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3 ministres, 3 projets, 3 problèmes

89EtluYx.jpegAprès 6 ans passés à enseigner sous des ministres de droite, j'avais rêvé d'une politique éducative de gauche. En fait, la technostructure maintient le cap, et quel que soit le ministre, le mammouth avance, mais assez lentement. Je suis prof depuis 8 ans. Qu'est-ce qui a changé ? Un cahier de textes en ligne. Passer du rétroprojecteur au video-projecteur. Bazarder tous mes transparents et vieux manuels et passer mon temps sur youtube pour préparer mes cours. A part ca...j'aurais du mal à le dire. A part une réflexion plus poussée sur les compétences, mes projets interdisciplinaires, comme prof remplacant qui bouge beaucoup, sont très légers, mes innovations pédagogiques ressemblent plus à des expériences bricolées, qui parfois marchent.

Mais ces 8 années d'expérience m'ont permis d'identifier quelques problèmes du système éducatif. Les heures que je passe à corriger des copies ne servent à rien car je ne remédie en rien aux difficultés de mes élèves d'où mon intérêt pour le socle commun et le remplacement de la note chiffrée. Tous ces cours déconnectés d'heure en heure ne font pas sens pour ces pré-adolescents qui ont d'autres préoccupations. Enfin, j'ai besoin de plus de temps avec mes collègues, de plus de formation continue, de vrais conseillers pédagogiques, pour arrêter de faire des cours qui se résument inlassablement à des exercices corrigés qui atterrissent pile poil sur ma trace écrite au tableau.

Vincent Peillon s'est concentré sur l'école primaire, et le programme plus de maîtres que de classes, la réforme des rythmes, la scolarisation dès 3 ans, ca prenait du temps, sans conteste. Et pour le collège, les conseils de cycle sont devenus une réalité pour le lien CM2/6ème. Du passage éclair de Benoit Hamon on retiendra le lancement d'un débat sur la note et la priorité donnée à la lutte contre les inégalités sociales. Et de Najat Belkacem, on murmure (notamment sur le café pédagogique) qu'elle amorcerait une réforme du collège. D’après son discours en commission des finances/éducation de l'assemblée fin octobre, on avancerait sur plus de temps pour la transdisciplinarité, pour les équipes éducatives, et sur des moyens répartis entre établissements et académies sur de nouveaux critères faisant plus de place aux inégalités scolaires.

Ça me va très bien. Parler de temps pour les équipes pédagogiques c'est mettre le petit doigt dans la question du métier, du temps de service, de la concertation entre enseignants pour faire un vrai diagnostic sur les élèves, voire se lancer dans une pédagogie différenciée avec des groupes de besoin et une géopolitique de la classe qui changerait complètement. Donner plus de temps à l'interdisciplinarité, si les acteurs innovants du système éducatif s'en emparent, ça pourrait être le début d'une révolution. Si le conseil pédagogique des établissements met en place une progression commune par niveau, associant toutes les disciplines et créant des ponts thématiques entre elles, on pourrait donner plus de sens au savoir scolaire. Et pour l'ambiance de la classe, pour la réussite des élèves, plus de sens, c'est important...

Alors j'espère que ma ministre saura (je l'ai souhaité à maintes reprises) bousculer les conservatismes, les immobilismes, les corporatismes. Sinon chacun innovera dans son coin, on continuera à gâcher et à dégoûter de l'école, voire de la république, 10 à 30% d'une génération, et on s'étonnera des résultats...

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