Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Quand Robert Menard se prend pour le sheriff de Nottingham

    police_municipale.gifCe qui est pratique, pour un candidat soutenu par le Front National, c'est qu'il n'a pas besoin de s’embarrasser à faire des propositions cohérentes, chiffrées, crédibles. Depuis un an qu'il s'intéresse à notre ville, Robert Menard s'est fait remarquer d'une part en stigmatisant les habitants de Béziers (rappellez-vous son article sur « les pauvres, les gitans et les arabes » de Béziers), d'autre part en salissant l'image de Béziers. Et apparemment, ce n'est pas fini.

    Son projet pour la sécurité s'étale depuis hier sur son site de campagne, en Comic Sans ms (la hantise des chargés de communication). Il coûterait 600 000 euros, mais ceux qui cherchent un chiffrage plus précis seront décus. Qu'en retenir ? Un mélange intrépide.

    • Le révolutionnaire Robert Menard crée des dispositifs qui existent déjà ; sa proposition 14 et 18 réinventent le conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance et l'observatoire qui va avec, constitués depuis 2005. C'est moins fatiguant que de réfléchir pour chercher des propositions innovantes, et ca prouve l'intérêt, relatif, que porte le journaliste en pré-retraite pour notre ville.

    • Le « généreux » candidat qui veut baisser les impôts locaux (sans expliquer comment) veut aussi...tout augmenter. Plus de médiateurs (proposition 15) plus de commissariats (proposition 12 et 13), et plus d'agents (proposition 1). Pour financer ces nouvelles dépenses, il n'indique pas si on doit fermer les écoles ou assécher les fontaines de la ville ?

    • Ne soyons pas de mauvaise foi, certaines propositions de Robert Menard n'ont rien de scandaleux...elles ont déjà été mises en place par des municipalités socialistes : élargissement des horaires de la police municipale, numero vert, brigades vertes et canines (propositions 6, 9 et 10), Bob ne fait que copier des initiatives vieilles de quelques décennies.

    • Restent des propositions discutables : les propositions 3, 4, et 5 sont consacrées aux cameras de videosurveillance largement remises en cause par les experts de la sécurité : elles coûtent chers et permettent très rarement de mener à des arrestations.

    • Le vrai problème, c'est l'armement de la police municipale : le taser est dénoncé comme un outil de torture par l'ONU, la possession d'une arme n'a pas empêché le meurtre d'une policière municipale, en 2010, et les policiers municipaux eux-mêmes sont divisés à ce sujet : les armer, c'est vouloir leur donner de nouvelles missions, assurées aujourd'hui par la police nationale, sans leur assurer la même formation, et la même rémunération.

    En bref, l'extrême droite n'amène rien de nouveau, rien de concret, rien d'utile pour ce débat essentiel sur la tranquillité publique à Béziers. La lutte contre les réseaux criminels, clandestins doit être menée sans merci, mais c'est en lien avec l'état, avec la justice et la police, pas en jouant les sheriffs !

    La tranquillité publique des habitants dans les quartiers doit être un objectif prioritaire pour la future municipalité, quand les conflits de voisinage menacent le vivre-ensemble. Mais ce que Robert Menard n'a pas compris, c'est que l'insécurité que ressentent les Biterrois est un problème global.

    Le centre-ville de Béziers, le soir, est lugubre, sinistre. C'est l'urbanisme, l'éclairage, qui peuvent réduire les coins sombres ! Enfin, redonner confiance aux Biterrois dans leur ville, c'est se soucier de leur quotidien, adapter la ville pour les personnes âgées, donner de nouveaux droits aux femmes, donner des moyens aux habitants pour embellir et se réapproprier leurs quartiers. En proposant d'armer la police municipale, en publiant un attirail de propositions copiées de ci et de là, Robert Menard ne fait que renforcer la violence de notre vie quotidienne.

  • Comment je bidouille mes cours

    feodalite.jpgJe ne sais pas si je suis un très bon prof. Pourtant, j'étais un très bon étudiant en histoire. Pourtant, j'ai lu le numero des cahiers pédagogiques consacré à « enseigner en classe hétérogène ». Pourtant, j'ai bénéficié de quelques heures de cours en IUFM pour apprendre à préparer mes séquences. Mais quand même, cet après-midi, attablé à la cafeteria des master histoire à la fac Saint-Charles, à Montpellier, je galere. Et à la fin des vacances, il faudra bien que j'ai fini de préparer mes cours (je n'ai pas pu pendant l'été, étant remplacant, je ne savais pas quelle classe j'aurais).

