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  • Donner du sens aux "Lumières"

     

     

    Louis_XV.jpgFinie l'Europe et le monde, les routes maritimes et les empires coloniaux, la traite et l'esclavage. J'attaque les "Lumières", et comment ne pas vouloir faire une bonne lecon sur cet épisode majeur de l'histoire mondiale? L'égalité, la liberté, la démocratie ont pris tout leur sens au XVIIIème siècle. Toutes leurs allégories et toutes leurs incarnations aussi. Sur quelles oeuvres s'appuyer pour parler de ce mouvement intellectuel, artistique et littéraire? Quels épisodes, quels évènements aborder en priorité pour illustrer le triomphe de la raison sur l'ignorance? Le programme de 4eme propose de s'intéresser aux philosophes et à l'encyclopédie, au rôle des scientifiques..Je me suis donné deux heures, et ca va très vite...

    J'ai choisi pour mon premier cours d'étudier le tableau de Louis XV en costume de sacre. Les choix du manuel m'ont guidé. La monarchie absolue est personnifiée et c'est l'occasion de décrire ses fondements, que les lumières cherchent à détruire. Le récit de l'affaire Calas était pour moi le moyen de parler de tout ce que les lumières combattent: l'intolérance, l'injustice, l'obscurantisme, l'absurde torture...je n'y suis pas encore mais je dois trouver le moyen de poursuivre mon étude de fil en aiguille: parler de Voltaire, parler du traité contre l'intolérance, travailler sur les despotes éclairés, sur la monarchie anglaise, sur les salons et les cafés, et enfin, s'intéresser à l'encyclopédie.

    Au-delà de ce cheminement, en deux heures, l'idée serait de triturer des documents de type différent pour appréhender les idées des lumières, ses vecteurs, ses voyages et ses lieux. Mais il faudrait que je m'élève, sans anticiper sur la révolution francaise ou meme sur celle d'Amérique, les idées des lumières se déplacent à une vitesse vertigineuse. Première difficulté. La conclusion sera une transition vers le prochain chapitre d'éducation civique: les libertés. mais au-delà du récit, des documents, des cartes et des oeuvres, comment faire vivre cette émulation intellectuelle si vaste et à la fois si limitée aux milieux privilégiés; comment communiquer et faire sentir l'élan progressiste, optimiste qui se propageait dans les salons?

  • doute didactique

    Aurelie a raison, j'avais gardé en mémoire les bons souvenirs de mon métier. J'avais oublié que comme un médecin ne sauve pas des vies tous les jours, un professeur ne change pas celle de ses élèves tous les matins. J'avais oublié le vacarme que provoquaient 10 chuchotements conjugués, l'angoisse du flottement entre deux activités, le stress de la parole à distribuer quand 10 doigts se lèvent, en mode conférence de presse à la maison blanche.

    pédagogieJ'avais oublié certains détails, qui font qu'aujourd'hui, j'angoisse à l'idée de faire partie de ces profs brouillons ou dépassés, ennuyeux ou...oubliés. 3 ans d'ancienneté, et toujours ces erreurs du débutant. Mes proches me croient laxistes et me ressassent des lieux communs « tu dois avoir plus d'autorité, tu dois sévir au moindre mouvement, les élèves aiment les profs justes et sévères... » Quelles belles images d'Epinal des instituteurs respectés qui contaient l'histoire de France, des grandes batailles et des grands hommes, restées dans les mémoires de ceux qui étaient assis sur ces mêmes bancs que je contemple, derrière mon bureau. Ils croient que je rêve popularité peut-être? Bien que la vie sur l'estrade fassent de nous des bêtes de scène, je rêve seulement d'éveiller la curiosité. Et si possible, donner une chance à ceux que l'Ecole rejette.

    Sauf que sur l'estrade, les problèmes sont différents. J'ai retrouvé mes petits réflexes pratiques, professionnels, la gestion de l'espace...mais je fais des erreurs. Je commence une activité alors qu'il ne reste que 10mn, j'oublie à la rentrée d'indiquer que le cours sera noté à droite et les titres en rouge. J'essaie d'être fidèle à mes convictions: travail de compétences avec les documents et bientôt à l'oral, activités alternées en cours du récit aux questions...mais c'est fade. Quel gachis de ne pas arriver à raccrocher le commerce colonial à la mondialisation. Quelle défaite de ne pas faire réfléchir mes élèves sur les libertés en bossant sur l'esclavage. Et si j'arrivais à les ennuyer en parlant des lumières? Ce serait le ponpon.

    Vos profs justes et sévères, vous les écoutiez parce que leurs cours étaient intéressants. Faire taire une classe par le regard, quelques carnets relevés, des mots brefs, une attitude théatrale, je peux. Mais quand le cours ne fait pas sens, le charme (le bluff?) est rompu. Je rêve que mes cours éveillent l'intérêt des ces adolescents des petits villages du Narbonnais.

