Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Une ville qui tourne le dos

     trois-reportages-de-quinze-minutes-a-ne-pas-manquer_550501_510x255.jpgCe midi, un reportage du journal télévisé de TF1 faisait un « zoom » sur Béziers et son territoire. Comme tous les Biterrois j'ai été flatté de voir les projecteurs braqués sur Béziers. Voire même de partager la beauté de la vue offerte sur la vallée de l'Orb, sur les toits méditerranéens et les vignobles multicolores du Biterrois. Comme tous les Biterrois, j'ai aussi été éberlué par la mise en scène ridicule d'une partie des élus de droite de Béziers qui en ont profité pour soigner leur image de marque...le député accoudé au comptoir, l'adjointe à l'urbanisme qui achète sa viande aux halles, c'était un peu fort de café.

    Comme beaucoup de mes concitoyens, j'étais un peu triste. Tant de beautés, tant d'atouts pour un territoire du sud de la France, au bord du canal du midi, sur un contrefort rocheux qui domine la plaine du Bas-Languedoc...et tant d'échecs dans les projets urbains, tant de records de misères, de précarité, de chômage, dans toutes les études socio-économiques! Il n'y a pas de hasard. Le maire UMP, dans moins d'un an, devra répondre aux questions qui se posent sur le déclin du centre-ville, sur l'anarchie des zones commerciales, sur l'inexistence des politiques éducatives, culturelles, écologiques. Depuis 20 ans quasiment que la droite est aux commandes, il faudra rendre des comptes. Tout ne peut pas être la faute des modes de calcul de l'INSEE, de la crise, et du président Hollande.

    Béziers, en effet, est une ville qui tourne le dos à ses atouts. Un pauvre bus pour relier le centre-ville aux 9 écluses du canal du midi qui font partie du patrimoine de l'humanité? Les rives de l'Orb, fleuve au bord duquel Béziers s'est étendu, sont laissées à l'abandon, couvertes de poubelles et de goudron. Les quais verdoyants et ombragés du canal du midi, au sud de Béziers, sont séparés du centre par la voie ferrée. Et la ville ne fait rien pour dépasser cette coupure. Béziers a un centre historique riche en patrimoine architectural, artistique, marqué par l'histoire...et le délaisse pour investir dans le béton du carrefour de l'Hours où toutes les administrations s'installent, de la sécurité sociale aux tribunaux. L'agglo de Béziers s'étend sur de belles plages sablonneuses et les délaisse, tandis que l'érosion les grignotte. La ville tourne le dos à son histoire grecque et romaine, oublie son passé, trahit ses héritages méditerranéens en bétonnant ses terrains pour les transformer en lotissements bâclés.

    Alors comme beaucoup de Biterrois, j'attends beaucoup des prochaines élections municipales. Il faut qu'elles soient une occasion de réconcilier Béziers, ses atouts, ses forces, d'imaginer une nouvelle ville à travers d'autres choix architecturaux, une autre organisation des quartiers et une spécialisation différente des espaces. C'est pour discuter de l'élaboration de ce projet que les socialistes biterrois se retrouveront mercredi soir.

  • "faut arrêter avec le collège unique!"

     C0201 - college Baba Simon.gifQuand je fais des permanences en salle des profs, en plus d'informer mes collègues sur les subtilités mercantiles du coût de tel poste en points dans notre merveilleux système de mutations...il m'arrive de discuter du système éducatif.

    La refondation de l'école républicaine lancée par Vincent Peillon n'est pas forcément bien connue. Les rythmes scolaires ont fait l'actualité, mais les enseignants ont à peine entendu parler de la formation des enseignants. Seuls quelques-uns savent que la refondation s'interesse aussi à l'orientation, au développement du numérique, voire à la liaison CM2/sixième. Ce qu'ils ont bien vu en revanche, ce sont les créations de postes qui vont éviter à aux collègues arrivés récemment d'avoir des compléments de service ailleurs, et de devoir aller chercher des chaises dans les classes d'à côté avant de commencer les cours, en faisant (un peu) baisser les effectifs des « divisions ».

