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  • A la recherche du contre-projet #college2016

    manifestation-reforme-college.jpg"Ah non, tu vas pas encore nous embêter avec la réforme du collège"! Cédric a raison, on en a beaucoup parlé. En même temps, pour une fois qu'on a un débat un peu complexe sur ce maillon faible du système éducatif qu'est le collège et sur la vision du métier d'enseignant, c'est intéressant. Considère t-on que l'enseignant est une profession libérale qui fait ses cours et repart, ou un professionnel de la pédagogie qui s'inscrit dans un projet d'équipe local? C'est le débat essentiel de la réforme du collège.

    Aujourd'hui je ne reviens pas sur son contenu. Ayant lu ici et là que les opposants à la réforme du collège, ceux qui dénoncent la casse du service public et/ou (c'est un peu compliqué) le nivellement par le bas étaient pour "une autre réforme du collège" j'ai décidé, notamment à l'invitation de mon camarade Clément, d'aller étudier de près les contre-projets: 24 pages sur le site du SNES, 38 pages sur le site du SNALC, puisque ce sont les principaux opposants.

    "Le SNES-FSU n'estime pas nécessaire de révolutionner de fond en comble le fonctionnement du collège" Quelle sobriété. Bon on doit bien trouver quelques petites propositions quand même? Je continue la lecture: Pour le SNES, le problème du collège c'est le nombre d'élèves par classe et la carte scolaire. Des sujets majeurs, c'est certain mais j'en vois tellement d'autres: l'architecture inadaptée, le temps scolaire incohérent, les savoirs sans liens entre eux, le calcul désuet du temps de service...Pour ce syndicat, le collège ne fabrique pas de l'échec (mais OK il ne le réduit pas), et ils répètent le rôle essentiel que doivent avoir les matières, les "disciplines" pour structurer le collège. Pour simplifier, chacun doit pouvoir faire ce qu'il veut dans son coin, on peut à la rigueur définir des "objets d'études communs" qui seraient enseignés dans des matières différentes, et à la rigueur imaginer des projets interdisciplinaires mais pas avant la troisième. Mais pas plus. Faudrait quand même pas que les enseignants travaillent ensemble...

    J'apprends que ce syndicat ne veut pas changer les méthodes d'évaluation. Il veut bien discuter si on met des lettres ou des chiffres mais la remise en cause de la notation chiffrée serait "démagogique". Ce syndicat veut garder le brevet, tout en supprimant la compensation (parce que faut pas se moquer des disciplines). Ce syndicat est très réticent au lien école/collège même s'il reconnait que les inégalités se creusent à ce moment-là: il refuse les échanges de service entre collègues de CM2 et sixième et veut limiter le rôle des cycles (ex. cycle 3, CM1 CM2 6ème). Apparemment, il serait plus important de faciliter le passage entre la 3ème et la seconde. D'après eux, le décrochage a lieu...en seconde! On en parlera aux dizaines de milliers de collégiens qui décrochent avant la troisième. Mais je vois mal où est la difficulté d'adaptation et d'autre part je suis embêté parce que le collège prépare uniquement à la voie générale du baccalauréat...qui ne concerne pourtant que la moitié des lycéens!

    J'arrive enfin à la contre-réforme proposée par ce syndicat: Plus d'heures pour chaque matière. C'est intéressant mais faudrait pas dépasser les 35 heures par semaine quand même, les élèves seraient un peu fatigués... Des séquences de cours plus longues (là je plussoie 55 minutes c'est pas assez!). Plus de travail de groupe en classe (j'adore!) et plus de formation continue et initiale (très bonne idée). Mais je suis arrivé au bout de la page et je reste un peu sur ma faim. En bref, face au projet ministériel, pas de contre-projet: tout va bien au collège, il n'y a pas de problème d'échec, s'il n'y en a ce n'est pas un problème d'organisation mais uniquement de moyens. J'arrive à la conclusion: les professeurs n'ont pas à s'adapter aux élèves, la "construction collective des savoirs" (le cours quoi) suffit à réduire la difficulté scolaire. Le prof ne doit pas être un "homme ou une femme à tout faire" notamment pour le travail d'orientation ou de suivi des élèves...mais il faut multiplier par deux l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves (ISOE). Forcément, ne plus faire un travail mais être payé le double est assez séduisant...

    Je passe à l'autre syndicat, le SNALC (classé à droite, soutenu par le collectif Racine aux élections professionnelles, tout comme FO). Pour eux, les Français et les professeurs rejettent massivement le collège unique. Les cours au collège c'est n'importe quoi, certains élèves ne sont pas adaptés et nous empêchent de dispenser notre savoir aux meilleurs élèves. Pour régler le problème, 1/ retour aux fondamentaux, suppression de l'accompagnement, plus d'heures de maths et de francais. 2/ On trie les élèves à la fin de la sixième pour inscrire les élèves en difficulté dans un cycle fondamental qui les enverra directement dans la voie professionnelle (avec des possibilités théoriques de passerelles au cas où un miracle le ferait devenir subitement excellent dans une classe de faible niveau).

    En même temps ils n'inventent rien c'était le système scolaire français avant les années 60: Collège d'enseignement secondaire (CES) pour les élèves des classes moyennes, collège d'enseignement général (CEG) pour les élèves des classes populaires. Collège modulaire est plus politiquement correct, la ségrégation sociale est assez mal vue de nos jours sinon...

    Pour le SNALC, il faut séparer les élèves en maths, français et LV1, matières "cumulatives" pour que les meilleurs, surtout, ne soient plus gênés par les plus faibles (c'est clair dans les témoignages du diagnostic des premières pages, le lien est plus haut). Pas besoin de cycles ou de coordination entre les matières, on crée des pôles reliant les matières humanistes, techniques et autres. Tant pis pour mes compétences communes à la géographie et aux maths apparemment.

    Le numérique et la découverte professionnelle deviennent des matières et ne sont plus une mission commune de tous les professeurs. Le DNB serait sauvegardé car il a de nombreux atouts: c'est un premier examen formel dont les mentions sont motivantes pour les élèves, et un premier diplôme apprécié. Vous ricanez? Vous ne me croyez pas? Le lien est aussi plus haut. Enfin, le SNALC propose de rémunérer les enseignants élus au CA et au conseil pédagogique. Il n'indique pas en revanche si les parents d'élèves et les élèves participant seraient eux-aussi rémunérés.

    Voilà pour ceux qui avaient des doutes sur le contre-projet des anti #collège2016: ils en ont un, mieux vaut le connaître avant d'aller manifester? Et se rendre compte aussi que les opposants...s'opposent entre eux. C'est plus embêtant:)