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  • Congrès du PS: Un résumé des motions

     

    TLSE.pngCe congrès ne fait pas rêver, certes. Pas de renversement de majorité à espérer, pas de choc des titans pour le premier secrétariat, pas de petites phrases lyriques ou mesquines d’ailleurs, pas d’assassinats ou de luttes obscures pour obtenir telle ou telle place : tous les ténors sont ministres ou élus, place aux seconds couteaux pour les instances partisanes.

    Alors quoi, un congrès pour rien ? Un congrès original en tout cas alors que nous occupons tous les pouvoirs. Un peu en mode Parti Communiste chinois quoi. Mais la roche tarpéienne est proche du capitole. Si nous devenons un parti godillot, l’urgence médiatique conduira le gouvernement à une course effrénée aux faits divers, à réagir plutôt qu’à agir. Alors quel rôle et quel projet pour le parti socialiste ? Les 5 motions déposées comme base de travail pour le parti ne sont pas inutiles : si elles se rejoignent largement pour prioriser des réponses à la crise économique, parfois écologique, souvent démocratique, et si elles visent à préparer au mieux les élections européennes, elles ont toutes des priorités, de bonnes idées que nous devons tous nous approprier.

    Elles témoignent d’un travail de fond qui n’intéresse pas des médias concentrée sur les personnes, cinquième république oblige. Dommage : le parti socialiste a bien avancé, la croissance aveugle est remise en cause, la reconversion écologique fait l’unanimité, le système politique est partout remis en cause. Beaucoup d’idées sur lesquelles j’ai planché au Mouvement des Jeunes Socialistes, le parti se les approprie ! Place des PME, gestion de la transition énergétique, baisse du temps de travail, la gauche du parti, qui voulait de nouvelles idées pour de nouveaux défis, a largement gagné la bataille culturelle. La motion majoritaire jette aux orties la troisième voie si populaire dans les années 90, quand la gauche se prélassait dans le libéralisme et ne changeait pas l’Europe qu’elle dominait, préparant tant de crises.

    Maintenant résumons le message des motions. La motion 1, future motion ultra majoritaire, soutenue par tous les ministres et la plupart des anciennes tendances (Aubristes, Fabiusiens, Hollandais, Strausskahniens, Hamonistes) se veut au service de la réussite du nouveau gouvernement, rappelle les engagements du candidat Hollande et tout ce qui doit changer en Europe, en politique, dans l’économie mondiale (le capitalisme financiarisé n’est plus l’apanage des contributions TAG !). Elle propose une gauche durable qui ne se limite pas à un mandat et qui remet en cause les modes de production et de consommation, qui se donne une nouvelle politique étrangère centrée sur la Méditerranée. La motion 1 explique comment elle veut « réenchanter le rêve francais » en luttant contre le déclassement, la relégation, l’obscurantisme. Elle prépare une nouvelle croissance où l’interventionnisme et la social écologie ont toute leur place. Elle délimite un certain nombre de chantiers : juste échange, transition énergétique, politique urbaine et politique industrielle. Enfin, l’emploi et l’Europe sont au cœur de sa première partie. Dans la deuxième, il est question de la mobilisation pour le changement. « les Français aiment que la gauche discute, pas qu’elle se dispute » : comme pour toutes les motions on aborde l’approfondissement démocratique, le militantisme européen, la construction d’un nouveau modèle de civilisation et la préparation de nouvelles équipes pour de futures échéances.