    J'en reviens à mon titre. Quand je discute avec des collègues de leur vie quotidienne, de notre métier, une certaine souffrance ressort de suite, notamment dans les établissements un peu « difficiles ». Les élèves qu'on doit exclure à chaque cours, les conseils de discipline qui tardent à se réunir, les insultes qui font mal et exaspèrent, les rendez-vous avec les parents qui déçoivent, voilà ce quotidien d'un prof de collège. L'innovation pédagogique, l'interdisciplinarité, l'inventivité dans les formes d'évaluation ont souvent le dessous quand les enseignants ont envie de parler de leur métier.

    Dans la discussion, autour de la table, avec plusieurs enseignants, l'un d'eux dira souvent « faut en finir avec le collège unique !! ». Il n'osera parfois pas développer.  « Y en a qui n'ont vraiment pas leur place ici » ! « Y en a qui sabotent le cours ! ». En 4eme, en 3ème, les élèves qui dès la 6ème et la 5ème ont décroché, sont arrivés avec des difficultés, ont accumulé les lacunes, deviennent difficilement contrôlables. En vrai, ils ont conscience qu'ils ne correspondent pas à nos canons d'élève modèle et que notre système éducatif entièrement tourné vers la filière générale du lycée et les classes prépas n'est pas fait pour eux. A la fin de la journée, je suis moi-même déçu quand j'ai passé la moitié du temps à relever des carnets, et quelques minutes seulement à questionner le déclenchement de la révolution industrielle...

    Alors certains pensent que les élèves « dissipés » feraient mieux d'aller en apprentissage. Ils plébiscitent les classes de niveaux, car ils n'aiment pas les classes hétérogènes. La moitié de leurs appréciations sur les bulletins indiquent que les élèves ne travaillent pas assez. En conseil de classe, ils proposent systématiquement la voie professionnelle pour les élèves qui n'ont pas la moyenne. Peu importe qu'en faisant cela ils renforcent les inégalités et la reproduction sociale. Les fils d'ouvriers seront ouvriers et les fils de cadres seront cadres. Mais est-ce vraiment la finalité du système éducatif, donner plus d'attention...à ceux qui n'en ont pas besoin ?

    Je ne partage pas leur avis, et j'ai du mal à les convaincre. De quoi ? Que le collège est un système fou, où un élève empile des heures trop courtes sur des journées trop longues, passent de la physique à l'histoire après du sport sans que les savoirs enseignés aient un lien entre eux. Que la classe est un espace mal agencé, concu pour le cours frontal, magistral, et pas pour l'interactivité. Que la position assise est difficile pour un adolescent, obnubilé par l'image qu'il renvoie et sa place dans le groupe, dans un rapport conflictuel aux adultes.

    Quand j'en viens aux propositions, ils sont intéressés mais trouvent cela un peu utopique. Noter la progression et la réussite, apprendre à enseigner à des élèves différents en s'adressant à toutes les formes d'intelligence, imaginer des progressions communes pour donner plus de sens aux matières, tout cela, au moins, peut se faire à l'échelle d'un établissement. Mais changer la manière d'enseigner, d'évaluer, d'orienter, cela exige de nouvelles formes d'architecture scolaire, des équipements, de nouvelles définitions des services enseignants, un débat sur les matières enseignées au collège et sur leur contenu : pour moi, la géographie, les lettres, les mathématiques, toutes les disciplines doivent avoir une dimension plus pratique, plus applicable, plus professionnelle, pour que l'orientation professionnelle puisse être un choix banal, un véritable choix, face à une filière « générale », « académique », qui aurait d'autres finalités. Et tout celà demande une vraie REFONDATION.

  • Trois collèges et un conseil de classe

    reunion2.jpgJeudi, la journée était longue. Levé aux aurores, tellement absorbé par « la trilogie berlinoise » de Philip Kerr que je n'ai pu me retenir de reprendre ma lecture à 6 heures du matin. Le temps d'avaler un kiwi et un dessert à la pistache, la voiture démarre.

