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La (trop) lente démocratisation de l'école

heritiers-65d6f.jpgL'école publique n'a été pas forcément été créée par Charlemagne, ni vraiment été fondée par Jules Ferry. En revanche, les années 60 l'ont unifié et Jospin l'a bouleversé. L'histoire de la démocratisation de l'école ne peut se raconter sans s'intéresser aux lois qui ont accompagné son ouverture, à ses regressions, à ses combats syndicaux et aux mouvements pédagogiques qui l'ont questionné tout au long du XXème siècle.

Etudions tout cela de manière plus précise, en suivant un fil chronologique qui commence à la fin du XVIIIème siècle. Je laisse de côté les universités médiévales qui, à partir du XIIème siècle, diffusent le savoir de l'antiquité dans le domaine du droit, de la médecine ou encore de la théologie . Je préfère me consacrer aux collèges qui apparaissent à la même époque, et qui, à partir du XVIème siècle, vont être administrés par des ordres religieux tels que les Jésuites. Si les collèges s'adressent avant tout aux élites sociales, de la noblesse de robe notamment, voire des bourgeois, les Jésuites ont été les premiers acteurs d'une certaine démocratisation: pédagogie intéressante (rôle des élèves dans la classe, prise de notes), gratuité des études...Le XVIIIème siècle représente l'apothéose de cette phase avec l'introduction de l'histoire, de la géographie, de la littérature française et de la physique dans les enseignements (en plus du latin et du grec).

La révolution et le premier XIXème siècle représente une phase d'organisation et de débat. La république créée des écoles communales et des écoles centrales chargées de développer la culture et la citoyenneté. La gratuité et la laicité deviennent la règle mais l'obligation est abandonnée par la loi Daunou de 1796 tandis que Condorcet a fait de l'éducation un débat révolutionnaire. Napoléon reprend cette organisation pour créer des lycées militarisés en 1802 qui constitueront un modèle pour tout le XIXème siècle. Cette évolution est remise en cause par la restauration: si l'obligation des communes à assurer l'instruction primaire est confirmée en 1816, si le premier programme du baccalauréat est élaboré en 1823, la Loi Guizot organise la dualité du système scolaire français en créant des écoles primaires supérieures destinées aux classes populaires, le lycée étant réservé aux plus fortunés. De plus, la Loi Falloux de 1850 encadre, facilite l'enseignement privé et organise le contrôle de l'école publique par l'Eglise.

Les lois Ferry des années 1880, inspirées par son conseiller Ferdinand Buisson, font partie d'une série de lois républicaines qui instaurent la démocratie municipale, sociale et officialisent les symboles de la république. Au delà de la célèbre gratuité, obligation et laicité scolaire, elles permettent le développement d'un corps d'enseignants qui passent par des écoles normales installées dans chaque département par la loi Guizot de 1833. Les filles sont aussi concernées par les lois Ferry. Une école normale de filles (1838) et un lycée de jeunes filles (1867) avaient déjà fait leur apparition, tandis que la mixité ne sera réalisée qu'un siècle plus tard (programmes scolaires identiques en 1924, mixité des classes et des établissements dans les années 1960). Le développement de cette nouvelle corporation s'accompagne de la naissance de mouvements pédagogiques, parfois basés sur des écoles expérimentales ou des penseurs tels que Pestalozzi ou encore Montessori. Après la sanglante première guerre mondiale, des instituteurs veulent favoriser une « éducation nouvelle » (participation des élèves à leur formation) basée sur l'épanouissement des élèves. C'est le cas de Célestin Freinet, partisan des méthodes actives pour une éducation globale.

La troisième république ne verra plus de révolution scolaire à part la gratuité des études secondaires en 1933. Les amicales d'instituteurs apparues à la fin du XIXème siècle deviennent des syndicats enseignants après la seconde guerre mondiale, affiliées à la CFTC (SGEN) ou à la CGT (SNI). Les ambitieux projets du front populaire et de la libération pour démocratiser l'éducation ne seront pas mis en oeuvre et, au début des années 1960, l'accès aux diplômes de l'enseignement secondaire et supérieur reste limité à une minorité. Le système français est marqué par sa dualité: d'un côté les écoles primaires et les écoles primaires supérieures restent populaires, de l'autre côté les lycées et leurs petites classes forment les catégories supérieures. A ce moment, les enseignants ont vu leur nombre exploser et leurs syndicats (SNI au primaire, SNES au secondaire), sont restés autonomes au sein d'une Federation de l'Education Nationale (1948), entourée par une nébulleuse d'organisation mutualistes (MAIF, autonome de solidarité, CAMIF, MGEN) qui ont renforcé l'homogénéité de cette corporation.

