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  • Dos au mur

    En-classe_432_320.jpgDans la vie normale, quand, dans une pièce, vous parlez et que personne ne vous écoute, vous partez en claquant la porte. Pas dans mon métier. Etre prof, c'est être dos au mur. Je ne peux pas claquer la porte. Au-delà, on ne trouve qu'un précipice, et au fond, l'hydre monstrueux de la médiocrité et du renoncement. La porte n'existe pas, ni les fenêtres non plus, il faut faire face. Avec froideur, désinvolture, alors qu'un échec vous touche au plus profond de vous-même.

    Officiellement, j'enseigne l'histoire et la géographie. Quand j'ai des difficultés avec une classe, j'ai quelques paravents qui pourraient soigner mes blessures d'amour-propre. Mes élèves pourraient être bêtes, mon collège, pourri, mon programme débile (j'avoue, étudier une zone industrialoportuaire c'était pas passionnant)...Mais ces prétextes ne marchent pas, mon métier consistant justement à dépasser ces défis. Mon échec à maitriser parfaitement ma classe, comme dans les images d'Epinal, pourrait être le fait d'un système éducatif désuet, d'un manque de formation, ou encore des suppressions de postes qui gonflent les effectifs des classes. Et, à vrai dire, l'ambiance des classes est sans doute un réceptacle de tous ces phénomènes.

    Mais ce qui se passe à chaque heure entre une classe et un professeur est une relation intime. Sans témoin. Les murs étouffent les silences, les cris et les rires. Parfois, elle fonctionne à merveille dans une émulation pédagogique qui allie initiation méthodologique, curiosité thématique et plaisir d'enseigner. J'ai vécu ces moments avec ravissement, et j'en vivrai d'autres. Parfois, la morne monotonie du cours scande le temps de l'alternance cours dialogué / activité / correction. Et parfois, plus rarement, c'est la guerre. C'était le cas aujourd'hui.

    Etre prof, c'est un peu être cuisinier et préparer plusieurs plats dans une vingtaine de casseroles dont chaque feu est d'une intensité différente. Ou plutôt, c'est être capitaine d'un navire, commander la manoeuvre. Et parfois, les commandes ne répondent plus. Le vent, brouhaha des bavardages, n'est pas dompté. Les matelots indisciplinés font la grève et bloquent les manoeuvres, les activités, quand les contremaitres, les meilleurs élèves, lâchent leur capitaine et ne participent plus. La coque bat la vague, le cours ralentit, le doute, comme un silence dans la tempête, se fait assourdissant. Le bateau craque et heureusement...Les vacances arrivent.

  • Elections professionnelles: quel système éducatif pour demain?

     

    fautB.pngVoter pour le CT, la CAP, le CTM, rien de très trépidant...et pourtant! Cette semaine se déroulent les élections professionnelles des fonctionnaires, notamment dans le très syndiqué service public d'éducation. Les syndicats vont mesurer leur représentativité, qui détermine leur influence...et leurs moyens! Au-delà des étiquettes et d'un front commun contre le détricotage des services publics par la droite, ces élections sont l'occasion d'un débat sur le service public d'éducation que nous voulons pour demain.

    En effet, si les commissions administratives dont les représentants seront désignés cette semaine s'intéressent surtout à la gestion de la carrière (mutations, promotions), les comités techniques ont un rôle plus politique: carte scolaire, déploiement des moyens, application des réformes, notamment sur la formation des enseignants...le vote, c'est ici: http://www.education.gouv.fr/cid22613/elections-professionnelles.html

    Les casiers des profs débordent, les panneaux syndicaux des administrations s'étoffent, quelles différences permettent-ils d'entrevoir?

    • Une vision assez limitée de la fonction publique et du métier d'enseignant: pour la CGT, pour FO, pour sud, les statuts de 1950 qui organisent le métier d'enseignant autour du temps de cours sont indépassables et gravés dans le marbre. Pour ceux-là, pas de réflexion sur le système éducatif ou les pratiques pédagogiques: le prof serait un salarié comme un autre...

