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  • Autonomie des établissements: une occasion ratée pour la gauche

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    La gauche au pouvoir et les politiques éducatives...une longue histoire d'espoirs, de projets et de renoncements. Je ne parle pas de changements et de conquêtes, c'est normal. Si je retiens les efforts de Jean Zay sous le front populaire pour unifier l'enseignement secondaire et les élans refondateurs de ce merveilleux plan Langevin-Wallon jamais appliqué, j'ai honte de remarquer que la création du collège unique, la mixité, c'est le bilan de la droite. Et pourtant, tant de profs à gauche, tant de discours sur la question éducative! Mais depuis le milieu des années 70, le système éducatif français se fait remarquer par son immobilisme et l'incohérence de ses réformes, quand d'autres pays ont un cap clair. Vous me direz, la gauche agit! Et les ZEP de Savary! Les IUFM et les cycles de Jospin! Le plan numérique de Peillon! Mais cette politique de petites touches, de peinture pointilliste, adopté aussi d'ailleurs par la droite à travers le programme ECLAIR, le socle commun et la reforme du lycée ne résout aucun des problèmes d'un système éducatif français vieillissant, élitiste et peu efficient.

    En 2012 on a parlé de refondation. Mais on n'a fait que réparer. Réparer la formation des enseignants, recréer des postes de personnels..mais ma manière d'enseigner entre 2011 et 2014 n'a pas changé d'un iota. Rien n'a changé dans ma vie d'enseignant et dans le quotidien des élèves. Le changement le plus radical étant la suppression de la colonne vie scolaire dans le bulletin des élèves...

    On aurait pu faire autrement, la reforme des rythmes n'aurait du être qu'un aspect de la refondation. Mais peut-être cette refondation n'était des l'origine qu'un leurre, la promesse des 60 000 postes faite par Francois Hollande pendant les primaires et la campagne des présidentielles annulant d'emblée toute marge de manoeuvre pour un ministre volontariste.

    Quels sont les leviers du changement? On peut changer le quotidien de l'élève (évaluation, pedagogie différenciée), la vie de la classe (programmes, formation des enseignants, équipements numériques), la vie de l'établissement (architecture, fonctionnement interne, ressources) ou encore les structures même du système éducatif (les cycles par exemple). On a choisi de toucher un peu à tout. Ca donne une certaine image de dynamisme, ca peut faire bouger les mentalités (et Benoit Hamon a eu raison de poser la question des notes) mais ce n'est pas assez pour faire évoluer une entreprise quasiment aussi puissante numériquement que l'armée russe.

    Mon changement à moi aurait été différent, il se serait appuyé sur la mise en oeuvre sur 5 ans d'un acte II de l'autonomie des établissements. En effet, la gauche a décentralisé et déconcentré le système éducatif entre 1982 (lois sur les collectivités locales) et 1986 (entrée en vigueur des décrets d'août 1985 sur les établissements publics locaux d'enseignement). Cette décentralisation s'appuie sur l'autonomie des établissements. Les personnels de direction sont créés, des projets d'établissements lancés par la loi d'orientation de 1989, les champs d'intervention définis par l'article R421.2 du code de l'éducation. Et pourtant! La note d'analyse du centre d'analyse stratégique de janvier 2013 et le rapport de l'inspection générale de l'administration de 2006 pointaient toutes les limites de cette autonomie: peu de marge de manoeuvre dans les moyens pédagogiques, recentralisation informatique et harcèlement du rectorat, refus des enseignants d'accepter des taches supplémentaires, instances trop descendantes...

    Et pourtant, cette autonomie est bien là! Selon la loi le chef d'établissement constitue les classes, repartit la dotation pédagogique, organise le temps et la vie scolaire, l'orientation des élèves, évalue les enseignants, ouvre l'établissement sur son environnement, propose des sujets locaux d'enseignement, organise des activités complémentaires...tout est en place, et certains établissements innovants ne se privent pas de ces possibilités pour organiser autrement la journée des élèves, donner plus de sens aux savoirs et plus d'autonomie aux élèves, comme le collège Clisthène de Bordeaux (voir le hors-serie numérique des cahiers pédagogiques).