    Ma première destination, c'est un petit collège du Minervois. Au bord des vignes, il est perdu au milieu des villages qui s'échelonnent sur la frontière héraulto-audoise. Un monde oublié, où des collines de pinèdes bordent le canal du midi dans une plaine cramée par le soleil (même en mars!). Je dois y passer la matinée : c'est la période des mutations intra-régionales et j'assure une permanence pour mon syndicat, les enseignants de l'Unsa. Je m'installe dans la salle des profs, je sors mes dépliants, je suis prêt pour un speed-dating spécial « muts », ce moment tant redouté chez les enseignants où il faut quitter un environnement douillet pour...l'inconnu.

    Je papote : on parle de la découverte des métiers avec un prof de sport. Que peut-il montrer à ses élèves quand toutes les industries de la région ferment les unes après les autres ? Mon traditionnel tour des popotes commence: Je passe à la vie scolaire voir le CPE. Une de ses surveillantes part en congé maternité et elle n'est pas remplacée. Il enrage. On bavarde. Il est là depuis une dizaine d'années, il est inquiet : « avant, on leur disait que s'ils ne bossaient pas, ils finiraient à la vigne. Mais maintenant, la vigne, c'est pas si mal que ca, vu ce qui les attend... ».

    Le temps d'avaler un kebab à Carcassonne passe vite : je dois reprendre la route pour ma seconde permanence. La départementale que j'emprunte zigzague en attaquant la Montagne noire. Je m'arrête loin de tout, au bord d'une forêt et d'un petit ruisseau. Ces petits chalets, un collège ? Retrouvailles avec une ancienne camarade d'IUFM. Placardage sur un panneau syndical accroché à côté d'un panneau à fléchettes. Là aussi, à la vie scolaire, on est content de me voir. Une employée en est à son 23ème contrat. Elle demande l'impossible : la titularisation. À 10 trimestres de la retraite. Elle n'est pas la seule, elle le sait : 10% du personnel de l'éducation nationale est contractuel.

    Il est déjà temps de repartir, de dévaler les pentes du dernier contrefort sudiste du massif central, pour longer la montagne d'Alaric et retrouver les rivages méditerranéens. Je m'arrête avant la mer : cette fois c'est mon collège, j'ai conseil de classe.

    Passons rapidement sur les synthèses, le mutisme des délégués élèves, l'absence des délégués parents (à 16h30, je ne leur en veux pas). Les petits débats pour savoir si l'on met des compliments à un élève qui a un peu bavardé, etc. Deux cas d'élèves me taraudent et m'ont donné envie d'écrire. Le premier, c'est un petit intenable. Son bulletin laisse transparaitre l'énervement des collègues, moi y compris. Il veut tout le temps parler, il fait rire les autres, il dort en classe...On le sanctionne, mais on doit parler orientation... « prepa pro ? » La prof principale réagit instantanément « mais c'est du gachis, il participe tout le temps, il est super intelligent ! » Passons sur notre vision de l'enseignement professionnel où on ne PEUT pas faire échouer des petits intelligents. On ne peut pas gérer un élève qui refuse les règles du jeu scolaire, "assis/debout" et "lève la main pour parler". Moi non plus d'ailleurs.

    Deuxième cas : chute libre dans toutes les matières, manque de travail... « prepa pro ? » suggere un collègue... j'étouffe, j'enrage : « mais elle est passionnée par l'actualité ! Elle est très mature, c'est juste que... » le video-projecteur est déjà passé à autre chose. L'avenir de la petite en reste là.

    Je ne supporte plus ces débats d'une heure 30 où tout va vite parce qu'on a faim et qu'on veut rentrer à la maison. Il faudrait tant de temps pour traiter les problèmes en amont. Savoir comment gérer un élève, le voir, discuter. Comprendre les difficultés d'un autre, choisir un traitement. Avoir des solutions à proposer à ceux qui chutent. Avoir l'impression que le service public d'éducation a les moyens d'agir, pas pour sauver les âmes, mais pour sauver les rêves des millions d'enfants qui passent entre nos mains.

