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"Monsieur, vous aimiez le collège à notre âge?"

brindas_college_charpak_article.jpgCa n'avait pas forcément un rapport avec le cours d'éducation civique sur l'égalité, qui était notre sujet du jour. Mais j'avais du faire répéter l'élève plusieurs fois, il tenait donc bien à ma réponse. Et mon logiciel d'enseignant de collège/tortionnaire ne détectait pas de moquerie sous-jacente. Après tout, c'était une question personnelle, mais qui ne dérangeait personne : les autres élèves recopiaient le cours. « Franchement, non ». « C'était mieux à partir de la troisième »..Il fallait quand même un peu le rassurer.

Est-ce qu'on est heureux en 5e et en 4e ? Pour ce que je me rappelle, non : des mauvaises notes à gogo dans les matières scientifiques, et aucun soutien. Des modes à suivre, cacher les livres qu'on lit pour apprendre par cœur le classement de la ligue 1 de football. La course aux marques, la recherche d'un statut, d'une identité, la peur permanente des moqueries. Donc pas de quoi mentir à l'élève. En général, plus de souvenirs de la cour de récréation, ce grand théâtre social, que des salles de cours.

Et aujourd'hui, est-ce que mes élèves sont heureux ? Les stéréotypes garcons / filles sont tellement forts à cet âge. On en parle justement en cours. Les filles et les garcons ne se parlent pas. C'était l'objet de l'exposition où j'ai amené les élèves, hier, en visite scolaire. Les remarques homophobes sont fréquentes. Un garcon doit être rebelle, doit avoir le dernier mot, même, surtout, avec les enseignants. Sinon, honte à lui, c'est un bon élève. Les filles doivent se cantonner à des activités futiles sur leur agenda, petits mots, collages ou coloriages, sous peine d'être mal vues.

Alors, oui, le collège tel qu'il est construit a aussi sa part de responsabilité. Les élèves face à nous ne sont pas poussés à travailler ensemble, à coopérer. Notre manque de formation, notre structure rigide de construction de cours et le peu de diversité de nos modes d'apprentissage permettent seulement aux élèves les plus classiques de s'épanouir et ne s'adresse pas à toutes les formes d'"intelligence". C'est ce qu'on appelle être « scolaire » entre nous : bien recopier le cours, répondre aux questions plus ou moins rhétoriques du cours dialogué, comprendre ce qu'on attend d'eux, même quand les consignes ne sont pas très claires.

Pourtant, ce serait bien que les élèves soient plus heureux. Le décrochage scolaire et le phénomène émergent de « phobie scolaire » reculerait. Pour cela, l'épanouissement des enfants et des adolescents doit devenir un objectif majeur des établissements scolaires. Au service de la citoyenneté et de leur projet de vie d'ailleurs. Mettre en avant leurs capacités, leur talent, leur donner l'envie de s'impliquer, d'être curieux, de donner leur avis. Leur apprendre à travailler ensemble, à faire passer l'intérêt général avant l'intérêt particulier. Ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui. C'est possible, je crois que les pays nordiques le font. Mais pour cela, il faudrait, déjà, que les enseignants commencent par travailler ensemble.

Commentaires

  • Joli billet mon camarade ;)

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