Les années 60, avec l'allongement de la scolarité jusqu'à 16 ans, la création des collèges (CEG en 1963, CES en 1968) et la construction d'infrastructures universitaires (universités, cités et restos U avec la création des CROUS en 1955) dans les capitales régionales, vont provoquer une large massification de l'accès à l'enseignement secondaire et supérieur. Le collège, restait divisé en filières, devient unique avec la loi Haby de 1975 tandis que la création du baccalauréat professionnel par le ministre Chevènement (1985) et un effort massif pour l'éducation permettent de doubler la proportion de bacheliers (de 30 à 60% d'une classe d'âge) dans les années 1980.De 80 000 candidats en 1960, le baccalauréat est passé à 642 000 en 2010. Toutefois, ces réformes de structure ne s'accompagnent pas d'une refonte globale du système scolaire, et les inégalités ne font que se déplacer, notamment du fait d'une orientation sélective et élitiste. L'échec scolaire va devenir une plaie du système scolaire français avec pour seule issue l'orientation professionnelle et le redoublement.

Depuis les années 1980, l'accès à l'enseignement supérieur, l'orientation dans ses différentes filières, du BTS à l'université en passant par les grandes écoles, est resté marqué par des inégalités sociales qui n'ont pas regressé, malgré la création d'antennes universitaires délocalisées dans les années 80 et 90. Ainsi, si les fils de cadres représentent 12% des effectifs de sixieme, ils représentent 29% en terminale scientifique et 42% en première année de prépa. Ainsi, 22% des enfants issus de professions libérales réussissent leur première année de médecine contre seulement 7% chez les fils d'ouvriers. Enfin, on trouve en licence de droit 30% de fils de cadres et 11% de fils d'ouvriers et en licence d'AES 15% de fils de cadres et 20% de fils d'ouvriers. En 2005, une étude du CROUS de Montpellier indiquaient qu'on trouvait 35% de boursiers en plus en IUT qu'en médecine et 10% de plus à Nimes, ville moyenne, qu'à Montpellier, capitale régionale.

Les deux dernières décennies ont été marquées par un clivage politique majeur: après le débat sur l'école privée: soutenue par l'état depuis la loi Debré de 1959 qui rémunère les enseignants des écoles sous contrat, remise en cause par le programme du président socialiste Mitterrand, restée au centre du débat éducatif depuis. D'un côté, la gauche a proposé un nouveau tournant pour l'école avec la loi d'orientation pour l'école de 1989: création des IUFM pour faire de l'enseignement un vrai métier (les instituteurs deviennent des « professeurs des écoles »), élève placé « au centre du système scolaire », développement du travail autonome des élèves (ITT puis TPE et ECJS sous le gouvernement Jospin, en 1997). D'un autre côté, la droite regrettait à grands cris l'échec de l'école pour mieux la démanteler (suppression de postes massives depuis 2002, orientation précoce, etc.) et pour mieux remettre en cause ses orientations progressistes (formation pédagogique des enseignants, travaux personnalisés des élèves avec la suppression des TPE de terminale en 2004 et la suppression des IUFM en 2010).

Enfin, à côté de revendications traditionnelles des syndicats enseignants (moyens, postes, salaires), émergeaient des revendications plus globales de la part des associations de parents d'élèves, de syndicats minoritaires ou de mouvements pédagogiques pour une refonte du système scolaire basée notamment sur les systèmes éducatifs nordiques (méthodes pédagogiques actives notamment). Leurs revendications ont été partiellement entendues dans le cadre de la réforme du lycée de 2009 (temps d'accompagnement, options transdisciplinaires, autonomie pédagogique des établissements...). Toutefois, l'éducation a fait l'objet de réformes libérales sous couvert de pénurie budgétaire (suppression de postes, moyens pour l'éducation prioritaire, etc.) qui remettent en cause la démocratisation de la réussite scolaire et universitaire et promeuvent des systèmes de direction type entreprise dans les universités (Loi LRU) et dans les établissements scolaires. C'est pour améliorer l'accès et la réussite des étudiants que des organisations de jeunesse telles que le MJS (les jeunes socialistes) ou l'UNEF (syndicat étudiant) réclament l'instauration d'une allocation d'autonomie permettant aux jeunes de choisir les études de leur choix.

Commentaires

  • Bonjour,

    l'Afev organise le 22 septembre prochain la troisième Journée du refus de l'échec scolaire sur le thème des « souffrances à l'école ». Vous trouverez sur notre site internet www.refusechecscolaire.org une description de cette journée ainsi que le programme pour le débat parisien qui se déroulera à la Bellevilloise entre 13h30 et 17h30.
    Nous espérons pouvoir vous compter parmi les participants et, si ça vous intéresse, n'hésitez pas à relayer l'information.
    www.refusechecscolaire.org
    www.afev.org

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