  • Rythmes scolaires : progressistes hier, conservateurs aujourd’hui ? Notre tribune dans "libération"

    tribune.jpgLa mobilisation de certaines organisations syndicales contre la refondation des rythmes scolaires proposée par le Ministre de l’Education et ses récentes déclarations sur le raccourcissement des vacances d’été interroge.

    Ces syndicats ont l’air d’oublier aujourd’hui ce qu’ils revendiquaient hier, quand la droite était au pouvoir. Nous, qui militions dans des organisations lycéennes ou d'enseignants à leurs cotés au sein de la communauté éducative pendant plusieurs années, étions sincères dans ces combats communs. Aujourd’hui, nous craignons de découvrir que l'intérêt des élèves n'a en réalité servi d'alibi qu'à la défense d'autres intérêts.

    Du jour au lendemain, ils ont enterré l’Appel de Bobigny, grand projet national pour l’éducation et la
    jeunesse qui avait rassemblé des organisations d’enseignants, d’élèves et parents d’élèves. Cet Appel de Bobigny, expression commune d’une ambition éducative clairement progressiste, revendiquait une refonte des rythmes scolaires et refusait de fait, la semaine de quatre jours.

    Une espèce d’amnésie collective frappe aujourd’hui celles et ceux qui se mobilisent pour faire tomber le projet éducatif de Vincent Peillon. La légitime résistance aux régressions scolaires de ces dernières années, organisées par la droite, aurait-elle laissé la place à la tentation de l’immobilisme chez certaines organisations syndicales, à un réflexe de rejet du changement ?

    La question se pose puisque aujourd’hui, des intérêts catégoriels et même des calculs internes aux
    syndicats priment sur l’intérêt de l’élève pour une partie de la « communauté éducative ». C’est on ne peut plus regrettable. Nous, jeunes militants engagés en politique et syndicalement pour la transformation de l’École, sommes déçus par l’attitude des organisations avec qui nous menions le combat pour l’avenir du service public d’Éducation.
    Les réactions passionnées de certaines organisations aux déclarations de Vincent Peillon sur un éventuel raccourcissement des grandes vacances nous interroge également :
    Refuser de réduire la durée des vacances d’été, c’est accepter toujours plus de bachotage et de survol des programmes que nous avons toujours dénoncé, préférant une école de la réussite et de
    l’émancipation de tous. La réforme des rythmes scolaires est une proposition majeure dans notre
    engagement, nous l’attendons depuis plus de 10 ans et nous l'avons porté de génération en génération auprès de celles et ceux qui aspiraient, un jour, à prendre le pouvoir pour démocratiser le système.

    Les grandes vacances d’été, initialement très longues pour que les enfants participent aux travaux
    agricoles, ne sont pas un acquis social des élèves. Aujourd’hui le travail des enfants est interdit en France et ce temps de congés est certes nécessaire mais il est aujourd’hui trop long. Refuser de réduire la durée des vacances d'été c'est refuser de se préoccuper d'une situation toujours plus injuste pour plus de deux millions d'enfants pour qui cette période estivale, ressemble plus à un abandon de la République, qu'à un véritable temps de repos et d’épanouissement. Réorganiser le temps scolaire, c’est aussi permettre de développer la pédagogie pour la réussite des élèves, c’est en ce sens que nous avons porté et que nous portons cette revendication.

    Les progressistes ont-ils oublié que pour alléger les journées de cours, il faudra augmenter le nombre de jours en classe et par conséquent, réduire les congés d’été ? De facto, la question d’une réforme du baccalauréat se posera ! Il s’agit d’être à la hauteur des enjeux et de savoir laisser de côté des intérêts catégoriels paralysants pour l’avenir du service public d’Éducation.

    Vincent Peillon doit tenir. Le Ministre a raison de ne pas s’accommoder de l’exclusion de milliers d’élèves en difficulté chaque année. Le Ministre a raison de ne pas se satisfaire d'un des systèmes scolaires les plus inégalitaires au monde qu’il est urgent de refonder. Le Ministre a raison de vouloir avancer, l’Ecole a bien trop attendu.