    Quels sont les freins alors, les obstacles à dépasser?!

    - En premier lieu le service des enseignants. Avec 18 heures de cours disciplinaires où les enseignants font ce qu'ils veulent on ne peut pas aller très loin. Alors, si on reforme le service des enseignants, par exemple avec une présence de 24 heures dont 2/3 de cours disciplinaires et 1/3 d'activités complémentaires telles que tutorat, coordination, formation continue, déjà les possibilités sont plus ouvertes. Ce service, annualisé, permettrait l'organisation de semaines thématiques, des cours modulaires qui évitent aux profs de musique de voir défiler 18 classes dans une semaine...Evidemment il faudrait des moyens pour cela on pourrait par exemple tripler la part fixe de l'ISOE pour prendre en compte cette redéfinition du service. Ca coûte moins cher que l'augmentation du point d'indice...

    - en second lieu le fonctionnement des établissements. Le conseil pédagogique doit pouvoir proposer des plans d'études, des progressions disciplinaires par niveau pour organiser l'interdisciplinarite entre les matières et donner plus de sens au savoir. Il doit pouvoir définir des référentiels de compétences par cycle pour mieux faire progresser les eleves et coordonner les exigences méthodologiques. Il doit pouvoir définir un plan de formation continue permettant aux personnels éducatifs, par exemple une demi-journée par mois, de s'initier à la pédagogie différenciée, au jeu sérieux, aux troubles de l'apprentissage, aux technologies éducatives du numérique....

    Le conseil d'administration doit avoir de nouvelles compétences: organiser le temps scolaire autour de temps conviviaux, disciplinaires, interdisciplinaires, mais aussi en terme d'activités optionnelles, de tutorat par groupes de 4/5 eleves par enseignant...prevoir un plan d'ouverture internationale, culturelle et professionnelle pour que tous les élèves, par exemple, au collège, effectuent un certain nombre de séjours linguistiques, de stages et de sorties culturelles.

    - l'autonomie et l'individualisation de l'enseignement ne doivent plus être des principes vides de sens. L'élève doit être acteur dans la classe et dans l'établissement, et dans la construction des savoirs (pedagogie de projet, taches complexes). La liberté pédagogique s'arrête là où la différenciation pédagogique commence, c'est un droit et il est bafoué quand, presque tous, nous faisons le même cours pour 30 élèves.

    Évidemment il faudrait que je sois plus précis, évidemment c'est discutable, mais quand la droite reviendra au pouvoir et pondra un plan de decentralisation/liberalisation du système éducatif appuyé sur des établissements autonomes dirigés par des managers avec des logiques comptables, on se demandera pourquoi on n'a pas tenté, quand on avait tous les leviers en main, et l'appui d'acteurs non négligeables de la communauté éducative, de refonder un système éducatif qui chancelait.

     

     



  • Histoire-géo: fini Charlemagne, parlons du frigo!

    Charlemagne-et-sa-barbe.jpgMes intenses lectures d'été m'ont bien fait réfléchir. Tant mieux, c'était le but, après une année scolaire riche en doutes pédagogiques. Relire le programme de sixième, prendre en note le spécial "développer des compétences en histoire-géographie" des cahiers pédagogiques, étudier un bulletin "neurosciences de l'éducation" de l'institut français de l'éducation de Lyon, et feuilleter les brochures du ministère québécois de l'éducation, tout ceci a amélioré le rendement de mes neurones.