    La motion 2, ménée par Juliette Meadel et Gaetan Gorce (un peu ségoléniste, parait-il), n’est pas forcément la plus utile. C’est une motion plus centrée sur la vie interne, tout comme la motion 5, alors que le message des motions 3 et 4 est plus centré sur un projet de société. Tout comme la motion 4 (Hessel), la motion 2 indique que ce ne sont pas des « solutions tièdes » qui permettront de résoudre la crise actuelle de l’économie. Elle dénonce la surconsommation généralisée d’une croissance insoutenable. Elle propose la reconversion de l’appareil productif, agricole et énergétique. Elle met en avant une préoccupation originale pour la baisse du temps de travail, la territorialisation des politiques d’emploi et pour la santé environnementale, et concernant la politique étrangère, un intérêt certain pour la zone Afrique Caraibes Pacifique. Côté parti, la motion 2 souhaite des signes symboliques de changement : un nouveau siège, des sections transformées en ateliers, des référendums d’initiative militante…

    La motion 3, celle d’une partie de la gauche du parti, autour d’Emmanuel Maurel, MN Lienemann et Gerard Filoche (gauche socialiste revival pour l’esprit), est largement centrée sur les questions du travail, de la finance et de la fiscalité. Elle défend la redistribution des richesses, conspue le souci de la droite pour la compétitivité, propose une révolution fiscale, en s’inspirant des idées de Piketty, reprend les idées des motions 2 et 4 pour sortir de la société de consommation, s’intéresse comme les autres au brevetage du vivant. Elle se positionne plus largement sur des enjeux sociétaux (immigration, féminisme, culture), se fait remarquer par un projet éducatif assez conservateur (retour au primat des disciplines, savoir au centre du système…).

    La motion 4, celle que j’ai trouvé la plus intéressante, est très peu centrée sur les aspects internes du rôle du parti et s’intéresse surtout à des pistes pour résoudre la crise économique et écologique que connait le monde. Elle s’inspire largement des idées de la décroissance, décortique le capitalisme financiarisé et veut donner à Francois Hollande les moyens d’oser aller « plus vite et plus loin ». Elle rejette le dogme de la croissance qu’on atteint avec des déficits vertigineux : « un litre d’huile pour faire 100mètres », dénonce les politiques libérales des années 80 (baisses d’impôt), propose une renégociation commerciale avec une Chine bientôt en crise, de nouvelles idées pour favoriser la création d’entreprises et surtout, comme la motion 2, la baisse du temps de travail. Elle se prononce pour le fédéralisme européen, pour l’économie et la localisation de l’énergie, développe de manière originale son projet pour la biodiversité et la créativité des élèves. Au niveau du parti, elle propose une convention européenne, une convention pour l’emploi, une convention démocratique, comme les défis les plus urgents à relever.

    Enfin, la motion 5, tout comme la motion 2, est une motion sensiblement technocrate, qui s’intéresse (trop) au fonctionnement des instances fédérales et nationales très poussé et développe peu d’aspects originaux, à part une dénonciation du MJS assez surprenante. Une analyse du PS comme le parti des classes nouvelles est suivie par une analyse et un projet politique assez classique pour ce congrès à part la proposition des fêtes républicaines. Elle propose un parti organisé sur la base des circonscriptions, un système éducatif plus individualisé et une politique de la petite enfance plus territorialisée, une parité plus poussée et une formation des élites réformée pour changer le personnel politique (pas plus de 3 mandats consécutifs avec un statut de l’élu pour intégrer après la fonction publique). Elle fait enfin une large place à la question de la sécurité et se félicite des élans républicains de Manuel Valls.

    En conclusion, en interne, toutes les motions rejettent avec force la corruption, poussent la parité (notamment la motion 5 avec ses tickets), se concentrent sur les enjeux européens (candidat commun, mise en avant du PSE) et développent un projet largement commun sur la formation, le rôle des sympathisants, le besoin d’amplifier les innovations des dernières années : primaires, porte à porte, numérique…

  • Visite d'établissement: épisode n°1, la récréation

     

    SALLEDESPROFS.gifCette année, je dois faire le tour de tous les établissements du second degré du département de l’Aude. Quelques dizaines de collèges, de lycées et de professionnels dans lesquels j’organiserai tous les mardis des permanences d’une  demi-journée. En plus du temps passé dans ma classe et dans mon collège, ces visites, en tant que secrétaire départemental second degré du SE-UNSA, sont particulièrement agréables, intéressantes et très utiles pour connaître le milieu enseignant. Régulièrement, je tenterai donc d’en faire ressortir les aspects les plus saillants.

