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  • Visites d'établissement: épisode n°2, la machine à café

    frais.jpgOn ne devrait pas boire du café quand on est prof, c'est vrai. Les heures de cours s'enchainent, la fatigue aussi, et l'énervement enfin, quand une séance ne fonctionne pas, quand un élève vous pousse à bout, ou quand le videoprojecteur ne marche plus. Alors pourquoi rajouter un excitant la-dessus? Mais justement, le petit bruit centrifugeur, l'attention, les yeux fixés sur le flot brun filant dans le gobelet, cet effet hypnotisant a peut-être des vertus calmantes? Surtout, que ce soit une froide machine ou une petite traditionnelle financée par l'amicale, l'attente permet de discuter avec les collègues, de partager son ressentissement sur telle ou telle classe...et pour moi, armé de mes guides de carrière, c'est le moment d'accoster tout le monde.

    Lors des visites que je fais chaque semaine dans les établissements scolaires de l'Aude, le meilleur moment, c'est la récré. 40 à 50 collègues par collège, et beaucoup de questions, quand je me présente: comment réussir à rejoindre son conjoint qui travaille à Perpignan? Comment savoir à quel âge on pourra partir à la retraite à taux plein quand on a eu une carrière compliquée...Le repas des surveillants, dans les cantines, est-il compté comme une pause?

    J'essaie d'y répondre, mais mon syndicat, les enseignants de l'UNSA, ne fait pas que défendre les droits individuels et collectifs de mes collègues: nous avons une analyse du système éducatif, un projet, des "mandats" pour le refonder, et une intense envie de profiter du débat sur la refondation de l'école de la république pour les mettre en oeuvre. Alors, dès que je peux, j'engage le débat avec mes collègues: orientation, évaluation, programmes, rythmes scolaires....et justement, jeudi dernier, je suis tombé sur un collègue aussi coriace que le café qu'il me proposait...

    "Mais ca me fait rire moi la concertation! Ce qu'il faut, c'est pas un rapport, c'est de l'autorité, on se fait insulter, y en a qui ont rien à faire au collège! Alors la suppression des notes, c'est n'importe quoi! L'interdisciplinarité ca nous prépare à la bivalence! Et le socle, c'est encore une paperasse de la technocratie!". Avec mon viseur syndical, je devine un hésitant entre le SNES (conservateur de gauche) et le SNALC (conservateur de droite), et je dégaine: le système éducatif francais est injuste, accentue les inégalités (2/3 chiffres à l'appui), le collège n'est adapté que pour les meilleurs élèves et ne prépare qu'à la voie académique. Mais je ne suis pas très convaincant pour expliquer en quoi la notation sur 20 est innefficace, malgré une super explication sur sa création par les Jésuites.

    Question autorité, on se met rapidement d'accord avec le collègue d'ailleurs...Oui c'est énervant de passer la moitié du cours à s'occuper d'un seul élève perturbateur, mais l'exclure résoud tous les problèmes? On trouve un consensus: on n'est pas assez formé, y a pas assez de temps pour discuter entre collègues, pas assez de solidarité dans les établissements (j'ai pas osé lui vendre l'autonomie démocratique)...

    Mais il reste, de cette discussion, l'inquiétante impression que même les enseignants les plus motivés (le collègue en a profité pour me donner un tuyau sur ma programmation en histoire en 4ème) sont dégoutés par des journées de prof où on n'a pas le temps de faire le métier qu'on aime et dont on rêvait: on court après le temps et on ne peut pas expliquer tout comme on le voudrait, on "fait de la discipline", on se crispe sur des élèves qui ne veulent pas rester assis, se taire, rester droit, regarder devant, comme devrait se comporter tout élève modèle, entre 8h25 et 16h, 4,5 jours par semaine...

  • Cher ministre, on attend quoi pour "refonder"?

    323vincent_peillon_1.jpgJ'avoue, je suis inquiet. Alors que la droite bousculait toutes les oppositions pour appliquer mesure après mesure son projet destructeur pour la société, la gauche recule au moindre obstacle. La question des rythmes scolaires n'est peut-être pas la plus importante pour refonder le système éducatif. Il y a plus urgent: construire une meilleure formation des enseignants, notamment à la pédagogie différenciée et à la lutte contre l'échec scolaire. Réorganiser les établissements scolaires en donnant tout son sens à la loi de 1985 autour d'une autonomie démocratique pour construire des projets pédagogiques. Et enfin, introduire au collège une dimension technique et professionnelle pour tous en utilisant le socle commun qui primerait sur des programmes cloisonnés, après lesquels on court toute l'année...

    Mais tout ceci n'est même pas ébauché, à part pour la formation des enseignants. Et j'ai peur. Peur de la pusillanimité d'une gauche qui ne s'affirmerait pas devant les corporatismes (coucou le SNES), les bas intérêts, les lobbies. Merci au président de la FCPE, JJ Hazan, d'avoir demandé au secteur du tourisme de privilégier l'intérêt des enfants.

    Je suis favorable au raccourcissement des vacances d'été. Le problème c'est que celà remet en cause l'accord tacite qui permet à la France de mal payer ses enseignants sous prétexte qu'ils ont beaucoup de vacances, problème relevé par Laurent Escure, secrétaire général de l'Unsa Education, dans sa conférence de presse.

    Pour moi, c'est le noeud gordien de la refondation! Je suis conscient qu'il a des implications financières et pratiques (ramassage scolaire, temps périéducatif) difficiles à trancher en temps de crise. Mais pour avoir une approche globale du temps éducatif, il faut une marge de manoeuvre, un nombre bien plus important de journées scolaires pour avoir le temps de prendre en compte les rythmes biochronologiques des enfants et des adolescents. C'est un premier pas, sans compter la nécessaire réflexion sur l'architecture scolaire, la carte scolaire, l'organisation des journées, le service des enseignants...

    Pendant que la concertation prend son temps, l'immonde hydre de la reproduction sociale n'en finit plus de broyer les vies de millions d'enfants qui subissent leur orientation et voient piétinés leurs rêves et leurs projets. Alors, Vincent, il est temps de s'appuyer sur les acteurs du monde éducatif favorable à la transformation radicale du système, et d'avancer, sans écouter les râleurs et les peureux.