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  • Les Etats-Unis dans la mondialisation

     5d1afab6-35a2-11df-a7ca-9d7f5dcc9d9c.jpgAlors que la politique héraultaise connaissait des bouleversements intenses (législative partielle, congrès fédéral) dans lesquels je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de m'immiscer, je me retrouve, comme enseignant, confronté à un plus grand défi encore : réussir ma leçon sur « les Etats-unis dans la mondialisation ». Fastoche, me direz-vous. Les Etats-Unis, c'est vraiment la leçon la plus facile (avant c'était en 3ème) : Suffit de s'appuyer sur les connaissances des élèves, sur les symboles de la puissance, utiliser quelques cartes et quelques articles et c'est ficelé. Sauf que la leçon s'intéresse à la mondialisation ce qui en change le prisme.

    J'ai choisi cette année sur les conseils d'un collègue de commencer le programme de géographie par ce chapitre et donc de m'en servir pour introduire la notion de mondialisation. J'ai aussi décidé d'intégrer le sous-chapitre « les lieux de commandement de la mondialisation » dans cette leçon. Toutes ces complications m'amènent à ma vingtième heure de préparation.

    Mes élèves sont merveilleux. La mondialisation a été introduite à travers un inventaire des meubles et objets de la classe (materiau, provenance). Plastique pétrolier du moyen-orient, minerais africains et composants électroniques asiatiques, bois indonésien et finlandais...Mais alors, rien ne vient des Etats-Unis ? C'est ce que nous allons voir ! Armé de mon feutre, j'ai noté tous les symboles américains qui fusaient dans les rangs pour étudier les atouts de cette puissance : aigle, maison blanche, hamburger, et statue de la liberté y comprise...

    Mais mardi dernier, mon traitement de texte a planté et j'ai du changer mon fusil d'épaule ; étudier d'abord l'organisation du territoire américain (métropolisation et littoralisation) avant de passer aux atouts de la puissance. C'était moins folichon. Mais ce soir, tout sera prêt.

    D'abord les 6 dossiers documentaires sur lesquels mes élèves vont plancher pour s'initier à un type de puissance : Puissance militaire, puissance agricole.doc, puissance culturelle.doc, puissance financière.doc, puissance technologique.doc et puissancescientifique.doc. Ensuite des recherches à faire pour la semaine suivante sur 6 lieux de commandement liés à ces puissances : le pentagoneactivité militaire.doc, Hollywoodactivité culturelle.doc, Harvardactivité scientifique.doc, la bourse agricole de Chicagoactivité agricole.doc, Wall streetactivité financiere.doc, la silicon valley activité technologique.doc. Enfin, on s'attablera en groupe pour monter des panneaux thématiques, préparer une présentation orale, la mener et être évaluée sur sa prise de parole, pour aboutir à un tableau à double entrée tableaucorrection.doc. J'aurais perdu 5 kg, et au delà de cette réussite j'aurai fait un travail coopératif, une évaluation orale, fait bouger dans la classe des ados qui ne demandent que ça, utiliser leur capacité à mener une recherche internet très ciblée. Ayant perdu quelques années d'espérance de vie, et quelques dizaines d'euros pour financer le buffet qui aggrémentera le montage des panneaux thématiques je serai heureux.

    Tout aussi bien, mes élèves seront de mauvais poil et saboteront ma séquence. Ou mes questions seront trop ambigues, trop flous, mes documents trop compliqués et ils seront décus. Ca arrive. Et il me reste à bricoler une conclusion pour bien relier la mondialisation et la première puissance qui la mène, qui sera dépassée en 2016, rendant ainsi mon cours caduque. #Viedeprof

  • Tu aimes la reproduction sociale? Rejoins l'éducation nationale!

     2323657729_0779a6a15e_b.jpgS'il est un sujet qui me tient à cœur, c'est bien l'injustice d'un système éducatif français qui renforce les inégalités au lieu de les combattre. Prof depuis déjà 6 ans, je participe allègrement au système, et parfois, j'en suis même conscient. Et sincèrement attristé. Je suis remplacant, alors j'ai du mal à m'impliquer dans les établissements que je traverse. Et par là même, à corriger les erreurs que je fais sur un long-terme éducatif qui n'existe pas pour moi : mes élèves, je n'ai pas de seconde chance pour les faire progresser dans ma matière, l'année scolaire s'étant écoulée.

    Je participe à cette reproduction sociale :

    • Je veux absolument finir mon programme et je galope toute l'année. Mes élèves ont donc intérêt à être très attentifs, à tout faire très vite. La moitié de la classe a fini l'exercice ? Et bien pourtant on doit les corriger. 5 mains se lèvent pour poser une question ? Désolé, il ne reste qu'un quart d'heure. Les ¾ de la classe se plantent au contrôle sur cette leçon ? Dommage, on est déjà passé à la suivante. Le socle commun doit nous permettre de reconsidérer la cohérence des savoirs et compétences enseignées, plutôt que d'empiler des savoirs hâtivement transmis (sans accusé de réception).

