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Autorité, sélection et transmission : l’éducation vue par la droite et l’extrême-droite

Le débat des primaires, pour les républicains, et l’intérêt croissant de l’extrême droite pour l’éducation, qui l’amène à développer le collectif « racine » à l’échelle locale, ou à soutenir les syndicats FO et SNALC pour les élections professionnelles de 2014, permettent aujourd’hui d’étudier des idées qui s’opposent parfois mais se croisent souvent pour dessiner un système éducatif en noir et blanc.

Tous les candidats aux primaires parlent un peu d’éducation. Les idées de Nicolas Sarkozy, pas bien neuves, transparaissent dans la convention « éducation » de l’UMP qui a pondu un texte de 16 pages organisé autour de la transmission des savoirs, de la réaffirmation de valeurs telles que l’autorité, l’excellence, la laïcité et autour de l’objectif d’efficacité du service public. Les candidats républicains se distinguent alors en étant plus libéraux, plus conservateurs, et même parfois intéressants. Les plus libéraux sont Bruno Le Maire qui veut des contrats de 5 ans pour recruter des enseignants « comme les militaires ». Alain Juppé de son côté veut plus d’autonomie pour les établissements, quand Francois Fillon veut régionaliser l’enseignement professionnel et quand NKM propose de libérer les expériences pédagogiques.

On peut même se distinguer en tentant d’être plus conservateur que ses concurrents. Francois Fillon, en chœur avec le front national, propose de mieux mettre en avant l’histoire de France et ses grandes figures, quand tous les candidats s’accordent pour accorder plus de temps aux savoirs fondamentaux. Le même candidat se pose la question de la tenue unique pour les élèves, quand le front national veut rétablir une histoire chronologique (Marine Le Pen croit peut-être que je m’amuse à la faire à l’envers ? ) et veut enseigner la géographie par des cartes (je n'ai jamais essayé avec une flûte mais cela ne doit pas être évident).

Soyons justes, les républicains avancent parfois avec leur temps : NKM annonce qu’elle maintiendra le collège unique, Francois Fillon veut plus d’outils numériques à l’école et veut prendre en compte les avancées scientifiques sur l’apprentissage (neurosciences et pédagogie sans doute).

J’ai même trouvé certaines idées très intéressantes : les stages de pratique linguistique intensive, à l’oral, chez Francois Fillon, ou encore la nomination d’un parent vice-président du conseil d’administration des établissements scolaires. Bruno Le Maire est intéressant quand il parle d’un corps enseignant unique du CP à la 3ème, de la seconde carrière des enseignants et de salles « plus dignes » pour enseigner. Il reconnait lui-même que « comme agrégé spécialiste de Proust » il n’est pas du tout formé pour enseigner au collège et c’est bien le seul à poser la question de l’agrégation.

Parfois, je soupire, quand Nicolas Sarkozy veut le service militaire pour les décrocheurs (comme ancien réserviste, je connais les difficultés de reconversion de mes ex-camarades), quand Francois Fillon veut rétablir les maisons de correction, veut former les enseignants à l’autorité (genre ca se decrète, ce n’est pas un problème global du système éducatif), rétablir les devoirs à la maison et la note de vie scolaire. C’est un retour en arrière sur la gestion du décrochage, sur l’accompagnement des élèves et le soutien à l’engagement des élèves dans les établissements qui ne se limite pas à rester muet en classe.

Souvent je m’inquiète : la neutralité politique réclamée par Marine Le Pen, c’est surtout des enseignants qui ne transmettent plus les valeurs de la république, surtout celles qui n’arrangent pas le Front National. Le roman national dont on est fier qu’évoque Bruno Le Maire ressemble furieusement à une histoire officielle. Ce qui m’inquiète, c’est la proximité du nouveau discours des Républicains réaffirmé par leur convention nationale du 6 avril, avec celui du front national : transmission du savoir et donc méfiance pour l’innovation pédagogique où l’élève est mis au travail, réaffirmation du mérite qui dans leur vocabulaire s’apparente au remplacement des bourses sociales par des primes aux bons élèves qui n’ont que le mérite d’être bien né, fils d’enseignants ou de cadres, et inepties communes au FN et à la droite qui veulent nous faire croire que les élèves tutoient les professeurs ou que ce serait une révolution s’ils se levaient en début du cours, ce que mes élèves font déjà…Je m'inquiète quand NKM ne veut pas la réussite pour tous mais des moyens de réussir pour tous (un peu moins ambitieux) ou quand le projet du Front National ne voit le système éducatif que comme un outil de sélection des cadres de la société.

Pour une fois, j’ai l’impression, l’éducation fera débat pendant les présidentielles. Avec peut-être même un débat intéressant sur le collège au-delà des poncifs de la droite sur l’autonomie des établissements et le paiement des profs au mérite. Le statut des directeurs d’école, le recrutement des enseignants sur profil, leur temps de service, l’enseignement des langues pourraient avoir une bonne place dans les propositions, comme ils l’ont eu dans les rapports parlementaires depuis 10 ans. Le vote des enseignants intéresse tous les partis qui veulent mieux les rémunérer. Et l’implication des parents, le soutien à l’apprentissage, la laïcité sont au cœur des programmes, quels que soient les partis d’ailleurs.

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