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Des expériences (et) de l'échec

Des fois, on tente. Des fois, ça marche. Souvent ça foire. Parfois, on s’amuse. On était plutôt dans la foire ce lundi matin. Le lundi précédent, j’avais utilisé l’application plickers qui permet de faire un QCM en classe en utilisant un smartphone qui scanne des symboles proposés aux élèves pour répondre. Une bonne réussite, mais au-delà de l’aspect ludique, pas d’implication pédagogique : avec le QCM, on ne peut pas tout faire. Et là, regrettant régulièrement l’esprit compétitif de mes élèves, je me suis dit, tentons un peu de « coopératif ».

Une petite note au préalable : le coopératif, ça marche très bien. Les classes coopératives, la classe Freinet, c’est un beau projet qui connaît de belles réussites partout où il est mené et développe chez les élèves la capacité à travailler et à vivre ensemble, met en cohérence vie de classe et vie démocratique, et sans doute, représente un modèle bien plus épanouissant pour les élèves. Le problème c’est que la sacrosainte « liberté pédagogique » française, en permettant à chaque enseignant de faire ce qu’il veut dans sa classe, limite à la classe le domaine de l’expérimentation. A part dans les établissements innovants de la FESPI où ce qui est alternatif ailleurs devient un projet d’établissement.

Mes élèves de quatrième auraient préféré qu’on fasse quelque chose de simple. Prenez vos cahiers, sortez vos livres, on reparle un peu de ce qu’on a fait la dernière fois, on prend deux documents avec quelques questions, je vous laisse un peu de temps pour trouver une réponse, je fais quelques passages dans les rangs, on corrige et on passe à la trace écrite. Hop, prenez l’agenda, ça sonne et c’est reparti pour un tour. D’ailleurs ça se passe pas trop mal en préparant bien les consignes, en ayant les documents adéquats où on va trouver exactement ce dont on a besoin. Mais après, je sors du collège, je prends la voiture, je me demande à quel moment les élèves ont vraiment réfléchi, vraiment écrit, vraiment produit, vraiment travaillé, et là je suis effrayé car cela représente 5 à 10mn sur un cours de 55mn (Enfin, 55mn, vous savez ce que ça veut dire…). L’idée qui m’est venue la veille, c’était d’augmenter ce temps d’activité du cerveau. Quelques élèves m’ont bien prévenu pourtant dès le début du cours : yeux gonflés, épi sur le cheveu, papotages sur les activités du weekend... « Monsieur, c’est lundi matin hein, quand même » m’a prévenu directement un des premiers qui entraient dans la classe.

Avec la première classe, j’ai tenté de créer des groupes autour d’actions différentes : un groupe d’écrivains cherchaient des informations dans les documents, un groupe d’architectes construisaient des cartes mentales et un groupe de dessinateurs avaient un fonds de carte. Léger souci : pour que les architectes et les dessinateurs puissent travailler il fallait laisser un temps d’avance aux écrivains. Première embrouille, que j’aurais dû prévoir à l’avance. Du bruit, du bruit, du bruit, je crie, les élèves tournent en rond, ceux qui avaient commencé à travailler s’arrêtent car le bruit les dérange. Le cauchemar. 20mn après, seuls les meilleurs élèves ont avancé, ceux qui ne voulaient pas travailler n’ont pas beaucoup avancé, et je suis triste.

Mais têtu (je préfère dire déterminé) : je prends du papier pour descendre en salle des profs, je refais un plan de bataille : plutôt qu’une division des tâches, divisons les sujets ! Je définis des thématiques avec des documents reliés (on travaille sur les Etats-Unis dans la mondialisation, donc je réunis 2 ou 3 documents sur les grandes plaines, la silicon valley, New York), je mets la classe au travail sur une lecture de carte et je réunis 6 élèves au fond de la classe. Leur nomination comme chefs d’ateliers ne leur fait ni chaud ni froid, ils m’avaient l’an dernier comme professeur principal ils sont habitués aux plans foireux. Je fais lever tout le monde, les chefs d’ateliers arrangent chaises et tables comme bon leur semble et commencent à animer leur atelier. Les autres élèves travaillent par groupe de 2. Le temps que je me fâche avec deux élèves, que je devienne tout rouge et que je cultive les nodules sur mes cordes vocales, tout se met un peu en place : les chefs d’atelier font un travail formidable. Les fiches de groupe commencent à se remplir. J’arrive même à faire tourner les groupes comme c’était prévu 10mn avant la fin du cours. Le brouhaha diminue, la classe prend son allure de croisière, ce petit bruit si doux au pédagogo, quand on pourrait quasiment quitter la classe sans que les élèves s’en rendent compte, continuant à travailler...mais l’heure était finie et là encore, la séance a plus profité aux bons élèves, mis en situation d’animation, qu’à ceux qui étaient en difficulté. Retour à la case départ.

C’est décevant, le lundi matin n’est pas le meilleur moment, et je n’avais pas assez bien préparé mes séquences. Evidemment, cela marcherait mieux avec des projets d’établissements et d’équipes qui déconcertent moins des élèves écartelés entre des règles du jeu différentes à chaque heure. Evidemment, je ferais mieux avec une formation initiale et continue digne de ce nom. Mais je continuerai ces tâtonnements qui font de l’enseignement et de la pédagogie une alchimie si pétillante...et explosive.

Puisse notre nouveau ministre ne pas nous mettre de bâtons dans les roues : la question n’est pas de savoir si j’apprends aux élèves la chronologie des batailles à l’envers ou à l’endroit, ni de décréter l’autorité du maître avec des formules magiques ou encore de donner encore plus à ceux qui ont déjà beaucoup...la question, monsieur le ministre, c’est de nous accompagner pour donner le meilleur de nous-mêmes, pour connaître, comprendre et remédier aux difficultés de nos élèves face aux apprentissages.

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