Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • La formation des enseignants, pierre angulaire de la refondation?

    ECOLE.jpgSi la réforme des rythmes scolaires a provoqué de nombreux débats, les autres réformes éducatives (école du numérique, liaison école/collège, et surtout formation des enseignants) ont moins fait parler d'elles. Le modèle francais de formation des enseignants est pourtant assez original. D'abord parce qu'il est consécutif (formation disciplinaire puis professionnelle), et non simultané comme dans la plupart des pays européens. Ensuite, parce que la part de formation pédagogique et pratique y a régressé dans les dernières années contrairement à la majorité des pays européens qui faisaient l'évolution inverse. La suppression des IUFM et la « masterisation » de la formation des enseignants engagée en 2010 par la droite a eu des effets épouvantables : Sous prétexte d'économies budgétaires, on envoie à plein temps des enseignants plus longtemps mais plus mal formés devant des classes surchargées. Surmenage, souffrances psychologiques, dévalorisation du métier de l'enseignant (baisse des candidatures aux concours) ont été les conséquences les plus visibles de cette réforme.

    Cette formation des enseignants avait d'abord séparé les instituteurs des écoles normales, peu qualifiés, mais plus initiés à la pédagogie, et les professeurs du second degré, formés à l'université...L'enjeu de la création des IUFM en 1989 par le gouvernement Rocard était de former tous les enseignants, ensemble, pour créer une culture commune du métier, et favoriser la réflexion des jeunes enseignants sur leur métier à travers un mémoire professionnel rédigé pendant leur année de stage. Le projet de création d'écoles supérieures du professorat et de l'éducation, qui faisait partie des 60 engagements de Francois Hollande pendant les présidentielles, reprend ce flambeau.

    La formation des enseignants est essentielle, révélatrice de la qualité et de l'efficacité d'un système éducatif. Alors que la gauche entend refonder l'école de la république au service de la réussite de tous, la formation des enseignants doit apprendre aux enseignants non pas à remplir la tête des enfants de connaissances qu'ils ne sont pas capables de réinvestir, mais plutôt, comme citoyens éclairés, émancipés et épanouis, à employer des savoirs, des savoir-faires, des savoir-êtres. Plutôt que d'être évalués sous forme concurrentielle avec des notes sanctionnant leurs échecs, ils doivent être habitués à travailler à l'oral, en équipe, à prendre conscience de leurs qualités, de leur progression.

    La loi d'orientation qui sera discutée au parlement en janvier 2013 prévoit justement la création d'écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE), avec la mise à disposition de 27 000 postes parmi les nouvelles créations, qui prendront le relais des IUFM pour préparer les concours de l'éducation nationale. Si les objectifs de ces écoles (articuler formation disciplinaire, pédagogique et pratique) sont louables, ils méritent d'être précisés : quelles épreuves au concours alors qu'elles déterminent le contenu des formations ESPE ? Quelle politique de formation continue dans l'éducation nationale pour mettre en œuvre résolument le socle commun et son évaluation par compétences, la pédagogie différenciée, l'utilisation de supports numériques en classe ou encore les besoins spécifiques (troubles de l'apprentissage, dyslexies, etc.) ?

    Pour préciser cette réforme ambitieuse de la formation des enseignants, regardons ce qui se fait ailleurs : la formation simultanée du système allemand qui rassemble des modules disciplinaires, des modules pédagogiques (didactique, psychopédagogie) et des stages de pratique accompagnée de plus en plus long, l'accompagnement personnalisé des enseignants en début de carrière dans la province canadienne d'Ontario, la prise en compte de la formation continue dans la promotion des carrières enseignantes mise en œuvre en Pologne...Pourquoi laisser aux libéraux l'exclusivité de la comparaison internationale, quand les exemples, notamment anglo-saxons, les arrangent, et diminuent la puissance publique ?

    Le débat au parlement sera essentiel pour faire de la réforme de la formation des enseignants la pierre angulaire de la refondation de l'école de la république, un engagement de campagne de Francois Hollande. L'éducation nationale est chère aux socialistes : l'école est le patrimoine de ceux qui n'ont rien, elle doit permettre de dépasser les barrières sociales et culturelles, être la base d'une société du vivre-ensemble, permettre l'épanouissement des enfants, la construction de projets personnels...et l'égalité des orientations, par une élévation des niveaux de qualification qui va dans le sens du progrès et de l'économie de la connaissance qui s'est dessinée dans les dernières décennies.

    Pour la gauche, c'est aussi le moment de dépasser certains débats : il ne s'agit pas de choisir entre formation théorique et pratique, ni entre formation disciplinaire et pédagogique. Une formation disciplinaire de qualité est nécessaire pour prendre de la hauteur sur les programmes, tout comme une formation pédagogique pour comprendre comment un enfant apprend, pour imaginer des manières plus interactives de mener les cours, pour construire des séquences qui font sens. Une formation théorique est nécessaire pour prendre de la hauteur sur son métier, mais des stages qui préparent les futurs enseignants au choc de la confrontation entre un jeune et un groupe d'enfants ou d'adolescents issus de milieux divers sont indispensables pour apprendre à gérer une classe, à préparer un cours, à aider les élèves en difficulté.

    Alors pourquoi ne pas imaginer une formation qui réunit tous ces éléments? Il existe de multiples pistes pour celà, quand le cahier de charges des ESPE sera discuté:  avec un parcours d'initiation dès la licence, des concours d'admissibilité en fin de M1 et d'admission en fin de M2 où les épreuves contiennent des éléments scientifiques permettant d'avoir une connaissance poussée des programmes scolaires, la présentation d'un rapport de stage incluant une réflexion pédagogique, et un oral permettant d'interroger les candidats sur le métier d'enseignant ? Pourquoi ne pas mettre en oeuvre un accompagnement personnalisé pour les nouveaux enseignants et une formation continue obligatoire d'au moins 10 jours par an pour tous les enseignants, voire des universités d'été ?

    Tout ceci, à terme, engagerait évidemment une revalorisation du métier de l'enseignant, en lien avec une autonomie démocratique des établissements scolaires et la redéfinition des missions et du service des enseignants.