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Violence à l'école: les faux débats

Bagarre entre bandes à la sortie d’un collège, suicide d’un élève pour cause de harcèlement, agression sur un ou une enseignante, par un parent d’élèves ou par un élève, ces faits divers maintiennent l’actualité médiatique sur un sujet, le temps d’une semaine ou deux. Le gouvernement annonce des mesures « fermes » et « rapides », voire même publie en quelques jours un « plan violence ». Et puis un autre sujet défraie l’actualité, et on oublie la thématique pendant quelques mois ou quelques années.

La violence à l’école, dans un milieu d’enfants et d’adolescents qu’on souhaiterait préserver, est une réalité, en France comme à l’étranger. Violence entre élèves, violence entre élèves et personnels, les incidents graves qui font l’actualité dévient notre attention du vrai débat : un environnement violent est stressant pour tous les acteurs éducatifs, les personnels comme les usagers, et nuit au bon fonctionnement des établissements et aux apprentissages. Or, une bonne partie des systèmes éducatifs qui obtiennent de bons résultats ont un climat scolaire apaisé, de bonnes relations entre enseignants et élèves.


Faut-il faire intervenir des policiers dans les établissements ? Si l’on se pose la question c’est que la situation a déjà dégénéré ! Faut-il des sanctions plus lourdes contre les violences pour les prévenir ? On mettait les gens au cachot pour vol à l’étalage au moyen-âge sans dissuader les voleurs...Les enseignants se sentent-ils soutenus si les sanctions sont plus lourdes ? Mais pour qui nous prend-on ? La sanction n’est pas une vengeance ! Les enseignants qui sont victimes d’agressions veulent surtout que ça ne puisse pas se reproduire, ce qu’ils attendent de l’institution ce n’est pas forcément des exclusions (les enseignants savent qu’elles ne vont rien résoudre), c’est d’être accompagnés dans une situation difficile sur le plan personnel (troubles du sommeil, perte de confiance en soi…).


La principale proposition du ministre Blanquer pour résoudre le problème ? Un cahier papier dans les établissements pour inscrire les incidents et s’assurer qu’un suivi est donné. Merveilleux. Le registre santé sécurité qui fonctionne depuis des années sur ce modèle n’est toujours pas connu des personnels dans les établissements.


Le problème du gouvernement c’est, par manque d’idées, par idéologie ou par paresse, de chercher des solutions faciles. Internats militaires pour les multirécidivistes de l’exclusion...ça coûte très cher (22 000 euros par élève suivi d’après la cour des comptes) pourquoi ne pas plutôt empêcher la première exclusion ? Pourquoi ne pas empêcher que l’élève perde confiance dans l’école, dans les enseignants, et qu’il commence à décrocher ? Le coût d’un décrocheur pour un pays est abyssal, le bon sens serait donc de prendre le problème à la racine…


J’ai moi-même eu de grosses difficultés avec des classes, notamment pendant ma première année d’enseignement, muté comme remplaçant dans un établissement difficile de la banlieue parisienne. Ma collègue d’à côté se faisait chahuter à chaque cours, j’entendais des hurlements, mais sa porte était fermée et nous n’en avons jamais parlé. Moi-même, mis à bout par un élève, j’ai laissé le ton monter, sans avoir quoi faire, pour ensuite exclure l’élève du cours, manquant d’être frappé par lui au passage. Il avait levé la main sur moi, le conseil de discipline s’est réuni dans la foulée, il a été exclu. C’était en 3ème à la fin de l’année, qu’est-il devenu ? Mon « honneur » d’enseignant était peut-être sauf, mais pour lui, qui aurait eu besoin d’un bon dossier pour son orientation au lycée professionnel, que s’est-il passé ? Je ne sais pas.


Jean-Michel Blanquer parle policiers, sanctions, TIG, exclusions, suivi, internats, militaires...mais dans le même temps il réduit l’évaluation des établissements au simple résumé d’évaluation des fondamentaux en 6eme et en seconde. Où est la logique ? Le ministre prône une école de la confiance, mais aucune réflexion n’est faite pour donner plus d’autonomie aux élèves dans les établissements. Démocratie scolaire, médiation entre pairs, gestion collective des locaux, beaucoup de choses sont pourtant possibles dans ce domaine.

 
Alors que le gouvernement précédent avait testé des secteurs multi-collèges pour organiser la mixité sociale entre les établissements, le ministre a abandonné ce dispositif et veut maintenant revenir sur le caractère national de l’éducation prioritaire. Avec ces alternances politiques qui effacent le travail mené par les gouvernements précédents, aucune politique éducative de long terme n’est possible en France. A aucun moment, le gouvernement n'évoque la formation initiale et continue des enseignants qui ne les prépare pas à un travail avec des enfants et des adolescents, ni les conditions de travail des enseignants. Pourtant, sur les risques psychosociaux, sur l'épuisement émotionnel et sur la fin de carrière des enseignants il y aurait des choses à dire.


Alors rien ne va changer sans doute, et on va continuer avec un système éducatif « pénitentiaire » où l’élève pointe à l’entrée et à la sortie, passe ses heures de libres dans des permanences bondées où le « privilège » des élèves les plus calmes est de pouvoir aller bouquiner une BD au CDI. Avec cela, on ose espérer faire de la France un des 10 meilleurs systèmes éducatifs du monde ?

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