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L’élève, le jeune et le citoyen : un oubli des présidentielles

Vous avez cru entendre parler d’éducation dans la campagne ? J’ai entendu parler primes pour les enseignants, fonctionnement des établissements, nombre d’épreuves au bac...la seule fois où on mentionne l’élève c’est pour le couvrir d’un tissu uniforme. On parle des contenus à enseigner, on évoque les lieux d’enseignement, on débat des épreuves, on valorise les enseignants mais rarement on s’intéresse à l’élève, au jeune, au citoyen qu’on veut former à travers ce système éducatif.

Je mets un bémol, deux candidats ont dessiné l’élève dont ils rêvent. Francois Fillon et Marine Le Pen parlent d’obéissance aux règles, d’autorité du maître et du savoir, d’évaluation du comportement pour valoriser la politesse et le respect des règles...dans les deux programmes, on casse le collège unique en séparant comme avant les années 70 les classes populaires qui iront en apprentissage (gérées par les régions dans le programme Fillon) et les classes moyennes et aisées destinées à la voie générale. Au passage, on dévoie la matière technologie limitée à l’informatique alors que c’était le seul module qui préparait (un peu) aux filières technologiques. Ce projet est partagé par Dupont Aignan qui parle d’un maître qui gère sa classe comme il le souhaite et d’un conseil de classe souverain, et d’une autre manière, par Jean Lassalle, qui veut différencier les parcours éducatifs au plus tôt pour épanouir toutes les formes de talent.

Cet élève, ce jeune, ce citoyen que Fillon, Le Pen et Dupont Aignan veulent former n’a pas d’esprit critique, pas d’ouverture sur le monde, il doit avoir une foi aveugle dans des savoirs académiques indiscutables. L’histoire-géo se limite à la France, aux grands personnages, aux fleuves et aux dates, on singe Lavisse sans doute, mais surtout, on interdit aux élèves de replacer l’histoire et la société, dans un faisceau de multiples influences et interactions.

Les autres candidats ont du mal à ébaucher cet élève idéal. Ni l’excellence sélective du modèle asiatique, ni l’épanouissement collectif du modèle nordique ne sont préconisés. Le libéralisme du projet Macron, qui reprend largement le retour aux fondamentaux de Fillon et Le Pen dans son programme éducation, concerne uniquement le fonctionnement des établissements. Il est en cohérence avec la personnalisation des apprentissages, recours à la pédagogie différenciée qu’il partage avec Benoît Hamon. Aucun des deux ne parle des élèves, des citoyens, des jeunes qu’ils comptent voir émerger du système éducatif, alors que le quinquennat de Francois Hollande a fait des choix très clairs pour un modèle d’émancipation en consolidant l’enseignement moral et civique et en introduisant l’éducation aux médias et à l’information.

Est-ce que l’école est une usine à employés modèles ? Y apprend-on à être heureux ? A être solidaire ? A penser par soi-même ? Yannick Jadot avait commencé à répondre à cette question en proposant des établissements plus démocratiques, des budgets participatifs, la médiation entre pairs, des rythmes scolaires adaptés, une évaluation positive, des ateliers artistiques...malheureusement, depuis, le mot « épanouissement » a disparu des programmes éducatifs de campagne.

Jean-Luc Melenchon est contradictoire : il évoque un élève critique, libre, parle de la laïcité, mais reste conservateur en valorisant la liberté pédagogique des enseignants qui empêche de généraliser des pratiques assurant la réussite de tous. Surtout, tout comme Macron, Fillon et Le Pen, il veut abroger la réforme du collège et donc rétablir des filières qui accueillaient en priorité les enfants des classes les plus aisées.

Et le bonheur des élèves? Melenchon évoque uniquement le bonheur d’apprendre, Cheminade le bonheur de la découverte. Ce dernier évoque en revanche le projet d’un système éducatif qui libère les forces créatrices, en symbiose avec Emmanuel Macron sur ce plan-là, qui veut libérer les forces créatrices dans les établissements avec une marge horaire conséquente. Philippe Poutou propose la mise en place de pédagogies émancipatrices, un projet évoqué aussi par Melenchon, ce qui ébauche un modèle d’élève. Poutou évoque aussi la participation progressive des élèves au choix des apprentissages.

En bref, les programmes éducatifs parlent des savoirs enseignés, de ceux qui les enseignent, parfois de comment et où on les enseigne, mais très rarement on s'intéresse à qui on les enseigne et pourquoi...

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