    J’organise mes permanences de 9h à 12h30 et de 13h à 16h30. Le but est de rencontrer le maximum de collègues, de prendre le pouls du terrain : les conditions de travail et de vie de mes collègues et de leurs élèves, le climat social avec l’ « administration » ou avec la vie scolaire…mais aussi, faire connaître les positions des enseignants de l’UNSA qui s’engagent résolument dans la refondation portée par le nouveau gouvernement. C’est le moment ou jamais de changer le système éducatif.

    Le moment décisif pour moi, c’est évidemment la récréation, à 10h ou à 16h. Ma boutique est installée, les stylos déballés, les guides de carrière empilés, les agendas et les carnets de note bien mis en valeur, je tente de me faufiler au sein des groupes pour me présenter. Et je saisis au passage quelques conversations que je vais tenter de retranscrire.

    J’ai vu des collègues mutés sur trois établissements qui finissaient un cours à 14h50 pour en commencer un autre à 14h55 ailleurs. J’ai vu des collègues aigris qui ne supportaient plus des adolescents rendus fous par des rythmes scolaires absurdes. J’ai vu des jeunes collègues repliés sur eux, recroquevillés sur les fauteuils de la salle des profs après une heure de cours qui s’est mal passée, et comment cela pourrait-il être autrement, sans appui, sans formation ? J’ai entendu des discussions à voix basse sur la prime d’un tel, révélateur de la bonne ambiance favorisée par les primes individuelles « IFIC » mises en œuvre dans la réforme CLAIR.

    La rentrée 2012 est la dernière de l’ère Chatel. Suppressions de postes, heures sup imposées, mesures qui favorisent la concurrence entre collègues, précarisation des personnels et bizutage des nouveaux… « faut que ca change » disait mon syndicat aux élections professionnelles 2011 : Les collègues ne sont pas assez impliqués dans le débat sur la refondation, mais au-delà d’attentes très pratiques, ils attendent un changement. Pas forcément des mesures salariales, mais plutôt un changement global, pour pouvoir enseigner leur matière de manière plus apaisée, pour prendre plus de plaisir dans leur métier, pour avoir plus de moyens pour lutter contre l’échec, pour travailler, pour discuter avec leurs collègues.

  • Déplacement du centre-ville : Le fait du prince à Béziers

    POLYGONE.jpgDans toute collectivité, me direz-vous, il est normal qu’un débat existe sur les orientations de long terme d’une ville, d’un département, d’une région. Mais vous savez à quel point l’opposition est faible et sans moyen dans une municipalité. Aussi pourrait-on s’étonner qu’un maire décide unilatéralement, sans débat, sans mettre ce projet au cœur de la précédente campagne électorale, de déplacer le centre-ville ?

    Monsieur Couderc, quand on veut faire un choix décisif pour une ville la moindre des choses est d’en informer ses administrés et de les impliquer. Ce n’est pas dans vos habitudes : le conseil municipal est toujours au courant après la presse de vos projets, l’opposition est insultée à chaque réunion, l’open data n’est guère de mise dans vos services et les conseils consultatifs sont aux mains de vos affidés.

    Monsieur Couderc, vous avez engagé à la fin des années 90 l’amplification d’un processus de périurbanisation déjà engagé. L’extension des lotissements et des zones commerciales a non seulement défiguré la ville et son environnement, elle a aussi amorcé le déclin d’un centre-ville inaccessible et dégradé, qui ne faisait l’objet de trop faibles investissements en matière de rénovation urbaine.

