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Les glapissements de l'élite

J'ai découvert, en bullant sur twitter, la tribune publiée sur figaro.fr d'un professeur de lettres, Antoine Desjardins, intitulée «A bas les pédagogistes, vivent les pédagogues». J'ai lu avec attention sa virulente charge contre les enseignants dits "pédagogistes". Vous connaissez sans doute ce débat récurrent, au moins depuis les années 70, mais en fait depuis bien plus longtemps, entre ceux qui se disent "républicains" et qu'on appelle "élitistes" et ceux qu'on appelle "pédagos" voire plus négativement, "pédagogos". Je ne vais pas vous infliger une nouvelle définition.

bargemon-expo-ecole_12336469261.jpgEn bref, Antoine Desjardins dénigre les enseignants qui veulent varier leurs approches pédagogiques et qui sont peu convaincus par le cours magistral ou frontal, en bref, le professeur parle, les élèves écrivent, et apparemment, les connaissances entrent dans les circuits nerveux pour être régurgités au moment des contrôles...Ce monsieur les accuse de faire des "transferts" psychologiques, d'être des fainéants qui ne veulent ni préparer les cours, ni corriger. Un point de vue peu nuancé...

Il participe à la théorie du complot en les décrivant, dans sa conclusion, terrés dans les couloirs ministériels et soufflant aux ministres des "réformes" hors-sol. Ce professeur, sans doute fort sympathique au demeurant, cite Molière quand ça l'arrange, ne résistant pas à une petite citation latine que Diafoirus ne renierait pas, n'hésite pas à expérimenter l'uchronie en faisant passer des EPI au pianiste Liszt et fait appel à la moitié de la pléiade, à travers de lourdes et pompeuses citations, pour appuyer son propos. Ce collègue est sans doute très cultivé, on n'en doute pas (et il n'en doute pas).

Evidemment, son point de vue est inutilement méprisant et violent pour des collègues qui font de leur mieux, à travers leurs recherches, leur préparation de cours, leurs expérimentations en classe, pour élever le niveau de l'enseignement, en faisant résoudre, par exemple, des tâches complexes à leurs élèves, une modalité sans doute plus intéressante que de faire réciter en début d'heure un cours appris par coeur...Je ne vois pas où il voit un soutien institutionnel et de la flagornerie dans leur démarche: ce travail n'est ni soutenu ni mis en valeur, ni en formation continue, ni dans le déroulement de carrière, ni pécuniairement.

Les "pédagos" sont seulement des profs qui passent des heures à préparer des cours qui font des enfants des citoyens, des cours où l'on apprend à écrire, à parler, à penser, à travailler ensemble...et où travailler fait plaisir, ce n'est pas un gros mot. Ce n'est pas le numérique pour le numérique, ce n'est pas le jeu permanent, c'est diversifier les rythmes, les temps d'apprentissage, prendre en compte la capacité d'attention d'un enfant.

Le propos d'Antoine Desjardins est souvent confus, je vous propose mon extrait préféré : "Quand il n'y a plus d'or dans les caves, on fait marcher la planche à billets, c'est à dire qu'on met en circulation des concepts didactiques ou managériaux creux et mensongers qui ne sont gagés que sur du vent (flatus vocis). La planche à monnaie de singe marche à plein régime quand l'école va mal et la scolastique sectaire des scientologues produit en abondance des fausses coupures pour payer les élèves avec du vent."

Il a sa cohérence, le très original "c'était mieux avant", et au fil de la lecture on imagine les blouses noires, les ardoises, l'encre qui tache, ravivés par l'évocation de l'enseignant comme un "instituteur" ou un "répétiteur". Une logique implacable aussi: la grammaire et la conjugaison n'ont pas changé, il n'y a donc aucune raison qu'on enseigne différemment (rappelez-vous dans "asterix et obélix mission cléopatre", chacun ses références, quand l'architecte a toujours fait comme ça et ne voit pas comment on ferait autrement). Cet argument m'a convaincu, je regrette terriblement de ne plus enseigner les affluents des fleuves français, les préfectures de nos départements, et la carte de nos colonies. Le manque d'intérêt de ce collègue pour la recherche didactique, universitaire et scientifique me déçoit un peu.