    • Une vision conservatrice de l'éducation: pour le SNALC, plutôt de droite, on n'apprend plus rien à l'école, il faut réhabiliter l'autorité, plus de savoirs, faire sortir du système ceux qui ne sont pas adaptés...Brighelli est candidat sur leurs listes. La FSU (SNES, SNUIPP, SNEP, SNUEP), première dans les précédents scrutins depuis 15 ans, a une approche offensive sur le plan social (avec une tendance à dire non par principe), co-gestionnaire sur le plan de la carrière (une sorte de « syndicat-maison » qui organise les mutations à la place de l'administration) mais conservatrice sur le plan du système éducatif: méfiance pour l'innovation pédagogique, l'évaluation par compétences, la transformation du métier d'enseignant (enseignements pluridisciplinaires et accompagnement personnalités contenus dans la réforme du lycée...).

    • Une vision refondatrice du service public éducatif: Le SGEN est reconnu pour son ambition éducative, mais ce syndicat appartient à une confédération, la CFDT, qui a eu une attitude discutable lors de certains mouvements sociaux et qui n'est pas forcément efficace dans les rapports de force (dire oui avant de discuter, c'est compliqué). Je me reconnais dans le projet du SE-UNSA: non seulement une attitude syndicale responsable et efficace, mais aussi un vrai projet éducatif et une vision originale du métier d'enseignant co-éducateur, un vrai projet pour toute la communauté éducative sans mépris pour ceux qui ne sont pas sur l'estrade.

  • Des tables, des chaises, du bruit

    education,prof,pedagogieQuand je sors de cours, j'ai les oreilles qui bourdonnent. Je rentre dans la voiture, je mets la radio à fond et je revis méticuleusement toutes les erreurs que j'ai fait. Les bons moments aussi, quand il y en a. Dure, cette rentrée. Dur le retour sur l'estrade. Pour un cours qui se passe bien, trois où je rame. Ne pas s'affoler. 5 doigts levés, 10mn qui restent pour 3 exercices, mais tout va bien. Je n'ai pas fini l'appel, j'ai trois polycopiés à distribuer, mais tout va bien. J'ai 3 carnets sur ma table, deux bavards qui me narguent, 30 degrés au thermometre dans une salle plein sud mais tout va bien.

    Quand je sors de cours, mon corps, mon pas sont encore raidis. Sur l'estrade, chaque geste est lent, posé, je n'ai pas le droit à l'erreur. Je vais me répéter, mais j'ai toujours les mêmes regrets: pas assez de sens, pas assez de hauteur, pas assez de clarté dans les consignes, de logique dans les enchainements. Des erreurs de débutant. Mais comment s'imaginer qu'on puisse être un mauvais prof. Voire pire, passable, moyen. Dans ma classe de PP, ca se passe pas forcément bien. Je m'appuie sur le dernier carré des bons élèves, les trois qui acceptent encore de lever le doigt. Il y a deux ans, à Massy, ils levaient tous la main. Celà m'attriste. Je vais devoir les récupérer un par un. Pour celà, surprise pédagogique, préparation millimétrée, terreur ciblée doivent être employés à bon escient.

    Mais je suis si fatigué. Decu aussi qu'ils ne me laissent pas faire mon travail. M'éclater comme les précédentes années. A chaque activité, je dois mettre chaque élève un par un au travail: "ton livre à la bonne page!" "tourne la page de ton cahier" "prends ton stylo"...Ils n'ont pas envie, et ca me déprime. Le silence, je l'ai, au bout de 5mn, mais que de temps perdu.

    Mais, je vous rassure, je ne baisserai pas les bras. Trois heures demain pour créer la surprise, reprendre la main, mener le jeu et, pourquoi pas, espérer que pour eux aussi, ce sera la meilleure heure de la journée.