    Je l'aime ma matière, depuis longtemps! Quand j'avais 9 ans je voulais être prof pour faire partager ce goût. 5 ans d'études spécialisées et 5 années sur l'estrade m'ont fait changer d'avis: je veux maintenant que ces deux sciences apportent quelque chose à mes élèves et qu'elles soient utiles. Évidemment je forme des citoyens éclairés, mais comme l'écrit Olivier Quinet dans les cahiers pédagogiques, à quoi sert d'apprendre des repères cartographiques et chronologiques en troisième quand on peut tout trouver en 3 clics sur son Smartphone? Et comme il l'écrit aussi, si mes élèves ne retiennent rien à l'issue de 100 heures d'enseignement annuelles, il y a un problème, quoi qu'en disent le courant des élitistes dits républicains qui clament qu'on n'apprend plus rien à l'école...

    Alors, après tout, Charlemagne, je m'en fiche. Idem pour les Byzantins. Comme étudiant en histoire je regrette que mes élèves ne bénéficient pas des lumières de Ducellier, mais comme prof, pas besoin d'y passer dix heures, il s'agit seulement de parler du rêve de "rénovatio imperii" au Moyen-âge. Et encore je me demande comment je vais rendre ca intéressant. La renaissance, je ne sais pas comment lui donner du sens. Mais la première colonisation du 18eme siècle, le café au petit Dej, ca je pourrai bien l'expliquer. Les conteneurs, le pétrole, les meubles en kit, tout ce qui lie géographie, mondialisation, et vie quotidienne, là en revanche, je vois bien comment celà peut faire sens.

    Les programmes actuels me mettent en difficulté, les consignes sont précises, mais le but suprême du passage de hordes d'adolescents dans nos salles de 50 m2 est assez peu clair, soit je prépare mes petits cinquièmes à l'agreg d'histoire (ca je sais faire), soit je permets à de futurs adultes de comprendre leur environnement quotidien, et la, alors, je fais mal mon job. Pas grave, tout le monde s'en moque d'ailleurs. Je ne suis pas convaincu quand je prépare mon cours, mes élèves s'ennuient, je rame en classe, un tiers des effectifs comprend où je voulais en venir pendant l'évaluation, et c'est parti pour la prochaine séquence.

    Alors que faire? Pour moi, partir du quotidien pour l'expliquer, une réflexion que je retrouve dans l'enseignement "histoire et citoyenneté" québecois qui veut "interprêter les réalités sociales à l'aide de la méthode historique". A quoi celà pourrait ressembler? Des entrées thématiques pour chaque année en faisant fi de la chronologie. Pour cette année, on étudierait la démocratie, les sciences, l'écriture, etc...

    Alors bonne résolution pour la rentrée prochaine: centrer ma préparation sur la recherche de sens, par l'interdisciplinarite, la mise en situation, le projet concret, et plus de choix laissé aux élèves...à moi de prévoir mon auto évaluation, d'ici là :)

  • Conseils de lecture

    La_peste_a_Breslau__GF__m (1).jpgCet été, il en faudra beaucoup pour oublier. Oublier ce président qui mène une politique contraire au ton de sa campagne, oublier les cadeaux aux patrons, les affaires qui écoeurent de la politique, les trahisons, les abandons, oublier la victoire de l'extrême-droite à Béziers, la descente aux enfers de mon parti. Oublier que malgré la victoire de la gauche, rien n'a changé en classe, qu'il n'y aura pas de réforme du collège d'ici 2017, et que la refonte des programmes à travers le socle se fera à minima.

    Si comme moi vous lisez pour oublier, j'ai quelques conseils. Les livres accompagnent chaque heure de ma vie, avant de dormir, dans le tram et le train, partout, partout, partout. Et cette année j'ai fait de belles découvertes. Mes lectures sont assez marquées "prof histoire géo", et ne font pas mal à la tête. 10 conseils:

    1/ La louve de Subure, Laurent Guillaume, 2013, éditions les nouveaux auteurs. Un excellent polar antique qui se déroule sous le règne de Trajan et raconte un complot aristocrate contre l'empereur, pendant la campagne de Dacie. Ca vaut bien les polars historiques de Comastri, Saylor, Rodriguez, Besse, Lançon et Maddox Roberts, qui nous imprègnent si bien des institutions, de la société, de la religion romaine.
     
