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"faut arrêter avec le collège unique!"

 C0201 - college Baba Simon.gifQuand je fais des permanences en salle des profs, en plus d'informer mes collègues sur les subtilités mercantiles du coût de tel poste en points dans notre merveilleux système de mutations...il m'arrive de discuter du système éducatif.

La refondation de l'école républicaine lancée par Vincent Peillon n'est pas forcément bien connue. Les rythmes scolaires ont fait l'actualité, mais les enseignants ont à peine entendu parler de la formation des enseignants. Seuls quelques-uns savent que la refondation s'interesse aussi à l'orientation, au développement du numérique, voire à la liaison CM2/sixième. Ce qu'ils ont bien vu en revanche, ce sont les créations de postes qui vont éviter à aux collègues arrivés récemment d'avoir des compléments de service ailleurs, et de devoir aller chercher des chaises dans les classes d'à côté avant de commencer les cours, en faisant (un peu) baisser les effectifs des « divisions ».

J'en reviens à mon titre. Quand je discute avec des collègues de leur vie quotidienne, de notre métier, une certaine souffrance ressort de suite, notamment dans les établissements un peu « difficiles ». Les élèves qu'on doit exclure à chaque cours, les conseils de discipline qui tardent à se réunir, les insultes qui font mal et exaspèrent, les rendez-vous avec les parents qui déçoivent, voilà ce quotidien d'un prof de collège. L'innovation pédagogique, l'interdisciplinarité, l'inventivité dans les formes d'évaluation ont souvent le dessous quand les enseignants ont envie de parler de leur métier.

Dans la discussion, autour de la table, avec plusieurs enseignants, l'un d'eux dira souvent « faut en finir avec le collège unique !! ». Il n'osera parfois pas développer.  « Y en a qui n'ont vraiment pas leur place ici » ! « Y en a qui sabotent le cours ! ». En 4eme, en 3ème, les élèves qui dès la 6ème et la 5ème ont décroché, sont arrivés avec des difficultés, ont accumulé les lacunes, deviennent difficilement contrôlables. En vrai, ils ont conscience qu'ils ne correspondent pas à nos canons d'élève modèle et que notre système éducatif entièrement tourné vers la filière générale du lycée et les classes prépas n'est pas fait pour eux. A la fin de la journée, je suis moi-même déçu quand j'ai passé la moitié du temps à relever des carnets, et quelques minutes seulement à questionner le déclenchement de la révolution industrielle...

Alors certains pensent que les élèves « dissipés » feraient mieux d'aller en apprentissage. Ils plébiscitent les classes de niveaux, car ils n'aiment pas les classes hétérogènes. La moitié de leurs appréciations sur les bulletins indiquent que les élèves ne travaillent pas assez. En conseil de classe, ils proposent systématiquement la voie professionnelle pour les élèves qui n'ont pas la moyenne. Peu importe qu'en faisant cela ils renforcent les inégalités et la reproduction sociale. Les fils d'ouvriers seront ouvriers et les fils de cadres seront cadres. Mais est-ce vraiment la finalité du système éducatif, donner plus d'attention...à ceux qui n'en ont pas besoin ?

Je ne partage pas leur avis, et j'ai du mal à les convaincre. De quoi ? Que le collège est un système fou, où un élève empile des heures trop courtes sur des journées trop longues, passent de la physique à l'histoire après du sport sans que les savoirs enseignés aient un lien entre eux. Que la classe est un espace mal agencé, concu pour le cours frontal, magistral, et pas pour l'interactivité. Que la position assise est difficile pour un adolescent, obnubilé par l'image qu'il renvoie et sa place dans le groupe, dans un rapport conflictuel aux adultes.

Quand j'en viens aux propositions, ils sont intéressés mais trouvent cela un peu utopique. Noter la progression et la réussite, apprendre à enseigner à des élèves différents en s'adressant à toutes les formes d'intelligence, imaginer des progressions communes pour donner plus de sens aux matières, tout cela, au moins, peut se faire à l'échelle d'un établissement. Mais changer la manière d'enseigner, d'évaluer, d'orienter, cela exige de nouvelles formes d'architecture scolaire, des équipements, de nouvelles définitions des services enseignants, un débat sur les matières enseignées au collège et sur leur contenu : pour moi, la géographie, les lettres, les mathématiques, toutes les disciplines doivent avoir une dimension plus pratique, plus applicable, plus professionnelle, pour que l'orientation professionnelle puisse être un choix banal, un véritable choix, face à une filière « générale », « académique », qui aurait d'autres finalités. Et tout celà demande une vraie REFONDATION.

Commentaires

  • jg;jk,

  • Il faudrait une sélection pour entrer au collège. N'y entrent que les élèves qui ont intégré (c'est à dire compris et mis en pratique):

    - qu'une classe est un lieu de travail
    - qu'on ne parle pas à voix haute sans y être autorisé
    - qu'on lève la main avant de poser une question ou de donner une réponse
    - qu'un exercice comporte une consigne qu'il faut lire.

    Si l'élève n'a pas intégré ces notions (après 5 ans d'école primaire tout de même), alors ça ne sert à rien de vouloir lui enseigner quelquechose, car il n'a pas le calme ni la concentration nécessaires (surtout en sciences).

    Et, de par ma modeste expérience, je pense que la moitié des élèves en 6ème n'ont pas intégré ces notions.

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