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08.11.2009
Episode n°2: le dernier des Montmorency
Episode 2: Le dernier des Montmorency
3 - destin rapide
Les clochers sonnaient la première heure du jour dans les villages alentour, et les deux camps guerriers s'éveillaient rapidement pour s'armer de pied en cap. La chaleur intense de ce 1er septembre tapait sur les têtes comme une massue et pourtant, les regards hagards des soldats royaux s'égayaient au vu des paysages du Lauragais: les champs de blé qui ondoient avec la tramontane, la garrigue sur les coteaux, les cimes voisines de la Montagne noire qui émergent sous les nuages et ces couleurs vertes et jaunes qui dépaysent tant les mercenaires...Comment pouvait-on se battre dans une telle lumière? L'ambiance est débonnaire dans le camp royal. La bataille est proche, mais les forces en présence laissent peu de chance à l'adversaire, qui n'a pas eu la présence d'esprit de lever le camp pendant la nuit.
De l'autre côté, les rebelles alignent leurs forces dans la plaine, entre deux villages, et les seigneurs rebelles passent leur revue. Les reitres allemands, l'air blasé, mâchent des restes de pillage, tandis que les vassaux et les miliciens, le ventre creux, effrayés du combat qui les attend, attendent avec appréhension leur baptême du feu. Pendant que les carrés de l'armée royale se mettent en place, les cavaliers prennent place sur les flancs des troupes. Le silence n'a pas le temps de s'installer sur le champ de bataille: Schomberg lance ses troupes à l'attaque en concentrant ses attaques sur l'aîle gauche: artillerie, cavalerie et mousqueterie s'acharnent sur de pauvres paysans qui trouvaient leurs impôts trop lourds et leurs récoltes trop légères. L'aile droite des Languedociens reflue. Cette retraite découvre les carrés du centre occupé par le duc de Montmorency. Les miliciens de Capendu et Montreal ne résistent pas à la vue des cavaliers royaux qui, profitant de l'aubaine, se sont rués sur eux. Ils fuient sans se retourner, laissant le duc aux prises avec la cavalerie royale.
Les reitres, de leur côté, hésitent, mais la déroute de la suite de Gaston d'Orléans, poursuivis par les carrés de piquiers royaux qui se mettent à courir, malgré leur lourd armement, hâte leur décision: Ils se replient aussi vite que leurs chevaux le peuvent vers la vallée de l'Aude et l'Espagne voisine.
Les piquiers sont déjà occupés au pillage des charriots de Monsieur, alors que le duc de Montmorency se bat encore au coeur de la mêlée des chevaliers. Soutenus par ses vassaux, il se bat comme un lion, mais les piques de 4 mètres de long n'ont aucun mal à le désarconner et à le blesser. À terre, sans connaissance, baignant dans le sang des derniers combattants, perdant le sang à flots des 17 blessures qu'il a recu, il est chargé sur un chariot et porté en triomphe vers le camp royal tout proche. D'un oeil entrouvert, il peut jeter un dernier coup d'oeil au miroitement lointain des méandres de l'Aude.
La bataille n'a pas duré une demi-heure. Sur une colline, le maréchal de Schomberg contemple le champ de bataille qui se transforme rapidement en foire au pillage. Cette dernière révolte nobiliaire écrasée, qui osera s'opposer au pouvoir absolu du Roi?
4 - l'exil
A quelques lieux de là, à Carcassonne, un messager entre dans l'auberge de la barbacane, aux portes de la cité. Couvert de poussière, il salue à peine l'aubergiste, monte les escaliers 4 par 4, frappe à la grande chambre du premier étage et entre vivement. 5 minutes plus tard, il part tout aussi rapidement, saute sur son cheval et passe rapidement les portes de la Cité pour prendre la route de Narbonne. Dans les rues qu'il traverse, les conversations vont bon train: la ville est restée loyaliste et s'apprête à recevoir le Roi qui doit y faire son entrée. La loyauté carcassonnaise sera t'elle récompensée? Le Roi va t'il gracier le duc rebelle, très populaire dans sa province? Qui va devenir gouverneur? Dans l'auberge, en revanche, pas d'agitation. Au premier étage, le lettre décachetée git sur le plancher. Une jeune femme, appuyée sur une table, se tient la tête entre ses mains et pleure. À côté d'elle, un berceau abrite un nouveau-né qui se réveille et s'agite. L'enfant se rendort, au milieu de linges en tissus précieux, portant des armoiries marquées par 4 aigles.
Anne de Viau, fille de Théophile de Viau, poète à la cour des Montmorency, vient de recevoir un dernier message de son amant. Perdant tout espoir de la revoir, il lui demande de se rendre, en utilisant son réseau de poste et son carosse, à Banyuls, en pays catalan. Des chevaux de rechange l'attendront ainsi à Lezignan, à Sigean et à Rivesaltes, tandis qu'une flute hollandaise a ordre de l'amener en Angleterre où une nouvelle vie attend Henri, dernier rejeton d'une des plus vieilles familles de la noblesse française.
13:36 Publié dans l'historien-géographe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, livres, béziers