    Dans un système idéal, pour lequel je me bats syndicalement et politiquement, je ne serai pas seul face à cette tâche : chaque année, un temps serait dédié au travail d'équipe pour préparer, entre profs d'histoire-géo, des progressions communes, partager les ressources pédagogiques et les bonnes idées, au sein de l'établissement. Dans mon système idéal, ma formation d'enseignant m'aurait amené à passer la moitié de l'année sur une initiation à l'ingéniérie pédagogique : comment préparer des modules d'apprentissage, des modalités d'évaluation de compétences, en imaginant une progression sur toute la scolarité obligatoire. Dans mon système idéal, les programmes concus globalement m'amèneraient à travailler avec les profs d'autres matières pour donner du sens à nos savoirs : je préparerai ma séance sur le féodalisme avec mon collègue de francais qui bosse peut-être sur la littérature médiévale.

    Mais nous sommes en 2013, la refondation patine, et je suis bien seul pour préparer mes cours, guidé seulement par ma passion d'histoire et mon empathie pour mes élèves, visant à ne pas trop les ennuyer.

    Fonctionnaire (et serviteur) de l'état, j'applique des programmes qui font partie du bulletin officiel de l'éducation nationale. Alors si le ministre veut que j'explique à mes élèves ce qu'est une seigneurie en étudiant « les conditions de vie et de travail des communautés paysannes et de l'aristocratie foncière ainsi que leurs relations » je m'arrange comme je veux, mais ils doivent, au bout de deux semaines de cours, et d'une séquence de six heures, avoir assimilé cette question. J'ai quelques précisions dans les programmes : le cadre, c'est la France, les documents, c'est des œuvres d'art, l'entrée, c'est l'exemple d'une seigneurie. Sur le site eduscol, j'ai même quelques conseils en deux pages : quels exemples je peux utiliser, de quoi je dois parler, quels ouvrages de référence je peux utiliser, les erreurs à éviter...et sur le site académique de l'inspection, j'ai même quelques exemples de séquences. En Pdf, mes collègues tiennent aux droits d'auteur.

    La seigneurie, ce n'est qu'un quart de ma séquence sur l'occident médiéval. Une heure 30 pour expliquer le féodalisme. Quand je ferme les yeux pour réfléchir, je vois le petit schéma qu'on m'avait enseigné en cinquieme avec le moulin, le château à machicoulis, les tenures...dans ma tête, je m'imagine assez bien une seigneurie. La lecture d' « un monde sans fin » de Ken Folett et de « Fortune de France » de Robert Merle me permettent aussi de m'imaginer vivre comme un vilain, ou comme un chatelain. Surtout, mes cours d'histoire médiévale m'ont laissé de vagues souvenirs. Les grands défrichements, l'émergence du pouvoir banal, l'évolution de l'hommage...mais à partir de ces images d'adoubement, de scènes de violences, de festins aristocratiques...Comment intéresser mes 28 charmants élèves de cinquième à ce phénomène social et politique qui date de 1000 ans et qui n'a aucun ancrage dans la vie quotidienne ?!

    Je n'ai pas étudié la pédagogie, mais j'ai quelques principes : d'abord varier les rythmes de ma séance entre récit, travail sur document, temps ludique...ensuite, varier les situations d'apprentissage : à l'écrit, passive, active, à l'oral...enfin, penser à ce qui doit rester. La notion phare. Le paragraphe qui résumera tout.

    Mon plan (mais j'en ai pour quelques heures de préparation hein), c'est de commencer par une petite remise en contexte historique et géographique. Imaginer le paysage local il y a 1000 ans : Narbonne et ses 5000 habitants, les petits villages d'où viennent mes élèves résumés à des maisons fortifiées. Que seraient mes élèves ? 3 habiteraient en ville, le reste à la campagne. 1 serait noble, 24 seraient paysans, avec deux artisans et un commercant. Sans parler de l'espérance de vie. On vit en occitanie, le seigneur est à Moussan, le chef suprême qui possède tout, c'est le vicomte de Narbonne.

    Ensuite, j'aimerai bien qu'on planche un peu sur des sources de type différents : enluminure, archéologie, vitraux, chartes, pour effleurer la vie quotidienne des paysans et des seigneurs. Mais mon grand projet c'est de distribuer une fiche de personnage et de leur proposer une mise en scène pour la fois prochaine : en distribuant des rôles de seigneur, de page, de valet, de servante, de paysans, d'artisan et de chapelain, vus dans les documents précédents...tenter de leur proposer, l'heure suivante, un théâtre d'improvisation, la classe devient le jeu de rôle d'une seigneurie où certains ont une mission, aux autres de s'adapter. Voilà sur quoi je travaille.