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Les circulaires de la refondation : espoirs, sigles et portails

La circulaire de rentrée ne se lit pas à la lampe de chevet, pour se détendre avant de dormir. Ce petit texte, quelques dizaines de pages, marque à chaque rentrée les priorités et les enjeux de l'année scolaire. Un moment de prospective pour l'administration ministérielle, un mal de tête pour les professionnels de l'actualité éducative, et, entre les lignes, une refondation du système éducatif qui s'affirme, tellement lentement...

0WpX_b_Hpw2ZIPYMueMvr2GnOCQ.pngEn 2015 (j'ai poussé le vice jusqu'à la relire), la circulaire de rentrée s'organisait autour de la construction d'une école plus juste, du développement de la citoyenneté et de l'accompagnement des équipes éducatives. Elle s'appuyait sur la centralité du socle commun de compétences, connaissances et culture (S3C) et déclinait des changements tels que la "stratégie mathématiques" pour changer l'image et l'esprit de la discipline; ou refondait encore les projets éducatifs pour les élèves à besoins éducatifs particuliers (PPRE/PAP/PPS).

L'effort pour les langues vivantes était démontré à travers la création d'un portail numérique dédié (refonde t-on en créant des portails?) et la refonte des cartes académiques des langues vivantes. Ça, c'était l'idée. Et effectivement cette année tous mes collègues de maths sont passés, dans mon collège, à des cours en îlots. Et mes élèves ont adoré. Mais la rectrice de mon académie n'a pas refait la carte des langues vivantes. Aucun effort de cohérence et de lisibilité, pas de parcours pour l'occitan ou l'allemand, aucune réflexion sur les langues rares accessibles seulement dans la métropole ultra favorisée, Montpellier. Alors on fait quoi quand l'encadrement local ne porte pas les priorités nationales ?

Dans les autres projets énoncés, je n'ai pas non plus vu la formation au plus près des établissements, ni la création d' "espaces parents" (on les reçoit dans un placard), ni une université d'automne...A la place, une formation au rabais pour les membres des conseils pédagogiques sur la réforme du collège. C'est pas ce qui était marqué...

Bon. Voyons maintenant 2016 ! La circulaire de rentrée présente cette année scolaire comme l'aboutissement de la refondation, l'installation finalisée du socle commun (commencée en 2004!) avec comme objectif suprême une école plus juste. Enfin. Alors que récemment encore un rapport de l'UNICEF annonçait que la France était dans les derniers des classements des pays riches pour l'inégalité à l'école... Les autres enjeux de la rentrée 2016 sont larges : orientation choisie, évaluation refondée, transmission des valeurs de la république, réflexion sur le cadre de vie, lutte contre le décrochage...Niveau ambition, rien à redire ! Voyons maintenant le contenu.

L'an dernier, on refaisait les programmes de maternelle, cette année on passe aux programmes de l'école et du collège, dans une nouvelle logique, curriculaire (j'ai lu ce petit article pour mieux la comprendre). On s'intéresse donc à ce que l'élève sait à la fin et pas à ce que le prof a dit ce qui paraît plutôt logique et excède pourtant certains syndicats enseignants tels que le SNES. Passons.

Le ministère annonce un immense effort pour proposer des ressources d'accompagnement, notamment numériques. On en a bien besoin, pour l'instant on bricole. Enfin, on va tenter de changer l'évaluation! Banques de données pour proposer des modalités d'évaluation, liberté aux équipes pédagogiques pour avancer, tant qu'on s'intéresse aux acquis et aux difficultés des élèves (et aujourd'hui, dans la note chiffrée, ce n'est pas la priorité...). Pour le brevet notamment, qui change, on passe à la définition de 4 niveaux de maîtrise. Les bulletins de trimestre s'éclipseraient devant des bilans périodiques de cycle.

Cette année doit être celle de la mise en oeuvre du plan numérique: 1000 collèges numériques pour changer les pratiques pédagogiques, mise en oeuvre d'une option dédiée au lycée, carte des formations refaite pour inclure les emplois de demain. La circulaire prévoit aussi d'autres nouveautés: une expérience intéressante de développement du portugais et de l'arabe avec des partenariats internationaux (ELCO), la mise en oeuvre des parcours citoyens, de santé, "avenir" et culturels...et un vrai effort pour l'orientation.

L'école plus juste, d'après la circulaire, c'est une école qui traite à égalité les lycéens: plus de passerelles, période de détermination à l'entrée du lycée pour ne pas se tromper de filière de CAP ou de bac pro, envoi des voeux APB aux enseignants pour aider les élèves à les corriger, notes conservées en cas de redoublement (70% des élèves de lycée pro abandonnaient), campagne massive pour faire revenir au lycée les élèves sortis du système sans qualification...les efforts seront immenses s'ils se concrétisent. La circulaire en profite même pour réaliser une revendication du "baron noir" en demandant aux BTS de s'organiser pour mieux accueillir les bacheliers professionnels et favoriser leur réussite!

La lutte contre les inégalités prend aussi de l'ampleur. Si la réforme de la carte scolaire de la circulaire 2015 ne m'a pas convaincu (je ne l'ai pas vu d'ailleurs), le ministère annonce une hausse des fonds sociaux, veut lutter contre le non-recours aux bourses, une réalité dans mon collège REP+, propose des parcours d'excellence dans l'éducation prioritaire...tout en évoquant à nouveau les espaces parents qui n'ont pas l'air de beaucoup avancer...Au passage, je salue l'effort annoncé pour le développement durable à travers la création de "coins nature" au sein des établissements et le soutien à la labellisation durable! A nous de la concrétiser...

En somme, même si c'est dur de résumer, la gauche ébauche un changement réel du système éducatif. Aura t-elle le temps de le mettre en oeuvre, après tant de temps perdu?

Commentaires

  • "La gauche, écrivez-vous, ébauche un changement réel du système éducatif"... grâce à "la centralité du socle commun"...
    Mais vous ne vous rendez donc pas compte, cher Monsieur, que le "socle commun de compétences" est une création de l'OCDE qui a pour but de former avec une instruction au rabais les 90% de sous-emplois flexibles et jetables de la "société de la connaissance"? Pendant que les 10% de cadres iront s'instruire réellement dans les collèges privés payants où le latin, le grec, l'allemand, les classes bilangues , les classes européennes n'auront pas été supprimées!
    Cela ne vous trouble pas que la gauche applique les résolutions de l'OCDE, c'est-à-dire de la droite la plus cynique?
    Le "socle commun", dont le SGEN et l'UNSA se gargarisent, a été introduit dans la loi par Fillon en 2005 ! C'est une initiative de la droite ! Oui, vous avez bien lu : de la droite!

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