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Quel monde, quel modèle et quel enfant ?

Les présidentielles approchent et le débat sur l'éducation émerge. Il est pauvre, fait de postures et de lieux communs, comme d'habitude. Pourtant, débattre de l'éducation, c'est discuter de ce qu'on veut faire de la société, en donnant des outils aux enfants qui passent par le système éducatif pour s'y intégrer, y réussir...et en prendre les rênes ! Le dernier concept médiatique en vogue est la « reconquête éducative » lancée par Bruno Le Maire, candidat aux primaires des Républicains, le passage rapide au micro-ondes de vieilles lunes éculées autour du respect dû au maître d'école qui serait décrété, d'une histoire de France réécrite autour de faits glorieux et du rétablissement du mérite. Le but, à travers un grand amalgame de propositions sécuritaires qui rassemblent pêle-mêle des considérations sur la laïcité, de vieilles propositions du RPR sur la justice (plus de prisons!) et un retour en arrière éducatif, serait de lutter contre le terrorisme.

 

 

Pourtant, le débat sur l'éducation existe dans le monde de manière moins caricaturale. Je lis souvent des articles sur ce qui se passe dans des pays tels que le Canada, la Finlande, l'Allemagne. La-bas, les systèmes éducatifs et la pédagogie semblent centrés sur l'épanouissement de l'enfant, la recherche d'une réussite personnelle acquise par la motivation d'enseignants très qualifiés reconnus par l'institution.

J'ai voulu récemment aller à la rencontre d'autres modèles, d'autres idées, je me suis intéressé à d'autres pays bien classés dans le classement PISA tout comme ceux précédemment évoqués. J'ai choisi la Nouvelle-Zélande, Singapour et la Corée du Sud. En Nouvelle-Zélande, on a choisi un modèle libéral pour la carte scolaire, le choix et la direction des établissements, mais le modèle pédagogique semble « scandinave » : donner confiance aux enfants pour qu'ils se construisent et acquièrent des compétences utiles pour « mener une vie réussie et responsable » (en étant en chaussettes à l'école pour ne donner qu'un détail).

En m'intéressant à Singapour et à la Corée du Sud j'ai trouvé des modèles totalement différemment qui me semblent inspirer aujourd'hui le projet des Républicains : à Singapour le maître-mot est le mérite, mais il semble surtout recouper les inégalités sociales et ethniques. Il sert de manière assumée la construction d'une élite au service de la croissance économique nationale et la cohésion sociale et nationale (serment civique, lever du drapeau et hymne chanté tous les matins). On différencie très tôt les parcours scolaires : groupes de niveaux au primaire puis filières dans le secondaire qui semblent renforcer les hiérarchies sociales sans passerelles pour les dépasser. Apparemment, des frictions émergent et ce modèle est remis en cause car trop discriminant, notamment pour les minorités ethniques.

En Corée du sud, l'élève doit souffrir, l'épanouissement ne fait absolument pas partie des objectifs de l'Ecole. Apparemment un élément de la culture confucéenne : 50 heures de travail par semaine pour des élèves dont les ¾ suivent des cours du soir très chers (2600 $ par an), nécessitant la création d'un couvre-feu pour limiter leur ouverture à 22h. Des enseignants et des établissements mis en concurrence avec des salaires basés sur la réussite des élèves qui évaluent leurs professeurs. Beaucoup d'apprentissage par cœur. Et un taux de suicide anormalement élevé chez les jeunes. C'est un système scolaire très libéral où même la scolarité au lycée est payante. Mais une réussite puisque la Corée du Sud est une nouvelle puissance économique où 2/3 des jeunes ont un diplôme universitaire.

En bref, des comparaisons internationales existent sur les systèmes éducatifs, leurs choix, leur efficacité, leur coût, leur niveau de centralisation ou d'autonomie...mais la question centrale est celle du choix d'un modèle éducatif qui éduque, certes, mais construit des personnalités. Veut-on des têtes bien pleines ou des têtes bien faites ? Des jeunes curieux, innovants, aptes à s'adapter, à travailler en groupe, ou des bêtes de concours individualistes ? C'est aussi une question qu'il faudrait se poser pour les présidentielles.

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