Le problème, c'est que dans les classes des lycées dont rêve ce collègue, il n'y avait pas d'enfants du peuple: ceux-là avaient usé leurs culottes courtes sur les bancs de l'école publique, et au mieux, étaient allés aux cours supérieurs, voire à l'école normale. Comment roucouler de nostalgie devant un système scolaire qui n'amenait qu'1% d'une classe d'âge au baccalauréat, il y a un siècle?

Mon objectif n'est pas de faire l'exégèse de cette tribune. Je plains ce collègue qui réduit l'enseignement à la transmission d'un savoir. Il ne voit pas qu'en décloisonnant les disciplines, on crée plus de sens, pour des élèves qui enchaînent des heures de cours, où les notions n'ont aucun lien entre elles, alors qu'on pourrait si facilement les lier. C'est l'objet de la réforme du collège qu'il ne porte manifestement pas dans son coeur.

Je plains ce collègue qui voit le cerveau comme un entonnoir où s'impriment les doctes paroles des professeurs-prophètes, là où les neurosciences de l'éducation et les recherches sociologiques ou pédagogiques avancent peu à peu pour nous permettre de mieux comprendre comme on apprend à apprendre et comment l'implicite de nos consignes, de notre enseignement plus généralement, discrimine.

Je plains ce collègue qui rate ce merveilleux moment de la préparation de cours où on se remue les méninges pour varier les approches. "Alors cette année, Leonard de Vinci, je l'amène comment?" "L'aménagement des littoraux, comment je les place avant la sortie scolaire avec mes collègues de SVT et d'EPS pour les préparer au croquis de paysage" "les actes symboliques du moyen-âge, c'est quand même mieux quand mon collègue de français étudie la même période et qu'on teste des situations théatrâles en classe!". 

Je plains ce collègue qui est, au-delà du dénigrement, dans le déni tout court. Déni de l'économie numérique, déni d'un système scolaire inégalitaire, déni de la massification du système éducatif. Mais aussi, dans le respect de conceptions différentes voire opposées du système éducatif, tout à fait légitimes, je dénonce la mauvaise foi de ce collègue qui se drape hypocritement dans le linceul de Condorcet, de Molière et de Spinoza pour justifier la mise à l'écart des plus défavorisés et la réaffirmation d'un enseignement qui profite aux plus cultivés, aux plus aisés, aux "héritiers".

 

Commentaires

  • Cher collègue,
    Pourquoi considérez-vous que vous avez l'exclusivité des méthodes qui marchent?
    Pourquoi êtes-vous persuadé que vous faites mieux que les autres, alors que l'enseignement est un domaine où la modestie est plutôt de mise?
    Pourquoi vous permettez-vous de juger mauvais ceux qui enseignent autrement que vous?
    Que savez-vous de leurs résultats à moins d'interroger leurs élèves et les parents?
    Pourquoi considérez-vous que "ce n'était pas bien avant" et que "c'est mieux avec vous"?
    Pourquoi caricaturez-vous ceux qui ne pratiquent pas vos méthodes?
    Ne pensez-vous pas que votre conviction d'avoir enfin trouvé le Graal Pédagogique vous rend quelque peu doctrinaire, limite intolérant?
    Et puis, soyez honnête, cher collègue, qui a déclaré la guerre à l'autre ?
    Qui par exemple prétend imposer, à la faveur de la réforme du collège, la "séquence didactique", qui est une méthode plus que contestable, comme unique méthode permise... par le ministère ?
    Que devient alors la liberté pédagogique , au nom de laquelle, précisément, vous avez pu inaugurer d'autres façons d'enseigner?
    Et si Antoine Desjardins était simplement agacé, à la longue, par votre prétention à tout savoir mieux que vos collègues alors que vous n'avez, en fin de compte, comme supériorité effective que d'avoir le verbe un peu trop haut?

  • Réponse très juste, finalement assez modérée alors qu'on a envie de faire part de sa colère devant l'extrême stupidité de cette tribune de ce triste sire. Mais vous avez raison, il faut répondre en argumentant, et vous le faites très bien.

