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"Mais on est pas des assistantes sociales, quoi!"

 images.jpgLe métier d'enseignant fait débat. Dans tous les collèges et les lycées de France, pendant un travail sur les contrôles communs, autour de la machine à café, au coin « clopes » du parking ou en conseil de classe, un débat risque d'émerger. Il risque aussi de mettre l'ambiance. Quel est le rôle de l'enseignant ?

Hier, la collègue avec qui je discute pendant ma visite d'établissement a été choquée , lors d'une préparation d'un brevet blanc. Elle est prof en ZEP, elle est passée par la région parisienne. Elle pense qu'il faut s'impliquer dans son métier, mieux cerner les élèves pour les faire réussir. Elle veut systématiquement être PP (prof principal) pour gagner leur confiance, connaître leurs parents...Pour elle, l'échec scolaire n'est pas la faute d'élèves faineants, mais bien d'un système absurde où les cours n'ont pas de sens, où les élèves s'ennuient, où les profs ne sont pas formés. « Il faut tout casser, tout reconstruire ! ». L'établissement scolaire n'est qu'un lieu de souffrance qui frustre tout le monde.

Face à elle, son collègue n'est pas d'accord : « mais on est pas des assistantes sociales, quoi ! » sous-entendu, on n'est pas là pour prendre en compte des inégalités sociales. Il faut en finir avec le collège unique, certains élèves ne sont pas à leur place ici. Ils s'ennuient. Ils seraient bien mieux dans un atelier d'ailleurs. Comme leurs parents ouvriers, coincidence. « Il faut rétablir l'autorité, quoi ! » L'enseignant doit faire ses 18 heures, point. La garantie de sa compétence, c'est la maîtrise de sa discipline. Pas besoin de pédagogie, les élèves n'ont qu'à utiliser le cerveau qui leur sert d'entonnoir pour engranger les connaissances qu'il souhaite leur inculquer.

Autant vous dire que j'étais content de rencontrer cette collègue. « Mais c'est ce qu'on dit !! ». Ah bon, où ça ? Elle n'a pas tort, comment les collègues ne confondraient-ils pas les syndicats, quand ils mettent en avant la défense des carrières, des statuts, là où certains collègues attendent des réponses à la crise d'un système éducatif désuet ? Cette refondation du système éducatif fait pourtant bien partie du projet du SE-UNSA, que je suis en train d'amender, puisqu'on a congrès à Marseille dans deux mois. Ce moment de débat m'a passionné et rassuré. La place des mathématiques dans le système d'orientation, le manque de formation psychologique des enseignants, la fatigue des élèves du collège...que de choses à dire, à regretter, à proposer pour changer l'école la plus inégalitaire du monde. Si la refondation patine, si la gauche, pour l'instant, me décoit dans ses réformes éducatives, rassurez-vous, il y a des enseignants qui veulent changer leur métier.

Commentaires

  • Bien joué la mise en scène des deux enseignantes :) #bipolaire
    Vive les entonnoirs!

Les commentaires sont fermés.