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Mes élèves sont merveilleux

Pas tous les jours. Ni à toutes les heures d'ailleurs. Mais pourtant, je ne changerais pour rien au monde de métier. Tout ne se passe pas forcément bien, notamment le vendredi après-midi. Et pourtant. Cette classe, qui soupire lourdement alors que ca sonne, un vendredi après-midi à 16h30, tentant de me faire croire qu'ils seraient bien restés, pour parler d'Octave Auguste, et de ses appétits impérialistes. Ces classes, et tous ces tempéraments, ces énergies, ces différences disséminées. L. dont les yeux pétillent dès qu'on parle armée romaine et mythologie. Y. qui a beaucoup de mal dans toutes les matières, mais qui est capable de raconter à l'heure près l'expédition de Guillaume de Nogaret auprès du pape Boniface VIII. Et la baffe, surtout.

rubon92.pngTous les jours, je me demande si je vais assez vite, mais pas trop vite, si je bosse assez pour être à la hauteur de mon affectation en REP+, zone d'éducation sur-prioritaire. Je me demande si je les aide vraiment. J'effleure, de très loin, leurs préoccupations quotidiennes. Je m'inquiète, parce que je n'en fais pas assez, parce que C. n'arrive toujours pas à poser sur le papier ses idées, parce qu'il est dyslexique, parce que j'ai viré J. alors que je favorise son décrochage, parce que je n'ai pas remarqué que M., pendant le contrôle, faisait complètement fausse route, qu'il ne comprenait pas les consignes.

Et pourtant, ces destins me passionnent, je m'y consacre, mais cet investissement n'est pas toujours efficace. L'enseignement, c'est la juxtaposition d'instants grisants, quand je corrige les contrôles et que mes élèves ont parfaitement saisi la place centrale de l'Eglise dans la société médiévale, et ces moments de doute, de déception, quand le cours ne prend pas, quand après tout, le passage de la République à l'Empire romain passe après le fait que M. fait trembler la poignée de la porte.

Le collège change, les horaires bougent, les programmes sont renouvelés, mais la question de « que fait-on vraiment pendant une heure de cours ? » n'est pas posée. Ces 55 minutes passent beaucoup trop vite. J'essaie de fabriquer des pièces de théâtre et ça marche, je prépare avec soin mes récits dramatiques, j'aiguise mon analyse de documents, mais pourtant, la cruelle question de l'utilité de ma matière émerge chaque année, et mes réponses ne sont pas forcément convaincantes. Comprendre le monde, s'initier à la discipline des Puissants, apprendre à agir, c'est quand même un peu grandiloquent pour un petit Biterrois qui, d'après son voisin, a appris que la guerre de cent ans durait plus de 100 ans dans l'émission « les chtis vs les Marseillais ». Pour autant, mes élèves sont merveilleux. Leur apathie pose question, leur effervescence rend fou, mais cette lueur qui naît dans les yeux quand rarement, on éveille leur intérêt et leur réflexion, est merveilleuse.

 

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