Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Ségrégation

affiche-Le-Mouv-avant-segregation.jpgL'envie d'écrire cet article s'appuie sur des discussions, sur ce que j'entends, que je vois, notamment à Béziers. Je parle de ségrégation, je parle de l'école privée, je parle des résidences sécurisées, je parle de tous ces lieux qu'on crée pour l'entre-soi. Je parle de tout ce qui émerge dans ces 30 dernières années pour conduire à une ségrégation sociale dans les villes. Je parle du collège où je travaille, REP + (éducation surprioritaire). Je parle des mauvais prétextes qu'on donne pour ne plus avoir envie de se « mélanger » ou plus simplement, de vivre ensemble. Or, si la république a été un mot creux pendant des décennies, l'année 2015 a permis de lui redonner quelques couleurs.

Alors, chers amis, vous qui avez des diplômes, vous qui voulez mettre vos enfants dans les écoles privées parce que «vous les aimez », réfléchissez encore un peu. Ceux qui vont dans le public n'aiment pas leurs enfants peut-être ? Premièrement, le système éducatif français, tel qu'il est aujourd'hui, fait peu bouger les hiérarchies sociales...si vous êtes cadres, si vous avez fait des études, où que vos enfants sont scolarisés, ils ont une chance sur 3 de finir avec un bac S, apparemment le plus reconnu, deux fois plus de chances qu'un enfant d'ouvrier. Ca vous dégoûte ? Certains syndicats enseignants aussi, on se bat pour le changer, mais certains n'y ont pas intérêt...

Quand tu te vantes de ta dérogation, quand tu crois assurer le meilleur avenir à ton enfant, tu casses la mixité des collèges et des classes, tu détruis le lien social qui faisaient se rencontrer, à la sortie des écoles et aux rencontres parents/profs des collèges, des familles que tout séparait mais dont les enfants jouaient ensemble à la récréation. Tu désespères les enfants de l'éducation prioritaire qui se sentent rejettés, qui m'expliquent « qu'il n'y avait plus de place à l'école privée » pour eux, comme s'ils s'excusaient d'être pauvres. Mes élèves sont bons, certains sont excellents, ils ont beaucoup d'ambition, et c'est grisant de les motiver, alors que tant de plafonds de verre pèsent sur leurs épaules. Alors oui, la loi ne te contraint pas, au contraire elle te déculpabilise, merci Debré, merci Carle, merci Darcos. Mais est-ce un prétexte pour participer à la curée ?

Chers agents immobiliers qui me faisaient visiter des appartements, je n'aime pas les résidences sécurisées. Elles me font peur. J'ai l'impression d'être dans un film de science fiction, d'atterrir dans « divergente », de vouloir dresser des murs pour ne pas rencontrer d'autres castes. Je vis dans un des quartiers populaires de Béziers, et il vit, pas comme ces lotissements déshumanisés qui ressemblent aux villes fantômes des westerns.

Ce choix de court terme, nous le paierons tous. Plus on se séparera, comme la droite biterroise l'a favorisé en délaissant le centre-ville et en construisant des lotissements à outrance, plus les tensions grimperont. On croit se protéger, en fait on exacerbe les ressentiments, on favorise le repli communautaire qui n'existerait pas dans un cadre juridique de mixité plus contraignant, et on se retrouve dans une ville ghéttoïsée où les quartiers sont marqués ethniquement, où les écoles du centre-ville sont « évitées », et qui à la fin, donne les clés de l'hôtel de ville à l'extrême-droite.

J'ai peur de la prochaine étape. Moi aussi je suis sensible à ces sirènes, je me vois bien vivant entre une AMAP et un marché bio, sirotant un jus de carotte dans le 11ème arrondissement. Je vois des sites de rencontres s'adressant à des cibles bien particulières. Manque encore le développement des plages privées ou des tickets privilégiés pour être plus près de l'eau...

Alors résister ne suffit pas. Vous demander de me couper un bras si je mets mes enfants dans le privé est dérisoire. C'est politiquement qu'il faut reprendre l'initiative. L'école privée, vantée par "la croix", financée par l'Etat mais qui peut choisir ses élèves (le beurre, l'argent du beurre,...) n'a pas sa place dans la République. L'urbanisme est l'affaire de tous, une question démocratique. Et tous les dispositifs s'attaquant au vivre-ensemble doivent être traités en conséquence.

 

Commentaires

  • Brillant, comme toujours

  • Quand émotion et réalisme se rejoignent!

Les commentaires sont fermés.