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Tu aimes la reproduction sociale? Rejoins l'éducation nationale!

 2323657729_0779a6a15e_b.jpgS'il est un sujet qui me tient à cœur, c'est bien l'injustice d'un système éducatif français qui renforce les inégalités au lieu de les combattre. Prof depuis déjà 6 ans, je participe allègrement au système, et parfois, j'en suis même conscient. Et sincèrement attristé. Je suis remplacant, alors j'ai du mal à m'impliquer dans les établissements que je traverse. Et par là même, à corriger les erreurs que je fais sur un long-terme éducatif qui n'existe pas pour moi : mes élèves, je n'ai pas de seconde chance pour les faire progresser dans ma matière, l'année scolaire s'étant écoulée.

Je participe à cette reproduction sociale :

  • Je veux absolument finir mon programme et je galope toute l'année. Mes élèves ont donc intérêt à être très attentifs, à tout faire très vite. La moitié de la classe a fini l'exercice ? Et bien pourtant on doit les corriger. 5 mains se lèvent pour poser une question ? Désolé, il ne reste qu'un quart d'heure. Les ¾ de la classe se plantent au contrôle sur cette leçon ? Dommage, on est déjà passé à la suivante. Le socle commun doit nous permettre de reconsidérer la cohérence des savoirs et compétences enseignées, plutôt que d'empiler des savoirs hâtivement transmis (sans accusé de réception).

  • Je suis impuissant face aux difficultés scolaires. À l'IUFM j'avais le choix entre l'option (2h / semaine) « corps et voix » et l'option « psychologie de l'adolescent ». Etant tétanisé par les prises de parole j'ai choisi la première. Dommage pour les quelques élèves ayant divers troubles du comportement, de la concentration, de l'apprentissage que je n'ai pas détecté. Alors cher ministre, je compte sur toi pour que les futurs enseignants soient formés longuement dans les ESPE, en sociologie, en pédagogie, en psychologie pour éviter cela.

  • Je suis un bon prof. Pour les élèves moyens. Si tu es très bon, apprends à dessiner pendant mes cours. Si tu as des difficultés, ne compte pas sur moi, je n'ai aucune idée de comment on « apprend à apprendre », je n'ai jamais entendu parler de « pédagogie différenciée » à l'IUFM: j'ai attendu que ma petite sœur m'abonne aux « cahiers pédagogiques » pour y réfléchir. Encore une fois une formation pédagogique des enseignants, pour favoriser l'innovation, est indispensable.

  • Tu es adolescent et tu ne peux pas supporter mon autorité ? Je n'ai pas d'autre corde à mon arc que l'heure de retenue et l'exclusion de cours. Tu es un garçon et tu dois te rebeller pour être à la hauteur des exigences sociales de ton genre ? Je préfererai des filles, même très bavardes, et tu seras deux fois plus sanctionné. Tu manifestes une intelligence pratique, technique et artistique remarquable ? En histoire-géographie, je ne la reconnaîtrai jamais. Tu es fils d'ouvrier ou fille d'une cadre ? Je peux deviner avec 75% de chance de succès ton orientation en fin de 3ème.

Pour des projets pédagogiques qui donnent du sens au savoir par l'interdisciplinarité, pour remettre à plat les programmes, pour changer la formation des enseignants, pour des rythmes scolaires qui prennent en compte les capacités de concentration, pour la prise en compte des différences de genre, il faut absolument refonder le système éducatif. Et, tant qu'à être naïf, j'espère encore que la gauche, qui n'a jamais eu autant de pouvoirs en main, la mettra en œuvre.

 

Commentaires

  • Il est clair que l'aspect "égalité" dans l'école en prend un sacré coup. On se voile la face, alors qu'il est évident qu'entre deux élèves de milieu différents, ils s'en sortiront différemment, ne serait-ce qu'avec les parents en rentrant le soir à la maison.

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