Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Et si toutes les questions éducatives posaient un problème d’architecture scolaire ?

Cette année, du fait de la réforme du collège d’une part, du débat de la primaire de la droite d’autre part, on parle beaucoup de la manière de faire cours, voire d’évaluer (réforme du bac, suppression des notes), ou d’orienter, ou même du statut des enseignants, que certains veulent sortir de la fonction publique. Mais jamais, jamais, jamais, on ne parle d’architecture scolaire.

 

Dommage, car après tout ce sujet pourrait être décisif. Comment faire travailler ensemble des enseignants si les salles des professeurs font 20 m² ? Comment développer la coopération entre élèves quand les salles de cours sont trop petites pour faire autre chose que du frontal ? Comment développer la pratique orale quand l’acoustique n’a jamais été pensée dans les constructions des années 60/70 qui concernent la grande majorité des établissements scolaires ?

En tout cas on en discute dans mon syndicat, et on n’est pas les seuls puisque l’organisation syndicale des enseignants allemands, GEW, consacre son bulletin mensuel de septembre 2016 à la question des « Lernräume », qu’on peut peut-être traduire par espace pédagogique...Le sujet est passionnant : comment profiter d’une rénovation ou d’une construction pour changer la manière de travailler, tant pour les élèves que pour les enseignants ?

Le bulletin de la GEW évoque plusieurs sujets d’architecture scolaire : L’acoustique des classes, facilement aménageable, dont la mauvaise qualité nuit au climat scolaire, voire dégrade l’ouïe. Les matériaux utilisés pour construire les bâtiments qui peuvent être dangereux pour la santé. L’aménagement, le revêtement et l’ameublement des cours de récréation qui prévoient rarement des espaces pour jouer, se reposer, ou même s’asseoir...et enfin les espaces de travail. Comment aménager une salle des professeurs pour concilier repos, préparation des cours, réunion des équipes et équipement sanitaire ?

Le sujet le plus important est la salle de cours : L’auteur du dossier évoque 3 modèles possibles. Le premier choix peut être de casser les murs pour différencier des petits espaces et des grands espaces. La 2ème modalité est le modèle « cluster » : un espace central aménageable pour plusieurs usages avec sur les coins des salles de cours et de réunions vitrifiées, qui serait utilisée à Birch en Suisse. Enfin l’auteur évoque le « paysage pédagogique ouvert » de 600 à 800 m², (offene Lernlandschaft) du modèle scandinave avec des espaces de travail différenciés et flexibles sans aucun couloir. On y trouve des sortes d’espaces d’open space à travail individuel, des salles de travail pour élèves en groupe, et des salles de cours classiques...d’après l’auteur ces organisations ne coûtent pas plus chers car la construction des murs n’est pas le coût le plus important d’une construction scolaire (20 % selon l’auteur). Le bien être des élèves n'est pas au centre des réflexions et c'est dommage, c'est un facteur de réussite (mais ce n'est pas dans cette note que je parlerai du fait qu'on devrait être pieds nus à l'école).

Or en France ce débat doit devenir le premier. Les vieux collèges « Pailleron » de la démocratisation scolaire des années 60 auront bientôt 50 ans et leurs faiblesses sautent aux yeux, on en discute souvent dans les visites d’établissement. Les années 2020 doivent permettre une rénovation massive des bâtiments scolaires qui intègrent une reconstruction pédagogique et non une simple remise à neuf qui n’est pas fonctionnelle, perpétue des modes pédagogiques uniquement basés sur le face à face prof/élève et où l’enseignant est poussé, par manque de confort pour travailler, à quitter l’établissement sitôt son temps de service effectué. La refondation, cette arlésienne à peine ébauchée, ne peut se faire qu’à ce prix, à nous de convaincre les collectivités territoriales qui peinent à trouver leur place dans leur mission éducative.

Les commentaires sont fermés.