  • Pourquoi, M.Zakhartchouk, vous mettez-vous "en colère" contre M.Desjardins? C'est très risqué, la "colère", comme disaient les Anciens...
    Pourquoi lui prêtez-vous une "extrême stupidité", ce qui n'est pas, me semble-t-il, un argument?
    Pourquoi vous en prenez-vous à sa personne ( "triste sire" ) ?
    Et puis êtes-vous tellement sûr, M.Zakhartchouk, que votre pote ait aussi bien "argumenté" que vous le dites?
    En effet, sont-ce des "arguments" que de dire que M.Desjardins "ne varie pas ses approches pédagogiques",
    qu"'il parle, les élèves écrivent et régurgitent au moment des contrôles",
    qu'il ne "fait pas de son mieux pour élever le niveau de l'enseignement",
    qu'"il fait réciter en début d'heure un cours appris par coeur",
    qu'"il n'apprend pas à ses élèves à écrire, à parler, à penser, à travailler ensemble",
    qu'"à ses cours les élèves viennent sans plaisir",
    que pour M.Desjardins "c'était mieux avant",
    que c'est infamant pour un enseignant d'être un "instituteur" ou un répétiteur",
    que M.Desjardins "réduit l'enseignement à la transmission d'un savoir" ( comme si ce n'était pas sa principale fonction ! ),
    qu'"en décloisonnant les disciplines on crée plus de sens" ( est-ce tellement sûr?) ,
    que M.Desjardins "voit le cerveau comme un entonnoir où s'impriment les doctes paroles des professeurs prophètes",
    que M.Desjardins, parce qu'il n'est pas au courant des recherches des neuro-sciences, délivre un enseignement "discriminant",
    que M.Desjardins "rate ce merveilleux moment de la préparation de cours où on se remue les méninges pour varier les approches" ,
    que M.Desjardins " met à l'écart les plus défavorisés" et n'enseigne que pour les "héritiers"?
    J'y vois plutôt une série d'affirmations arbitraires.
    Après cela, que vous alliez, M.Zakhartchouk, dire à M.Anoto qu'il a "très bien argumenté" me paraît un peu ... excessif.

  • Merci pour ce billet. Ça fait du bien !

  • Moi, une telle accumulation d'insultes à l'égard de M.Desjardins et d'affirmations arbitraires qui visent à caricaturer sa pédagogie me fait plutôt peur !

  • Bonjour.

    Je n'ai pas la nostalgie de l'époque où 1% des élèves avaient leur Bac, mais je trouve insultant qu'aujourd'hui, les impétrants ne puissent plus être fiers de leur diplôme, tant ceux qui le font passer ont truqué le jeu pour faire croître, par tous les moyens, le taux de réussite global, le seul qui compte pour des politiques en perpétuelle représentation.

    Je n'ai pas la nostalgie des colonies, mais que mes élèves sachent où est Lyon, qu'ils voient tout seuls que Xavier Bertrand appelle "sa" région "Hauts de France" sans le moindre fondement (ah, l'altitude de Calais !), ou encore qu'ils sachent qu'entre Sophocle et Racine, il y a un peu plus de 45 ans, vous avouerai-je que ça me ferait plaisir, et que je trouverais cela structurant ?

    En fait, vous invoquez les recherches universitaires. Fort bien, qui voudrait aller contre ? Mais ces recherches ne justifient en rien que vos réflexions sur "les nouvelles façons de transmettre" évacuent ce qu'il y a à transmettre. Quand on construit sans bases, on n'a plus, ensuite, qu'à chercher à impressionner les correcteurs pour qu'ils trafiquent des notes, sans leur intervention minables. Et vous le savez. Et vous êtes donc malhonnête.

    C'est bien dommage.

    Après lecture des deux papiers, je suis du côté d'Antoine Desjardins, et certainement pas du vôtre.

    Merci de me l'avoir fait découvrir :)

    Christophe Ortoli
    professeur agrégé de lettres classiques

  • Oh écoutez, voilà 40 ans que le ministère promeut des réformes, collège unique, "apprentissage" de la lecture, modules, socle, réforme Chatel, réforme Belkacem, toutes aussi ineptes les unes et les autres : comment ne pas penser qu'elles sont en effet dues à un certain nombre de caciques peuplant le ministère et empêchant de toutes leurs forces la moindre évolution ? Depuis 1975, un seul critère, en fait : ça ne marche pas ? Alors on garde et on amplifie. C'est une honte d'avoir voulu massifier à ce faible prix-là et de se montrer aujourd'hui, sous couvert de pédagogie, aussi soumis à l'OCDE et aux raisons pécuniaires. C'est aussi assez honteux de s'appuyer, avec mépris, sur la prétendue ignorance des familles pour fourguer à leurs enfants, et surtout aux enfants des modestes, des réformes toujours plus étiques et plus dépourvues de contenus, la dernière en est un bon exemple encore. C'est vous qui glapissez, Monsieur, du bonheur non du plus fort, mais du mieux caché.
    PS Je vois de belles signatures dans les commentaires, de beaux messieurs et de belles dames qui peuvent être reconnaissants au système qu'ils conchient.

