Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La sainte-alliance de l’algorithme et de la veste en velours

L’expression évoquant l’alliance du sabre et du goupillon serait de Clémenceau, à la fin du XIXème siècle. Elle dénonçait alors la volonté de la droite de « rallumer la guerre scolaire » à travers une collusion entre l’armée et l’Eglise. Dur d’avoir du recul sur le débat éducatif de nos jours, surtout quand on est soi-même concerné, pourtant je crois que la même bataille se joue cette année.

Il était utile d’écouter et de lire les candidats des primaires de la droite et du centre ou d’aller faire un tour sur le projet éducatif des enseignants du FN, le collectif Racine. Des idées libérales et conservatrices se conjuguent ou s’affrontent pour proposer un modèle éducatif qui tournerait le dos à la démocratisation engagée depuis les années 60 avec la construction du collège unique et l’unification du système éducatif français. Conservatrices, dans cet ouvrage de JM Blanquer, « l’école de demain », où l’auteur propose de revenir sur le collège unique avec des parcours différents, permettant aux uns de faire plus d’arts, de sciences, aux autres, toujours les mêmes, de se préparer pour la voie professionnelle. Libérales quand un autre ouvrage, « et si on tuait le mammouth », de S.LE Nevé et B.Toulemonde, dénonce les décharges syndicales, veut que l’évaluation et les mutations des enseignants soient réalisées sans contrôle, et fait de l’école privée le modèle éducatif de demain.


L’algorithme de mon titre, c’est cet attrait de certains spécialistes de l’éducation (ou moins spécialistes d’ailleurs) pour les classements internationaux qui portent le modèle asiatique au pinacle, même si l’utilisation du parascolaire pour préparer les examens exacerbe les inégalités sociales, même si la pression des incessantes évaluations pousse au désespoir, voire au suicide, les jeunes des pays concernés. Cet algorithme voit dans l’enseignant un coût, une portion de main d’oeuvre salariale dont on peut évaluer la capacité à faire progresser les élèves en difficulté, qu’on peut évaluer et rémunérer au mérite en fonction de ce critère...un critère assez délicat, quand on a déjà entendu parler de capital culturel ou social. Les deux ouvrages que j’ai évoqué se reconnaissent dans ce modèle.

 
La veste en velours ? Cet uniforme du professeur des années 60, le professeur du lycée d’avant la démocratisation, le prof de philo ou de lettres qui tenait en haleine ses élèves avec ses citations latines…quand 16 % d’une génération obtenait le bac général contre un peu moins de 40 % aujourd’hui. Depuis mai 68 tout fout le camp, on n’apprend plus rien à l’école, y a plus d’orthographe (rappelez-vous la polémique sur la réforme de l’orthographe en...1990) et y a plus de grammaire non plus (la polémique du prédicat). A chaque fois ces polémiques se dégonflent mais pour l'opinion publique, la confiance dans l'école publique s'en ressent. Je ne vais pas en remettre une couche sur l’attrait de ces vestes en velours pour la sphère médiatique qui adore la propension française à l’autoflagellation.


Pour la veste en velours, tout ce qu’il faut pour l’enseignant c’est un programme, des savoirs à transmettre (ce qui en reste à la fin, c’est le problème de l’élève), pas besoin de parents, pas besoin de consignes (décrochage, pédagogie différenciée, évaluation par compétences, outils numériques, c'est du charabia "pédagogo"), que ceux qui échouent s’en aillent travailler à l’atelier. Les meilleurs iront constituer cette élite qui fait la grandeur de la France, ceux qui ont su s’orienter, choisir les bonnes options, et qui ont osé demander les filières sélectives (accessoirement avoir un appartement à Paris peut aider vue la localisation de ces filières). Coucou Macron.


Vous l’avez deviné, je suis plutôt pour une troisième voie – pas celle de Blair et Schroeder hein – enclencher l’étape de la démocratisation après avoir réussi celle de la massification et pour cela, il faut aller bien plus loin que ce qu’a ébauché le gouvernement actuel. En terme de formation initiale et continue des enseignants pour en faire des experts éducatifs. En matière d’organisation des établissements pour faire travailler ensemble la communauté éducative. Concernant les ressources et moyens donnés aux enseignants pour aider vraiment les élèves en s’adaptant à leurs difficultés. Tout reste à faire...mais que ferons-nous si le peu qui a été fait, est détricoté, comme à chaque alternance?

Écrire un commentaire

Optionnel