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Humilier, nier, ne rien changer

En début de semaine, je suis sorti du collège un peu tard. La réunion avait duré une heure et demi, j’étais furieux, désabusé. Petit à petit, cette fureur s’est transformée en envie de tout changer. Je parle de quoi ? De ces collègues qui résument l’échec d’un élève à un manque de travail. D’un système éducatif hypocrite qui ne donne aucun conseil aux élèves pour progresser. D’une école française dont les professeurs ne sont pas formés pour évaluer et orienter. Je veux parler de ces délégués d’élèves qu’on coupe et qu’on sermonne, d’une cérémonie pompeuse et infantilisante où on distribue des carottes et où volent les bâtons : le conseil de classe.

Mais sérieusement, les collègues, elle vaut quoi cette moyenne générale de bric et de broc pour juger un élève trois fois par an ? Dans cette heure et demi de travail, à quel moment avons-nous été utiles pour la réussite des élèves ? On ne peut plus continuer comme ça, le conseil de classe est le symbole le plus absurde d’un système éducatif qui ne joue plus son rôle d’ascenseur social. Changeons-le, et vite !

Heureusement, sur la toile, j’ai rapidement trouvé des idées. Un collègue, Emmanuel Grange, a écrit un petit article pour répertorier des solutions pour faire mieux. Il rappelle les objectifs réglementaires de cette instance : « traiter les modalités d’organisation du travail personnel de l’élève », « proposer des bilans et des conseils pour les résultats scolaires individuels ». Foutaise, on distribue des avertissements et des félicitations après s’être un peu défoulés sur les élèves perturbateurs. Que faire ?

La 1ère piste d’Emmanuel est une préconisation des cahiers pédagogiques, faire parler les délégués élèves en premier sans les couper. La précision est utile, vous le savez... Un bon point pour traiter vraiment le climat scolaire. La 2ème piste est passionnante : chaque élève réalise un bilan de compétences qui sert de trame aux délégués élèves qui auront appris à s’en servir. La 3ème piste, c’est que les élèves soient reçus par le conseil de classe pour exprimer leur ressenti, proposer des actions pour les aider. Enfin, la dernière piste est une expérimentation de l’Académie de Paris, le conseil de progrès, où les élèves eux-même prennent la parole pour présenter leurs acquis et leurs avancées.

Ces pistes donnent un peu d’espoir. Le système éducatif français peut avancer rapidement sur ces enjeux : valoriser la fonction de professeur principal (décharges, indemnités), prévoir une formation continue adaptée pour cette fonction, produire une circulaire de cadrage des conseils de classe sur les bases énoncées plus haut d’auto-évaluation, donnant plus de place aux élèves. La formation initiale des enseignants doit aussi inclure les neurosciences, la pédagogie différenciée, l’accompagnement personnalisé, pour que les enseignants puissent produire de vrais conseils pour progresser et sortir du doigt mouillé au vent comme unique analyse des difficultés scolaires. Ces réunions prendront plus de temps. En temps, mais aussi en fréquence, elles doivent être plus régulières. A partir de là, c’est la conception même du métier d’enseignant qui doit être repensée à terme : ce temps de concertation important (au moins une heure par semaine pour tout ce que j’évoque) devrait être intégré au temps de service.

Je ne me projette pas dans un monde parfait, idéal, utopique. C’est par pragmatisme que je dénonce des conseils de classes inutiles dans leur forme actuelle. Les appréciations sont tapées à l’avance, les récompenses barêmées, les avertissements consensuels, on arrive au bout du système. A nous de profiter de l’épuisement de la formule actuelle pour imaginer un outil de remédiation utile à la réussite de tous les élèves.

Commentaires

  • Oh combien je partage la faiblesse voire l'inutilité de ces conseils de classe, et quand tu as un ou une déléguée de lycée qui se fait traiter de petite fille c'est encore plus grave. Je sais de quoi je parle !
    Beaucoup d'enseignants du second degré n'ont fait aucune révolution sur leur pratique pédagogique, sur leur regard sur l'enfant d'aujourd'hui et sa façon d'apprendre et de comprendre. A quel moment échangent-ils sur leurs pratiques ? Nous dans le premier degré on le fait couramment, même si cela peut être difficile parfois pour certains. Je suis parfois effrayée d'entendre dans des réunions, conférences... que très peu lisent des ouvrages sur les neurosciences cognitives ou autres.
    Les temps en équipe pour mieux éduquer et enseigner doivent être repensés, c'est sur que dans le second degré avec le nombre d'acteurs par classe, tout se complique, mais la réussite de tous et de toutes exigent un changement, sinon notre transformation voire notre mort seront programmées par des apprentis sorciers qui ne sont pas si loin du système éducatif français.
    La formation initiale et continue est un temps long, pas de temps à perdre donc

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