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  • "Nos élèves ne vont pas très bien"

    289427_collegien_logo.jpgC'était dans l'introduction de ma principale, ce soir où, pour rattraper la pentecôte, nous avons discuté des élèves, de la vie scolaire, des sanctions, pour préparer le projet d'établissement. Une soirée pleine de surprises.

    Au fur et à mesure de son discours d'introduction, je comprends que je ne suis pas le seul à être débordé. Dans cette salle où les tables forment un immense carré, les cinquante enseignants autour de moi ont tous des problèmes de tenue de classe. 5 à 6 élèves sont exclus toutes les heures aparemment. Le mythe tombe. Moi qui chaque soir me disais que j'étais un mauvais prof parce que j'avais tellement de mal à obtenir le silence, parce que mes oreilles vibraient toute la soirée à cause du brouhaha en classe, parce que je n'arrivais pas à aller au bout de mes leçons sur la gestion de l'eau, les grandes découvertes...et me demandais carrément si j'étais bien fait pour ce métier. Et ma collègue de maths, à gauche, me chuchote justement qu'elle a l'impression d'être mauvaise en maths...Dommage qu'on n'ait pas plus souvent l'occasion de communiquer entre enseignants sur nos difficultés. Echanger sur nos craintes, nos doutes, partager des idées, des solutions...Pour celà, il aurait fallu un peu plus réformer le statut que ce qui est dans les cartons...

    Nos élèves ne vont pas très bien. Ce que ma chef d'établissement évoque, c'est que mon département est le deuxième le plus pauvre de France. Qu'il y a 40% de boursiers dans les collèges de notre ville. Que quand les élèves se lèvent en classe, hurlent, fondent en larmes, se battent entre eux, c'est parce que leur vie est violente, parce que la précarité des parents complique une adolescence déjà très compliquée.

    Et que fait-on alors pour faire cours, quand les élèves sont en difficulté, quand certains sont agités, quand nous jonglons avec les carnets, les retenues, les retards, les exclusions, les avertissements, sans que tout ceci soit bien cohérent ni bien utile ? Derrière tout ceci, et ce n'est pas la première fois que je l'évoque, il y a ce système fou du collège qui n'est pas un lieu de vie, qui n'est pas un lieu plaisant, qui n'est pas un lieu où le savoir fait sens. Mais il y a aussi, plus largement, plus haut et plus loin, cette société où l'adolescence, en France, est violente, quand elle confronte des jeunes, des enfants qui doutent d'eux-même à une école qui ne met en avant que les fautes et les erreurs, qui ne reconnaît que peu de talents, hormis la calligraphie et la capacité de s'ennuyer en silence. Et qui est championne, dans les classements mondiaux, pour sa capacité à exacerber les inégalités et à laisser une foule de jeunes, un bon tiers sans doute, en échec.

    Alors tant qu'à galérer, je suis rassuré, au moins, je ne suis pas le seul...

  • Sondages, magazines apparaissants et disparaissants: la république bananière de Béziers

    2442309-couv-beziers-jpg_2100390.jpgLes municipales à Béziers, en voilà un sujet riche de rebondissements! Depuis quelques jours, le dernier sondage IFOP, publié en début de semaine, plaçait coude à coude les candidats de l'UMP et du FN. Le journal « L'hérault du jour » notait à juste titre qu'entre les premiers bruits sur les résultats et leur publication, le candidat de la gauche, Jean-Michel Du Plaa, d'ailleurs qualifié pour le second tour, ce qui n'avait pas l'air évident pour les analystes, avait perdu deux points. Et s'interrogeait sur le fait que le candidat de l'UMP ait recu les résultats avant tout le monde.

    Mais ce n'est pas tout : Aujourd'hui, partout dans la ville, d'immenses affiches d'un hebdomadaire de centre-droit, « Le point », s'étalaient sur les vitrines des buralistes. Au premier plan, sous le slogan « Qui sauvera Béziers? », le député Elie Aboud, candidat aux municipales pour l'UMP. Je ne doute pas que tous les frais de publication de ce supplément local de 12 pages, à 1 mois du premier tour, seront imputés aux comptes de campagne du candidat de l'équipe municipale sortante.

