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Le couloir et le carnet

Chaque matin, mes sympathiques lutins se rangent sur la coursive. Ils s'agitent, se bousculent, se réveillent. Ils baillent, ils rient, recherchent mon attention ou au contraire s'y soustraient. Tout le monde est là, je rectifie les rangs, salue les élèves un par un et cherche leur regard. Nous sommes début avril, je les connais un peu: Un tel devrait être surexcité, je m'inquiète s'il est trop calme, pour un autre c'est le contraire. D'où l'importance du rituel de cette prise de température.

Les cours s'enchaînent, mais le cours n'est vraiment pas essentiel, je m'intercale succintement, pour 55 minutes, dans une vie de classe qui a ses propres ressorts que je ne connais pas. Ses malheurs, ses drames, ses animosités et ses trahisons. Et la géographie du monde rural dans tout ça? Et les inégalités de développement? Savoir lire un graphique en courbes? Savoir décrire un paysage? Mon seul talent, ma plus brillante réussite, c'est quand ces sujets passent devant.nabolo-carnet-liaison.jpg
Mais hier ils sont passés derrière à mon grand désespoir. Hier, j'étais "maton". Une exclusion, 7 heures de retenue, un rapport d'incident...en deux heures, le matin. Sortir épuisé, tremblant, avoir l'impression d'échouer. Bon, ils ont à peu près compris l'indice de développement humain. Et l'autre classe serait presque capable de cultiver un champ après une heure de révision sur le labour, la moisson et l'agriculture industrielle. Mais j'ai trois élèves qui décrochent, qui ont 12 ans, ne supportent plus l'école...

Et tout se joue dans le carnet. Gribouillé, déchiré, perdu, en vrac pour certains...10 mots au 30 septembre, plus de place, les tickets "retenue" bien entamés, on connait tous la suite pour la plupart de ces élèves, dont l'état de ce vieux "carnet de correspondance" est si révélateur.

La fiche de suivi, la commission éducative, voire la classe relais, et cet élève qui disparaît après ce moment inutile et purement formel, le conseil de discipline. Malgré les discours, les journées thématiques, les référents, en vrai, on ne fait rien contre le décrochage. Pas de tuteur avec un petit nombre d'élèves qu'on suivrait de la 6eme à la 3eme. Pas de formation continue en bassin voire en établissement pour former les enseignants à la psychologie de l'adolescent, aux troubles de l'apprentissage et du comportement.


Et chaque année un immense gâchis, dégoûtant, qu'on calfeutre à peine. On en parle aux présidentielles?

Commentaires

  • Conseil de discipline inutile? La notion de justice te dit quelquechose? J ai vu des professeurs et des élèves agressés, humiliés, insultés, menacés et si tu penses que cette terrible sanction (oh lala changer d établissement)

    Que tu considères le conseil de discipline inutile pour les élèves en ruptures après tout chacun son point de vue mais que tu ne te places pas du côté "des victimes" m interroge...

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