    • Je suis impuissant face aux difficultés scolaires. À l'IUFM j'avais le choix entre l'option (2h / semaine) « corps et voix » et l'option « psychologie de l'adolescent ». Etant tétanisé par les prises de parole j'ai choisi la première. Dommage pour les quelques élèves ayant divers troubles du comportement, de la concentration, de l'apprentissage que je n'ai pas détecté. Alors cher ministre, je compte sur toi pour que les futurs enseignants soient formés longuement dans les ESPE, en sociologie, en pédagogie, en psychologie pour éviter cela.

    • Je suis un bon prof. Pour les élèves moyens. Si tu es très bon, apprends à dessiner pendant mes cours. Si tu as des difficultés, ne compte pas sur moi, je n'ai aucune idée de comment on « apprend à apprendre », je n'ai jamais entendu parler de « pédagogie différenciée » à l'IUFM: j'ai attendu que ma petite sœur m'abonne aux « cahiers pédagogiques » pour y réfléchir. Encore une fois une formation pédagogique des enseignants, pour favoriser l'innovation, est indispensable.

    • Tu es adolescent et tu ne peux pas supporter mon autorité ? Je n'ai pas d'autre corde à mon arc que l'heure de retenue et l'exclusion de cours. Tu es un garçon et tu dois te rebeller pour être à la hauteur des exigences sociales de ton genre ? Je préfererai des filles, même très bavardes, et tu seras deux fois plus sanctionné. Tu manifestes une intelligence pratique, technique et artistique remarquable ? En histoire-géographie, je ne la reconnaîtrai jamais. Tu es fils d'ouvrier ou fille d'une cadre ? Je peux deviner avec 75% de chance de succès ton orientation en fin de 3ème.

    Pour des projets pédagogiques qui donnent du sens au savoir par l'interdisciplinarité, pour remettre à plat les programmes, pour changer la formation des enseignants, pour des rythmes scolaires qui prennent en compte les capacités de concentration, pour la prise en compte des différences de genre, il faut absolument refonder le système éducatif. Et, tant qu'à être naïf, j'espère encore que la gauche, qui n'a jamais eu autant de pouvoirs en main, la mettra en œuvre.

     

  • Visite d'établissement: épisode n°3, quand un "pedago" rencontre un autre "pédago"

     La-salle-de-classe-de-Titeuf_image_player_432_324.jpgJe poursuis ma tournée des établissements de l'Aude. Au delà de beaux paysages encaissés entre les Corbières et la Montagne noire, de connaissances qui progressent en architecture scolaire, de capacités grandissantes à mesurer le moral des enseignants (une question sur deux concerne la retraite et les secondes carrières), je fais des rencontres passionnantes...

    Il y a évidemment cette machine à café déjà évoquée où l'on discute autorité, cette table de la salle des profs où l'on débat du socle, mais ce matin, j'ai vécu un moment particulier : rencontrer un autre « pédago »...avez-vous déjà entendu parler de ce clivage entre « pédagos » et "élitistes" ? Je ne le présenterai pas sans risquer la caricature, mais en plus de m'entendre au mieux avec mes collègues historiens-géographes, j'apprécie encore plus les rencontres avec des collègues qui lisent (voire écrivent!) les « cahiers pédagogiques », qui tentent de mettre en œuvre le travail coopératif dans leur classe, qui expérimentent une évaluation positive, ou encore, qui rêvent de changer les rythmes scolaires, la manière d'orienter et d'enseigner...

    Et comme j'ai de la chance, c'est à peu près le projet de mon syndicat, le SE-UNSA, que je représente durant ces visites d'établissement. Alors, mardi, j'étais content de changer de sujet (la loi d'orientation 2013 qui va pas être très ambitieuse, y a pas de moyens pour la réforme des rythmes scolaires...) et de rencontrer un collègue qui faisait des récits à ses élèves assis au fond de la classe, s'inspirait de la pédagogie allemande pour développer le travail en groupe, favorisait l'autonomie des élèves dans leur apprentissage, et qui ne passait pas son temps à déplorer la médiocrité des élèves, la baisse du niveau et la crise de l'autorité (ce type de stéréotype SNALCien étant plus présent au lycée).

    J'ai visité sa salle (avec des tables qui placent les élèves face à face), picoré dans ses préparations de cours (où l'oral de l'élève tient une grande place) et rêvé que je n'étais pas un TZR "chair à canon" et que, moi aussi, un jour, j'aurais un établissement, voire même une salle pour moi tout seul, et même, comble paradisiaque, un videoprojecteur dans ma salle.