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Cantonales, géographie et ménardises

La-France-peripherique.jpgCes élections cantonales de mars prochain ne sont pas une simple élection intermédiaire : c'est la dernière élection locale, sur une circonscription biterroise, avant les législatives de 2017. Plus que cela, dans cette « France périphérique » et marginalisée des villes moyennes et des banlieues résidentielles tant prisée par l'extrême-droite, que le géographe Christophe Guilluy décrit dans son dernier ouvrage, on attend la gauche au tournant. Et l'enjeu pour nous est d'être à la hauteur de cette attente, dans une ville prise d'assaut par une extrême droite aux nouveaux contours, réactionnaire et populiste. Qui sait, le candidat de la gauche pourrait affronter Robert Menard, soutenu par le FN en mars dernier.

Parlons d'un territoire en particulier, le troisième canton de l'Herault, Béziers 2, qui couvre Lignan sur Orb, Corneilhan et le centre-ville de Béziers, du canal du midi à la route de Bédarieux, des arènes au Gasquinoy. Dans une des villes les plus pauvres de France, dans les quartiers les plus pauvres de Béziers, tels que Saint – Jacques et le Capnau, quartier où j'habite, quand 40% de la population ne survit qu'avec le RSA, quand un tiers des familles sont monoparentales, pour que la promesse républicaine ne soit pas un mot creux, la gauche doit avoir un projet social concret et ambitieux.

Quand le décrochage scolaire amène 5% de scolarisation en moins chez les 15/17 ans, quand le parc de logements date pour les 2/3 d'avant 1975 (contre la moitié à l'échelle départementale), quand le taux de couverture en hébergement de personnes âgées est de 20 points inférieur à la moyenne départementale, quand 7% des domiciles ne sont pas pourvus de chauffage, l'élection des conseillers départementaux, qui vont débattre de la précarité énergétique, de la petite enfance, de l'autonomie des personnes âgées et de l'aide sociale prend tout son sens.

Le but ne sera pas de tout résumer à une campagne contre un maire qui commence son mandat, ni de tout miser sur un bilan, certes bon, avec une collectivité départementale, à majorité socialiste, qui a bien protégé les Biterrois, alors que la mairie est à droite depuis 1995. Oh non, l'enjeu est bien plus vaste, il s'agit de réconcilier la gauche et les catégories populaires, avec les classes moyennes aussi, de parler politique autrement, de faire de la politique autrement, de montrer un nouveau visage de la gauche.

Alors qu'à l'échelle nationale la gauche n'est ambitieuse que pour des sujets sociétaux qui ne semblent pas prioritaires pour les plus faibles, alors qu'elle semble trahir les promesses de la campagne de 2012, à l'échelle locale, il faudra parler concret. Du poids des cartables scolaires à l'heure des manuels numériques, de l'isolation thermique, de la solitude des familles monoparentales et des aidants aux personnes agées ou peu autonomes, par exemple. Ce sera aussi l'occasion de dénoncer l'hypocrisie de la droite d'Aboud et de l'extrême droite de Menard qui semblent tant s'apprécier depuis les élections sénatoriales...

Face à une extrême droite adepte des coups de com' et des mesures spectaculaires qui ne coûtent rien (brigade canine, arrêté anti-crachats) ou de celles qui coûtent plus (jumelage sulfureux en Syrie, baisse d'impôts pour les propriétaires), il faudra aussi avoir un discours clair sur la République, sur le vivre-ensemble, dans une ville où la droite a surfé sur le communautarisme, et laissé des ghettos se développer en plein centre-ville. C'est un beau défi pour une nouvelle gauche, populaire, détachée des gueguerres d'antan...qui peut l'emporter, unie et déterminée.

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