Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Autonomie des établissements: une occasion ratée pour la gauche

2013-loi-refondons-300x200.jpg

La gauche au pouvoir et les politiques éducatives...une longue histoire d'espoirs, de projets et de renoncements. Je ne parle pas de changements et de conquêtes, c'est normal. Si je retiens les efforts de Jean Zay sous le front populaire pour unifier l'enseignement secondaire et les élans refondateurs de ce merveilleux plan Langevin-Wallon jamais appliqué, j'ai honte de remarquer que la création du collège unique, la mixité, c'est le bilan de la droite. Et pourtant, tant de profs à gauche, tant de discours sur la question éducative! Mais depuis le milieu des années 70, le système éducatif français se fait remarquer par son immobilisme et l'incohérence de ses réformes, quand d'autres pays ont un cap clair. Vous me direz, la gauche agit! Et les ZEP de Savary! Les IUFM et les cycles de Jospin! Le plan numérique de Peillon! Mais cette politique de petites touches, de peinture pointilliste, adopté aussi d'ailleurs par la droite à travers le programme ECLAIR, le socle commun et la reforme du lycée ne résout aucun des problèmes d'un système éducatif français vieillissant, élitiste et peu efficient.

En 2012 on a parlé de refondation. Mais on n'a fait que réparer. Réparer la formation des enseignants, recréer des postes de personnels..mais ma manière d'enseigner entre 2011 et 2014 n'a pas changé d'un iota. Rien n'a changé dans ma vie d'enseignant et dans le quotidien des élèves. Le changement le plus radical étant la suppression de la colonne vie scolaire dans le bulletin des élèves...

On aurait pu faire autrement, la reforme des rythmes n'aurait du être qu'un aspect de la refondation. Mais peut-être cette refondation n'était des l'origine qu'un leurre, la promesse des 60 000 postes faite par Francois Hollande pendant les primaires et la campagne des présidentielles annulant d'emblée toute marge de manoeuvre pour un ministre volontariste.

Quels sont les leviers du changement? On peut changer le quotidien de l'élève (évaluation, pedagogie différenciée), la vie de la classe (programmes, formation des enseignants, équipements numériques), la vie de l'établissement (architecture, fonctionnement interne, ressources) ou encore les structures même du système éducatif (les cycles par exemple). On a choisi de toucher un peu à tout. Ca donne une certaine image de dynamisme, ca peut faire bouger les mentalités (et Benoit Hamon a eu raison de poser la question des notes) mais ce n'est pas assez pour faire évoluer une entreprise quasiment aussi puissante numériquement que l'armée russe.

Mon changement à moi aurait été différent, il se serait appuyé sur la mise en oeuvre sur 5 ans d'un acte II de l'autonomie des établissements. En effet, la gauche a décentralisé et déconcentré le système éducatif entre 1982 (lois sur les collectivités locales) et 1986 (entrée en vigueur des décrets d'août 1985 sur les établissements publics locaux d'enseignement). Cette décentralisation s'appuie sur l'autonomie des établissements. Les personnels de direction sont créés, des projets d'établissements lancés par la loi d'orientation de 1989, les champs d'intervention définis par l'article R421.2 du code de l'éducation. Et pourtant! La note d'analyse du centre d'analyse stratégique de janvier 2013 et le rapport de l'inspection générale de l'administration de 2006 pointaient toutes les limites de cette autonomie: peu de marge de manoeuvre dans les moyens pédagogiques, recentralisation informatique et harcèlement du rectorat, refus des enseignants d'accepter des taches supplémentaires, instances trop descendantes...

Et pourtant, cette autonomie est bien là! Selon la loi le chef d'établissement constitue les classes, repartit la dotation pédagogique, organise le temps et la vie scolaire, l'orientation des élèves, évalue les enseignants, ouvre l'établissement sur son environnement, propose des sujets locaux d'enseignement, organise des activités complémentaires...tout est en place, et certains établissements innovants ne se privent pas de ces possibilités pour organiser autrement la journée des élèves, donner plus de sens aux savoirs et plus d'autonomie aux élèves, comme le collège Clisthène de Bordeaux (voir le hors-serie numérique des cahiers pédagogiques).

Quels sont les freins alors, les obstacles à dépasser?!

- En premier lieu le service des enseignants. Avec 18 heures de cours disciplinaires où les enseignants font ce qu'ils veulent on ne peut pas aller très loin. Alors, si on reforme le service des enseignants, par exemple avec une présence de 24 heures dont 2/3 de cours disciplinaires et 1/3 d'activités complémentaires telles que tutorat, coordination, formation continue, déjà les possibilités sont plus ouvertes. Ce service, annualisé, permettrait l'organisation de semaines thématiques, des cours modulaires qui évitent aux profs de musique de voir défiler 18 classes dans une semaine...Evidemment il faudrait des moyens pour cela on pourrait par exemple tripler la part fixe de l'ISOE pour prendre en compte cette redéfinition du service. Ca coûte moins cher que l'augmentation du point d'indice...

- en second lieu le fonctionnement des établissements. Le conseil pédagogique doit pouvoir proposer des plans d'études, des progressions disciplinaires par niveau pour organiser l'interdisciplinarite entre les matières et donner plus de sens au savoir. Il doit pouvoir définir des référentiels de compétences par cycle pour mieux faire progresser les eleves et coordonner les exigences méthodologiques. Il doit pouvoir définir un plan de formation continue permettant aux personnels éducatifs, par exemple une demi-journée par mois, de s'initier à la pédagogie différenciée, au jeu sérieux, aux troubles de l'apprentissage, aux technologies éducatives du numérique....

Le conseil d'administration doit avoir de nouvelles compétences: organiser le temps scolaire autour de temps conviviaux, disciplinaires, interdisciplinaires, mais aussi en terme d'activités optionnelles, de tutorat par groupes de 4/5 eleves par enseignant...prevoir un plan d'ouverture internationale, culturelle et professionnelle pour que tous les élèves, par exemple, au collège, effectuent un certain nombre de séjours linguistiques, de stages et de sorties culturelles.

- l'autonomie et l'individualisation de l'enseignement ne doivent plus être des principes vides de sens. L'élève doit être acteur dans la classe et dans l'établissement, et dans la construction des savoirs (pedagogie de projet, taches complexes). La liberté pédagogique s'arrête là où la différenciation pédagogique commence, c'est un droit et il est bafoué quand, presque tous, nous faisons le même cours pour 30 élèves.

Évidemment il faudrait que je sois plus précis, évidemment c'est discutable, mais quand la droite reviendra au pouvoir et pondra un plan de decentralisation/liberalisation du système éducatif appuyé sur des établissements autonomes dirigés par des managers avec des logiques comptables, on se demandera pourquoi on n'a pas tenté, quand on avait tous les leviers en main, et l'appui d'acteurs non négligeables de la communauté éducative, de refonder un système éducatif qui chancelait.

 

 



Les commentaires sont fermés.