  • "Je plains ce collègue qui réduit l'enseignement à la transmission d'un savoir. Il ne voit pas qu'en décloisonnant les disciplines, on crée plus de sens", écrivez-vous.

    Merci, Ô grand génie ! Rapprocher des disciplines, sans Belkassine, on n'y aurait jamais songé !
    Et sinon, celui qui se prend pour un prophète, je crois bien que c'est vous, ici du moins...

  • D'accord avec vous, Cripure ! Le texte de M.Anoto relève de la profession de foi quelque peu illuminée plutôt que de la préoccupation de partager posément , sans éclats de voix, des points de vue sur notre métier de professeur. Il est tellement persuadé d'avoir découvert, avec quelques collègues, le Graal Pédagogique qu'il en vient à cultiver l'illusion qu'avant lui et autour de lui tout le monde a été et est mauvais, ce qu'il me paraît tout de même difficile, en toute objectivité, de soutenir.
    Les compliments de M.Zakhartchouk au "bon petit soldat" sur l'habileté de son "argumentation " me paraissent donc très exagérés.

  • En lisant ce billet d'une prétention consternante d'un représentant de l'UNSA ( lèche -cul du gouvernement mais aussi "je vais à l'endroit où le vent tourne"), on comprend mieux le concept " d'idiot utile". Merci de m'avoir fait découvrir monsieur Desjardin!

  • Au lieu de complimenter M.Anoto, M.Zakhartchouk, qui est un des apparatcihks de la mouvance pédagogiste et a fait quelques études et n'est certainement pas dupe, lui rendrait service en lui conseillant de renoncer à publier, car un texte aussi mauvais fait une publicité déplorable aux pédagogistes. Ce que M.Anoto croit être un chef d'oeuvre d'éloquence est en réalité un morceau de mauvaise littérature où l'on ne compte plus les termes employés de travers, les images maladroites,, les hyperboles saugrenues, les phrases bancales. Rien que le titre est affligeant! Pas pour celui qui est visé, mais pour son auteur!
    Croyant se faire avec panache la peau d'Antoine Desjardins M.Anoto s'est surtout discrédité lui-même. Il a, du même coup, fort mal défendu lles pédagogistes ! J'aurais été à la place M.Zakhartchouk, je l'aurais plutôt engueulé !

  • Finalement, M. Anoto pourrait, avec ses amis de l'UNSA, synthétiser son texte de façon assez simple : "Rien n'est dit et nous venons trop tôt"...

  • Ou bien : " Moi et ma secte sommes les meilleurs, et la preuve c'est que nous le disons !"

  • En fin de compte, je ne vois pas à qui M.Anoto s'adresse .
    A ses potes de l'UNSA ? Mais à quoi bon ? Il prêche à des convertis.
    A Antoine Desjardins ? Mais le texte est tellement caricatural et tellement mal écrit que celui-ci va esquisser un sourire et passer aussitôt à autre chose.
    Reste le besoin de se réciter de temps en temps à soi-même son catéchisme pédagogiste. Comme ça, juste pour se rassurer...

  • Fermez le ban !

  • En toute franchise tu es aussi pathétique que le vieux crouton du figaro, si l école va mal c est bien à cause de guignols comme vous

  • Tout de suite les insultes, pratique habituelle de tous les sectaires !
    L'école ne va pas mal partout, figure-toi, mais seulement là où des individus dans ton genre sévissent.
    Ce que tu as d'insupportable, ce n'est pas d'être un mauvais prof - c'est à tes élèves de le dire, et je ne me permettrais pas d'en juger, lors qu'Anoto n'hésite pas à couvrir de crachats Antoine Desjardins qui avait eu le malheur d'exprimer une opinion - , c'est de croire que tu es le seul au monde, avec tes potes de la secte, à détenir La Vraie Pédagogie. Et encore, cela, on pourrait te le pardonner - chacun ses illusions ! Mais tu as l'inconscience de le crier sur tous les toits .
    Allons, un peu de modestie, mon cher ami !

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