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  • De l'innovation pédagogique

    pedagogies_piaf.jpgC'est le sujet du stage organisé par mon syndicat dans deux semaines. Nous ne sommes pas là, seulement, pour défendre les conditions de travail des salariés que sont les enseignants. Il s'agit aussi de remettre en question notre outil de travail, le service public de l'éducation nationale. C'était l'objet de la refondation annoncée de la politique éducative de la France. Je l'attends encore.

    La pédagogie n'est pas une science exacte. La matière brute qu'on travaille, les élèves, n'est pas une matière inerte, malléable et docile. L'innovation pédagogique, ce n'est pas quand j'allume mon video-projecteur, ni quand j'achète des bonbons pour pimenter mes cours du vendredi aprem. Mais un peu quand même. Le numérique ne suffit pas à l'innovation pédagogique. Elle est plus large : c'est quand je questionne mes pratiques, c'est quand je proclame l'éducabilité de tous mes élèves, c'est quand je refuse le fatalisme de l'échec scolaire. Ce n'est pas aux élèves qui ne suivent pas d'aller faire un tour dans la voie professionnelle, pour nous laisser dans l'entre-soi social avec les meilleurs élèves, parfois fils d'enseignant eux-même. C'est quand nous changeons nous-même notre métier, quand nous laissons tomber la blouse noire, quand nous descendons de l'estrade.

    L'innovation pédagogique s'étend sur de nombreux champs déjà évoqués, et notamment l'évaluation. C'est un débat connu, les classes sans notes se multiplient. Mais le débat sur la note est simplificateur : il faut montrer aux élèves ce qu'ils savent faire, mettre en avant leur réussite, souligner leurs progrès, pour remédier à leurs difficultés, de manière individuelle. Pour cela, il faudrait que je sois capable de penser mon cours à plusieurs niveaux, de permettre aux élèves qui vont trop vite d'approfondir, et de prendre plus de temps avec ceux qui vont moins vite. Ce n'est pas le cas.

    C'est changer la manière de faire cours. Une question d'outil : La France n'est pas encore entrée dans l'ère numérique, c'est un chantier annoncé de Vincent Peillon. Et y a du boulot, quand 5% des enseignants utilisent le numérique tous les jours, et 21% au moins une fois par semaine. Une question de moyens quand le taux d'équipement en video-projecteurs est deux fois moins élevé en France...que sur l'île de Chypre. Une question de locaux, aussi, on y reviendra pendant les élections régionales. Mais changer la manière de faire cours c'est aussi changer sa nature : développer la coopération plutôt que la compétition, instiller du jeu (les fameux « serious game »)...

    L'innovation pédagogique, d'après Philippe Meirieu, c'est dépasser des problèmes : plutôt que de chercher des boucs emissaires, de se culpabiliser quand ca va mal, on tente le « tatonnement expérimental » dont parlait Célestin Freinet il y a près d'un siècle. Soyons réalistes, les obstacles sont nombreux. Le système éducatif nous offre pour l'instant peu de ressources, reste le bricolage. L'organisation des établissements favorise peu la coopération, le partage entre enseignants. La formation des enseignants a jusqu'ici omis la question des apprentissages des élèves (apprendre à apprendre) et des difficultés qui allaient avec (les fameuses -dys). Tous ces enjeux restent syndicaux, politiques, plus que professionnels.

     

    Pour l'instant, il faudra donc compter sur les volontaires, ceux qui tentent d'utiliser les reseaux sociaux pour des cours de « twitterature », suivant l'exemple du Royaume-Uni, ceux qui réfléchissent à l'utilisation du smartphone en cours, ceux qui se lancent dans la classe en ilôts, comme en Finlande. Et profiter du soutien institutionnel nouveau : le conseil national à l'innovation, la banque de données numérique annoncée, l'élan novateur peuvent avoir un impact de long terme. Au Québec, la pédagogie de projet fait partie de la formation des enseignants. Au Danemark, l'utilisation de l'outil numérique au quotidien est obligatoire. En Nouvelle Zelande, les enseignants questionnent l'efficacité des méthodes pédagogiques sur la réussite des élèves. En France, notre système ne fait pas que reproduire les inégalités sociales. Il les amplifie. A qui la faute ? Aux élèves, aux enseignants...ou au système ?