'Europe de demain. Cette Europe, nous la pensons comme un pôle politique, économique et social fort dans un monde multilatéralisé. Ce projet s'accompagne évidemment d'un modèle social et d'une politique de sécurité qui se détachent de celle des EU!

    le 7 juin, votez socialiste! C'est le seul vote pour permettre à une majorité de gauche de diriger l'Union Européenne. Même avec un parlement qui n'a pas tous les pouvoirs, vous pouvez mettre un terme à l'Europe de l'impuissance et des inégalités exacerbées, à l'Europe de Barroso, Sarkozy et Berlusconi!

    le 7 juin, un seul tour, un seul vote: l'Europe à gauche, maintenant!

     

  • du fougueux étalon à la mule poussive...

    4451_1049067954900_1471745613_30098114_2843730_n.jpgEt oui, je suis une mule poussive...une mule d'abord car mon caractère n'est pas toujours facile, et mon amour-propre assez titillable...poussive parce que je suis fatigué de mes voyages et de mes journées. Mais dire celà sur ce blog c'est se répéter, j'ai digressé mille fois sur le RER et le metro et toutes ses sympathiques stations qui sentent la rose et où les gens irradient le bonheur et la santé...Bon après je sais que vous aimeriez bien que je vous raconte à quel point mes élèves me martyrisent. Mais ces temps-ci rien de drole. Les troisieme avancent vite (brevet oblige), les sixieme assez vite (l'empire romain) et les section euro s'épanouissent dans la cuisine souabe...

    Mais alors qu'est ce qui ne va pas? l'incertitude sur l'an prochain, c'est certain. ca faisait plusieurs années que je ne pouvais pas me projeter, là c'est le cas. No future!!

    Et ma vie politique? Vous voulez parler des croix et des colonnes peut-être? à vrai dire, j'en rêve la nuit, c'est épouvantable. Pourtant; il y aurait tant à dire! et je m'y mets cette après midi. Pas de tv cette semaine, je m'interesse à mon orga. Pourquoi un tel silence cette semaine? Vous avez pas remarqué qu'on était en campagne? Moi non plus, à vrai dire. Et pourtant, la caravane passe, les militants aboient, et cette semaine, d'Alencon à Argenteuil et d'Evry à Béziers, j'ai peu dormi. Des plans foireux certes, sur l'autoroute du Mans, mais aussi de merveilleux moments sur la costa brava qui m'interdisent de me plaindre.

    DES ELECTIONS? Et oui personne n'est au courant. Et on remarque qu'aujourd'hui ce sont les médias qui font la campagne. Qu'un débat gauche/droite sur les européennes ne les interessent pas.Que les médias peinent à sortir des enjeux nationaux et purement interne des partis. La question des listes de l'Ump et de la participation de ségolene à un débat, semble plus interessante qu'un débat sur la directive services publics ou le SMIC européen...

    Si j'avais vraiment le temps d'écrire, j'aurais plein de choses à dire...sur les projets Descoings pour la réforme du lycée, sur ces difficultés quotidiennes de mes élèves en classe, sur cette loi HSPT sur les hopitaux qui ne passionne pas les foules alors qu'elle va désagréger le service public de la santé...mais il faudrait avoir le temps. Par malheur, le temps ne s'économise pas et ne s'achete pas. Il coule entre les mains, s'évapore, et les oiseaux de vitry commencent déjà à picailler, alors les bruits de voiture de la N305 m'avaient à peine bercé...