    Monsieur Couderc, amateur de corrida, vous avez porté l’estocade au centre historique de Béziers en ouvrant un centre commercial assez éloigné, surdimensionné, au sud de la ville qui a écrasé toute la trame commerciale de la ville et de fait, déplacer le centre-ville. Plus besoin de police, nous avons les maitre-chiens du polygone. Plus besoin d’animation culturelle, nous avons des animations commerciales. Plus besoin de vivre-ensemble, nous avons 100 boutiques pour consommer ce que nous ne gagnons pas, puisque Béziers est une des villes les plus pauvres de France.

    Monsieur Couderc, après avoir installé le siège de l’agglomération dans ce centre commercial, après avoir prévu le déménagement des tribunaux, vous avez convaincu cette année la sécurité sociale de venir s’installer dans votre beau complexe bétonné. Un centre administratif, commercial, qui bénéficie d’importants aménagements de voirie, qui bénéficie de nombreuses garanties financières de la ville : c’est une priorité politique, c’est un déplacement de long terme du cœur de la ville, et vous avez oublié de prévenir les Biterrois. Oups.

  • Article de Menard sur Béziers: une analyse biaisée, des raccourcis nauséabonds

    1199140470.jpgRobert Menard, sur son blog, a indiqué que pendant ses vacances près de Béziers, il ne s'était pas senti chez lui (http://www.robertmenard.fr/2012/09/03/se-sentir-chez-soi/).

    Pour résumer, son village est devenu une banlieue (Robert a découvert la périurbanisation commencée il y a 30 ans), et le centre-ville de Béziers s'est dégradé, il n'y voit, en vrac, que « des arabes, des gitans, et des pauvres ». Ceci lâché, Menard prend des pincettes: il n'est pas question de racisme ou de xénophobie, juste de réveiller une « belle endormie ». Et pourtant, ses choix lexicaux ne sont pas anodins: L'Occitanie contre l'Islam, la stigmatisation des immigrés, le rejet des politiciens de droite et de gauche, les emprunts au discours du front national sont nombreux. Même les images sont parlantes si on n'a pas compris les sous-entendus: la petite photo des chevaliers pour évoquer les croisades, ce n'est pas par hasard. Mais l'auteur de « Vive Le Pen! » n'assume toujours pas sa proximité idéologique avec l'extrême droite. Dommage, tout serait plus clair avec moins d'hypocrisie!

    Si Monsieur Menard ne se sent plus à la maison à Béziers, qu'il garde pour lui ses râleries de parisien en vacances. On ne s'improvise pas géographe: les évolutions que décrit Menard sont générales: les villages sont aspirés par les métropoles, les centre-villes se dégradent, c'est la ville à l'américaine, un modèle en perdition, dénoncé partout à part à Béziers, où le maire UMP continue allègrement à vendre la moitié de la surface municipale aux promoteurs immobiliers.

    Monsieur Menard n'aime pas voir la pauvreté, mais n'ébauche pas d'idées pour la faire disparaître. Pour les socialistes, la mixité sociale dans le logement, la rénovation massive et écologique du centre historique, l'aide aux personnes âgées, les dispositifs d'intégration pour les nouveaux arrivants, la démocratie de proximité peuvent permettre de dessiner une ville plus conviviale, plus durable, plus solidaire.

    Se sentir chez soi, Monsieur Menard, c'est respecter cette « tradition », si chère à vos yeux, d'une ville qui a accueilli les républicains espagnols, les rapatriés d'Afrique du Nord, les immigrants venus construire la croissance des 30 glorieuses, ce n'est pas désigner des coupables à la crise parmi ceux qui la subissent de plein fouet. Béziers n'a pas besoin d'un « croisé », elle a besoin d'un projet de ville, alternatif et cohérent, qui redonne de la vie aux quartiers et aux espaces naturels, organise des déplacements aujourd'hui ubuesques, propose une offre publique pour le temps libéré. Si Monsieur Menard ne se réveille que tous les trois mois pour tenir des propos de comptoirs, il ne peut continuer à se croire utile pour la ville.