    Mais pour pouvoir aider les challengers de la reproduction sociale, pour pouvoir traiter les difficultés individuelles, il faut passer par le respect des règles collectives, imposées, et punir quand un élève prend la parole sans la demander, se lève quand ce n'est pas prévu, réplique à une consigne, se dispute avec un autre. En même temps, il faut assurer le service administratif: les absences, les carnets, l'infirmerie, les élèves qui reviennent de la vie scolaire, les papiers à distribuer. Avant tout, il faut faire travailler ceux qui en ont envie, distribuer la parole en faisant participer le plus de monde. Arpenter les endroits chauds, les angles morts de la classe. Et cela prend du temps, et ferait parfois presque perdre de vue le fait que j'enseigne l'histoire et la géographie, que ces petits chapitres soulignés en rouge sont des clés, fragmentées de la comprehension du monde.

    Je ferai de mon mieux. Pour faire mentir Bourdieu.

  • Retour sur scène

     education,prof,pedagogieJ'appréhendais beaucoup mon retour sur l'estrade. Deux ans à travailler au bureau, au téléphone, à visiter des collèges et des lycées quand les élèves n'y sont pas, j'avais peur d'avoir tout oublier, d'être maladroit en cours, désorienté, dépassé. Mes premiers cours m'ont rassuré, je retrouvais mes vieux réflexes: m'asseoir sur une table, gérer la salle par le regard, mettre au travail, un par un, les élèves, pour les activités...Pourtant, au bout d'une semaine, je dois me rendre à l'évidence, je ne suis pas un prof modèle. J'ai oublié de faire décorer la première page du cahier, d'indiquer que la page de gauche était réservée aux activités et que les titres devaient être écrits en rouge. Lourde erreur, désorientante au possible pour mes gentils élèves.

    Je m'étais promis d'en finir avec mes erreurs de débutant, de donner du sens au cours, de la hauteur à mes exposés, de la rigueur à mes déroulés. D'enseigner, d'évaluer autrement. J'en suis encore loin. Je veux faire mieux. Le programme de Quatrieme se prête à merveille pour ces objectifs: les chapitres d'histoire et de geographie ont pour fil rouge la mondialisation, mais je ne m'y réfère pas assez. L'entrée par étude de cas permettrait de faire des cours plus concrets et je commence toujours pas des généralités.

    Je ne suis pas satisfait. Ma prochaine rentrée, je devrais prévoir minitieusement, minute par minute le déroulé de mes premiers cours, gérer le cahier notamment. Prévoir des entrées en matière passionnantes. Prendre le temps pour impliquer les élèves dans un temps, un espace. Quand ca marche, c'est tellement exaltant. Quand M. et L. cherchent la tournure parfaite pour répondre à ma question, quand les mains se lèvent pour participer à un brainstorming sur l'esclavage, tous les brouhahas, tous les moments de flottement et de doute s'effacent. Alors, comment faire que ces moments où ca « prend » soient plus fréquents? 4Ème année de cours, et pourtant, les même questions se posent!

  • L'économie durable, concept ou gadget?

    F607030E.gifComme pour chaque formation que je prépare (jeudi soir à Paris!), je tente de prendre un peu de hauteur sur un sujet familier mais pas forcément évident. Au dela des caricatures (les toilettes sèches), l'économie durable est un pari: relier l'économie et l'écologie, c'est faire de l'écologie une thématique sérieuse, transversale, au coeur des politiques publiques. Il ne s'agit plus de défendre le grand hamster d'Alsace, il s'agit de réinventer les relations humaines, notre mode de vie, pour relever le défi climatique.

    Parler d'économie durable, c'est partir d'une réflexion, se poser des questions, s'intéresser à des positions qui ont pu etre jugées farfelues.

    Reflexion? L'economie durable, c'est réorganiser une production et un échange de biens respectueux de la planète, et s'attaquer de front à trois dogmes: le productivisme, la société d'hyper-consommation, le capitalisme court-termiste. C'est refuser des alibis tels que la croissance verte, ou le marché des droits à polluer. C'est se battre pour influer sur le projet de la gauche en 2012. Chose pas trop mal engagée: le nouveau modèle de developpement a fait l'objet d'une convention socialiste tandis que la planification écologique fait partie du programme des verts et du parti de gauche.

    C'est se poser des questions sur notre consommation de viande, le pourcentage des produits qui se retrouve à la poubelle, le matraquage publicitaire ou encore sur la biodiversité.

    C'est enfin être courageux, curieux, et s'interesser à des idées bizarres. Le protectionnisme n'est peut-être pas une regression qui sent pas très bon. La transition énergétique n'est plus une utopie depuis que l'Allemagne l'a engagée. L'agriculture biologique n'est pas folklorique, c'est un contre-modèle. La ville américaine s'étendant à perte de vie n'est plus un rêve d'avenir. Les emballages ne sont pas un détail, la pub n'est pas innoffensive, la TVA proportionnelle n'est pas indepassable...tout reste à discuter, creuser, construire, pour imaginer une "société post-croissance" libérée du "social productivisme", qui réaliserait les rêves de Gorz, Baudrillard, Kempf et Latouche...voire de Proudhon?