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Des flux et des reflux

Si on m’avait dit, il y a un an, que le directeur de l’ESSEC serait ministre de l’éducation nationale et que l’éditorialiste de « challenges » serait porte-parole de l’Elysée... La blague était plutôt marrante. Sa déclinaison caricaturale l’est moins.

L’ode au libéralisme ne m’a jamais fait rêver. Les unes du « Point » et de l’ « Express » sur les kiosques à journaux, les classements des hôpitaux, des lycées, des grandes écoles, très peu pour moi. Ce monde-là est au pouvoir aujourd’hui. Si encore c’était vraiment la « start up nation ». Mais en vrai, c’est le règne des grands groupes, qui exigent déjà les dividendes de leur soutien médiatico-politique de l’an passé, et l’obtiennent, en ristournes d’ISF et d’IS, en discours flagorneurs sur le mérite éducatif, calculé à l’aune des algorithmes d’APB et du nombre de bilangues réouvertes.


C’est fatiguant. C’est épuisant de voir réapparaître ce discours libéral. Il a parcouru la planète, déployant son ombre sur l'Amérique latine dans les années 70, s'envolant pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni dans les années 80, pour s'abattre enfin en Europe, quand la troisième voie de la social-démocratie régnait sur les sommets européens. Il a creusé les inégalités, provoqué la crise des démocraties et ruiné les richesses de la planète. Si peu.


Je croyais ce flux discrédité à jamais, je croyais que l’exacerbation des inégalités sociales qui favorisait l’essor de l’extrême-droite en faisait un repoussoir. Et ce modèle ressurgit en 2017, peut-être comme un contrecoup, une vengeance de la défaite des élites, ce vote du référendum sur la constitution européenne, en 2005. Le flux et le reflux, il est là.


Le flux et le reflux, c’est évidemment cette politique éducative que la France ne parvient pas à fixer. Les virages conservateurs sont trop fréquents au ministère de l’éducation nationale, ils sont toujours différents (MM. Chevènement, Ferry, Darcos et Blanquer ne partagent pas tout en politique) mais commencent toujours de la même manière : On ressort les vieilles rengaines sur les fondamentaux, on critique « l’égalitarisme qui nivelle », les « pédagogistes » qui veulent qu’on s’amuse à l’école, les syndicats qui empêchent de « réformer », on multiplie les symboles et surtout on casse les élans.


Le flux et le reflux, c’est ce timide effort pour changer l’école, toujours moqué, brocardé. Parler de faire réussir tous les élèves, de changer le métier d’enseignant, c’est prendre le risque d’être critiqué, combattu, décrié par les pseudos-experts des matinales radios et des chaînes d’info en continu. Qu’elles ont été difficiles, ces tentatives, depuis une décennie, pour changer la manière d’évaluer. Qu’est ce qu’on l’aime, en France cette note sur 20 inventée par les Jésuites ! Et que de débats pour ces petites heures de projets interdisciplinaires et d’accompagnement personnalisé, mis en œuvre au collège en 2015. La civilisation était en danger!

Ces flux et ces reflux font perdre du temps à la France. Depuis plus de 50 ans, la France cherche son modèle éducatif. Et régulièrement, comme une pendule, elle oscille entre le modèle asiatique (libéralisation, compétition, élitisme), et le modèle nordique (épanouissement, recherche pédagogique, orientation tardive). C’est épuisant, mais je radote. Qu’on en finisse, quel que soit le modèle retenu.

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