    Sondages fluctuants, magazines qui apparaissent...et qui disparaissent : Depuis 48 heures, dur de trouver un exemplaire du journal, plutôt classé à gauche, « Charlie Hebdo » dans les kiosques de la ville. Je l'ai moi-même constaté à la gare. Ce numéro évoquait en deux pages, titrées « l'avorton des droites », le bilan, notamment culturel, de l'UMP qui tient la ville depuis près de 20 ans, avec notamment comme premier adjoint...Elie Aboud, candidat du « renouveau », qui a prudemment démissionné de son poste de premier adjoint un an avant l'élection. Pas fou, vu le bilan.

    Alors, les sondages peuvent passer (avec des échantillons de 600 personnes pas forcément fiables, passons sur ca), le plus important, et c'est bien la seule chose qui fait consensus, c'est le terrain. Convaincre les Biterrois que la puissance publique existe encore, qu'elle ne sert pas qu'à distribuer des lopins de lotissement, malgré les apparences depuis que l'UMP a pris la ville en 1995. Il s'agit aussi de mettre les points sur les I. Non, le candidat Robert Menard, soutenu par le FN, n'est pas apolitique. Non, le candidat Elie Aboud, chantre de la "droite populaire", courant UMP qui prône à l'échelle nationale de la droite et de l'extrême droite, n'est pas centre-droit.

    En revanche, notre ville, 3ème la plus pauvre de France, championne de chômage et de précarité, a besoin de vrais changements. Pas d'un ancien premier adjoint qui dribble avec son propre bilan. Pas d'une ancienne première adjointe passée à la concurrence par pure vengeance. Mais bien d'une alternance doublée d'une alternative qui donne la priorité à la jeunesse, à l'éducation, à l'emploi, à l'avenir des jeunes Biterrois...qui en ont bien besoin.

     
  • 4000 postes en plus dans les collèges à la rentrée 2015: pour quoi faire?

    Réforme-Plus-Value.pngLes annonces, faites en décembre 2013, prévoyant une réforme du collège en 2015, m'ont rempli d'espoir. à tort? Cette réforme, en lien avec la refondation de l'education prioritaire et les créations de postes, est indispensable. Quand l'ecole primaire encadre globalement ses élèves avec un enseignant qui les voit toute la journée, quand au lycée les enseignants s'adressent à des élèves passés à travers le filtre social et scolaire de l'orientation 3e/seconde...au collège, nous subissons un système scolaire archaique, innefficace et violent.

    Alors, que pourrait-on faire des 4000 postes annoncés pour donner plus d'autonomie aux équipes pédagogiques, à la rentrée 2015, dans les collèges? Beaucoup. Avec la volonté d'expérimenter, de changer un système fou qui développe plus d'inégalités qu'il n'en réduit.

    Une idée de Philippe Meirieu m'a toujours paru passionnante: créer des "unités pédagogiques fonctionnelles" c'est à dire donner 4 ou 5 classes à une même équipe d'enseignants, avec un professeur principal un peu déchargé pour mieux coordonner l'équipe pédagogique. Ces 4000 postes pourraient être proposées aux équipes qui se lanceraient dans cette démarche pour décharger d'une heure le professeur principal et prévoir une heure hebdomadaire de coordination pour les enseignants. Que de changements alors. Les difficultés des élèves détectées plus tot et traitées ensemble, une progression globale des matières qui donneraient plus de sens au savoir.

    La 2ème étape de cette proposition? L'autonomie pédagogique des établissements évoquée dans cette réforme. Si un tiers de la dotation horaire est distribuée en conseil d'administration celà donne du sens à la démocratie interne. Accompagnement éducatif en groupes de besoin, projets interdisciplinaire, tout devient possible et le projet d'etablissement prend du sens. Evidemment, on pourrait aller encore plus loin: le curriculum prévu pour donner plus de cohérence aux programmes disciplinaires pourrait contenir plus d'aspects pratiques pour que le collège prépare à la fois à la voie académique et à la voie professionnelle. L'heure traditionnelle pourrait être corrigée, par exemple par des doublons de ¾ d'heures plus adaptés à la concentration des élèves. Le conseil de la vie collégienne que commencent à évoquer les CPE sont une autre piste intéressante.

    Mais pour celà il faudrait un consensus ou au moins une dynamique unissant des institutions courageuses qui seraient prêtes à prendre des risques pour expérimenter, convaincre, favoriser les initiatives, les syndicats enseignants qui ne se satisfont pas d'un système inefficace qui favorise la reproduction sociale, et les parents d'élèves qui soutiennent la refondation du système éducatif...Alors, tout devient possible!