    2/ l'école:  le défi de la gauche, Maryline Baumard, 2013, éditions Plon. La chef du service éducation du "monde" raconte comment est né le programme éducatif de la gauche en 2012, quelle équipe est arrivée rue de Grenelle, quelle était leur histoire, leurs projets...et explique que si la gauche ne réalise pas l'urgente refondation du système éducatif, la droite le fera à sa manière.
     
    3/ la femme en vert, Arnaldur Indridason, 2006, éditions Métaillé. C'est mon premier polar islandais, ma première rencontre avec Erlendur l'inspecteur, sa famille compliquée, son équipe à problèmes, et surtout cette société nordique isolée, qui sort de la ruralité, bouleversée par l'arrivée des Américains en 1941.
     
    4/ les Cahiers pédagogiques : c'est la revue du Cercle de Recherche et d'Action Pédagogique présidée par Philippe Wattrelot. Un recueil d'articles écrit par des personnels éducatifs issus de tous les horizons, la bible des partisans de l'innovation pédagogique et de la refondation du système éducatif. Par quoi commencer? Pour moi cet été: "l'école ailleurs", "le jeu en classe" (décembre 2006), "face aux classes difficiles" (septembre 2008)
     
    5/ La peste à Breslau, Marek Krajewski, 2009, éditions Gallimard. Si vous avez aimé Philip Kerr et la trilogie berlinoise vous allez adorer les enquêtes de l'inspecteur Mock à Breslau, aujourd'hui Wroclaw, une ville à moitié allemande et polonaise, à travers l'empire willehmien, une sulfureuse république de Weimar, la montée d'un nazisme sécuritaire et une seconde guerre mondiale qui finit en apocalypse. On peut espérer une suite aux trois opuscules?
     
    6/ Journal d'un corps, Daniel Pennac, 2012, éditions Gallimard. Comme dans "chagrin d'école", Pennac m'a ému aux larmes. C'est l'histoire d'un personnage au quotidien, avec ses émois, ses bobos, ses découvertes.
     
    7/ Oliver Twist, Charles Dickens, 1838 Le récit de la misère londonnienne, des orphelinats crasseux, de la précarité des vies déchues de l'Angleterre victorienne, qui explique la naissance du communisme, et remet en perspective l'état providence, dans un classique un peu moralisant.
     
    8/ De Gaulle, le rebelle, Jean Lacouture, 1984, éditions Points. Vous connaissez mon amour pour l'homme qui a changé le destin d'un pays...dans cette 4ème biographie que j'ai lu (en comptant les "mémoires"), on découvre un homme qui se délivre petit à petit des opinions politiques paternelles, un mari aimant, un père affectueux qui a fait des choix de carrière en fonction de sa fille trisomique, Anne, dont on ne parle jamais, mais qui a été au centre de sa vie et de ses préoccupations quotidiennes, même pendant la seconde guerre mondiale.
     
    9/ Roma aeterna, Robert Silverberg, 2003, éditions Laffont. Un peu de science fiction avec cette uchronie où l'empire romain ne disparait pas au Vème siècle, surmonte les difficultés, où les Hébreux n'ont pas fait l'exode, où les Chrétiens n'ont pas émergé, et où l'histoire sociale et économique évolue de la même manière que dans la "vraie" histoire.
     
    10/ les aventures de Celestin Louise, Thierry Bourcy, 2009, éditions Folio "le chateau d'Amberville" est la première des cinq nouvelles où Celestin, policier réquisitionné, nous fait découvrir la tranchée, ses crimes, son horreur, ses acteurs et son organisation quotidienne. Une bonne entrée dans le centenaire.
     
    Merci de revenir ici me dire ce que vous avez pensé de mes dernières lectures. J'aurais pu aussi parler des polars soviétiques de William Ryan, des romans historiques de Jean d'Aillon, de mes lectures actuelles autour des enquêtes de Voltaire par Frederic Lenormand ou du dictionnaire historique de la résistance...Une autre fois peut-être!