Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • "C'est vous le professionnel!"

    bulletin_scolaire1.jpgSi les mécaniciens réparaient aussi bien les voitures que je lutte contre l'échec scolaire, si les contrôleurs aériens étaient aussi bien formés que les enseignants...les clients ne seraient pas contents. Aparemment, ce débat n'existe pas pour l'éducation nationale. Hier soir, en tant que professeur principal, je remettais les bulletins de classe aux parents d'élèves qui avaient bien voulu se déplacer.

    Evidemment, c'était intéressant. Les bons élèves, pour qui on n'a pas grand chose à dire. Et pas grand chose à proposer pour aller plus loin. A part cette complicité implicite entre ceux qui profitent bien du système éducatif. Et puis il y a ceux qui ont plus de mal. Ces parents d'élèves qui savent que ce moment ne va pas être très agréable. Je ne suis pas là pour les gronder. Ni pour être fataliste face à des élèves qui auraient des difficultés insurmontables, là où il n'y a pour moi que des lacunes et des troubles d'apprentissage...

    Le père de N. est carreleur et c'est la première fois qu'il venait au collège. Depuis qu'il en avait été exclu, quittant le système éducatif après la sixième. Tout comme l'ainé qui n'est pas allé au lycée. Le père de N. est venu pour m'engueuler, un peu. Parce que son petit a du mal à se concentrer et que les enseignants ne font aucun effort. Le problème, c'est que je n'étais pas au courant que le petit était allé au CMPP. Et d'ailleurs, que faire ? Je n'ai plus de chaises dans ma classe, qui compte 28 élèves. Je n'ai pas le temps de répondre aux questions, il faut que le cours avance. Il y a bien du soutien, mais en classe entière. Alors quand le père de N. me demande, pour aider N., ce que je compte faire, en me disant « c'est vous le professionnel » je reste coi. Moi, un professionnel ? Quand il s'agit de connaître le rôle du frère Guerin dans la bataille de Bouvines, en 1214, ou quand il s'agit d'analyser les conséquences du changement climatique sur l'économie groenlandaise, peut-être. Mais sinon...

    Indéniablement, il y a plus qu'un malentendu. Le père de N. est assez méfiant envers l'école. Il n'en a pas eu besoin. Son fils aussi veut être carreleur. A moi de le convaincre qu'être un bon élève sera utile, pour gérer une entreprise, pour avoir un bon dossier pour avoir une place en voie professionnelle alors que cette année un élève sur 4 qui la demandait dans l'Aude n'a pas eu d'affectation.

     

    Mais moi-même, suis-je convaincu ?

  • à la place des élèves

    cancre-1221997758.jpgBeaucoup de mes collègues redoutent cet exercice. La formation continue, c'est aussi, le temps d'une journée, se mettre à la place des élèves. C'était aujourd'hui la première fois que je m'inscrivais volontairement pour une formation. Les fois précédentes, on m'avait convoqué, parce que j'étais PP, ou parce que j'intervenais dans une classe de découverte professionnelle. J'étais volontaire car l'objet du stage m'intéressait: "évaluer des compétences en histoire géographie" c'est une approche professionnelle que j'apprécie, pour donner du sens à mes heures de cours, pour avoir l'impression que ce que je fais est utile et aidera mes élèves tant d'un point de vue scientifique que professionnel.

    La formation était passionnante. Et j'étais content de me retrouver dans la même salle avec 40 collègues d'histoire-géographie, des collègues enseignants avec lesquels j'ai sans doute pas mal d'atomes crochus dans ma manière d'appréhender le monde, dans mes goûts littéraires voire artistiques, et plus si affinités.

    Et pourtant. La formation commencait à 9h. Je suis arrivé avec 5 minutes de retard. 1ère faute. à 10h j'ai commencé à jouer avec mon stylo et je l'ai expédié à deux reprises à l'autre bout de la salle. Comme enseignant, j'aurais apprécié. J'ai revassé, observé mes voisins, rempli mon agenda, trituré mon portable de manière compulsive. L'après - midi, j'ai baillé, et commencé à travailler sur un autre sujet. J'aurais au bas mot ramassé trois avertissements avec un tel comportement dans ma propre classe. Heureusement que je ne connaissais personne dans la salle, sinon j'aurais peut-être bavardé ou envoyé un mot dans une sarbacane?

    Et pourtant, le sujet me plaisait, j'écoutais avec attention de passionnants collègues expliquer comment ils apprenaient à leurs élèves à argumenter, à utiliser des exemples, à s'exprimer à l'oral, comment ils alternaient les techniques d'apprentissage au sein d'une même séquence, comment ils problématisaient les savoirs et rendaient plus sexy l'analyse critique d'un document ou la conception légendaire d'un croquis.

    Et c'est là, comme toujours, qu'on réfléchit au calvaire qu'on fait subir 34 semaines par an, 4,5 jours sur 7 à nos élèves. Les secouer quand ils ne vont pas assez vite, les faire poireauter quand on perd du temps avec un élève récalcitrant, les noyer dans une routine marquée par le sempiternel activité/correction/trace écrite..et s'étonner qu'ils rêvent, qu'ils bavardent, qu'ils se trémoussent, alors que moi-même j'ai changé de position une fois toutes les 5 minutes en moyenne sur une chaise extrèmement dure, omettant seulement de me balancer?

    Alors comme toujours cette formation sera pour moi l'occasion, de me promettre, à nouveau, de mettre en oeuvre une pédagogie différenciée, de projet, un enseignement par compétences, qui fait sens. Puissent les dieux de la pédagogie (et les IPR) m'accompagner dans cette bonne résolution!