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A quoi peut-on prétendre quand on a 18 ans en 2019 ?

Le syndicat général des lycéens m’a invité pour représenter le SE-Unsa à un débat avec les organisations représentatives des parents d’ élèves. Au programme des discussions, le service national universel, le baccalauréat, parcoursup et la pédagogie au lycée plus largement. Tant qu’à faire, je fais de la préparation de ce débat (recherches en amont et clarification de nos positions) un article de blog.

Le bac ? Le service national universel ? Le lycée ? L’affectation dans l’enseignement supérieur ? Tous ces sujets ont fait débat depuis des années, voire une bonne décennie. Des changements rapides sont en cours dans tous ces domaines. La réforme du bac et du lycée, mise en œuvre pour la rentrée prochaine, prévoit de passer des séries du bac général, inventées en 1993, à un choix de spécialités. Parcoursup a pris la suite d’admission post bac avec une modalité qui fait débat : la possibilité pour les établissements d’enseignement supérieur de sélectionner les étudiants pour des filières qui ont défini des capacités d’accueil ou de leur proposer des parcours d’accompagnement obligatoires. La liberté d’inscription dans l’enseignement supérieur en a t-elle pris un coup ? Le sujet fait débat.

Côté bac, le nombre d’épreuves terminales baisse, mais leur transformation en épreuves communes de contrôle continu fait débat : est-on sorti du cadrage national ? La pression évaluative est-elle à la baisse si on additionne les bulletins de classe, ces épreuves ponctuelles et les 4 épreuves terminales qui demeurent, y compris une nouvelle épreuve orale dont les contours sont encore flous. Ces sujets, concernant les contours des épreuves, sont en débat au conseil supérieur de l’éducation dans les semaines à venir.

Enfin, cerise sur le gâteau, le service national universel. Vous vous rappelez les efforts des dernières années pour développer le service civique avec la création d’une agence nationale. Depuis 1995 la suspension du service national a fait débat : n’a t-on pas supprimé le dernier lieu où toutes les classes sociales se rencontraient ? Dans les faits, ce rite de passage n’était pas si égalitaire. On ne se retrouvait quand même pas tous dans la tranchée pour faire péter des grenades à plâtre. Volontariat ou pas ? S’il n’y a pas de volontariat ce sont souvent des jeunes déjà privilégiés qui se lancent, n’ayant pas peur de se déplacer, pouvant vivre avec une indemnité très faible, et ayant plus d’informations sur les missions intéressantes. Donc pour ma part je suis plus convaincu par le caractère obligatoire. Militaire ou pas ? Cette dernière disposition du maniement des armes a semble-t-il été abandonnée, c’était une revendication du SGL.

Que se passe t’il à l’étranger où des dispositifs de type service civique remplacent partout le service militaire au début des années 2000 ? Tout d’abord le nombre de places proposées chaque année (35 000 en Allemagne, 50 000 en Italie) est important mais ne touche qu’une part minime d’une classe d’âge (pour une durée assez longue, de 6 mois à 2 ans). Le projet français de rapproche plus du service national citoyen britannique de courte durée avec des expériences collectives et un engagement sur un temps réduit. 200 000 jeunes en ont bénéficié en 2015. mais cela ne fait toujours pas une classe d’âge (730 000 élèves ont passé le bac en 2017). En France, le projet est de mettre en place un engagement d’un mois dont la moitié en hébergement collectif. Pour un temps consacré aux questions de sécurité et d’environnement ? On peut faire quelque chose d’intéressant avec ce temps-là, un défi immense en terme d’organisation, encore faut-il de l’ambition...et des moyens financiers ! Plus largement, quelle est la philosophie du dispositif ? Pour être utile, il doit être adapté, favoriser l’autonomie, le travail d’équipe, l’engagement volontaire sur des sujets qui intéresse vraiment les jeunes concernés. Tout modèle plaqué  et trop rigide pourrait être contre-productif. Mais une question demeure : pourquoi vouloir recréer des moments de mixité alors qu’on pourrait les assurer à l’école ? Moins de dérogations, moins de moyens pour le privé ou une obligation de prendre en charge la mixité sociale, une meilleure répartition des moyens entre les établissements nous éviterait un coûteux dispositif pour « vivre » la mixité !

Concernant le lycée et le bac, des sujets qui mobilisent régulièrement mes neurones depuis maintenant plus d’un an : le projet initial du président Macron était de réaliser un engagement simple de campagne, une réforme du bac avec moins d’épreuves terminales. Le projet, tel qu’ils s’est construit de fin 2017 à mi-2018 va plus loin, forcément. Si on réduit le nombre d’épreuves, il faut que le choix de celles qu’on pense soit bien pensé, c’est donc un système de 3 spécialités en première et 2 en terminale, un choix libre alors que d’autres pistes étaient envisageables qui auraient peu modifié la structure des séries. Mais les filières sont-elles vraiment remises en cause ? Tout se joue dans la mise en œuvre et celle de la réforme du lycée n’est pas brillante. Côté conditions d’études, forcément, si on lance une réforme alors qu’on supprime des postes, cela crée de la tension et a un impact sur les effectifs des classes. Les promesses ministérielles seront-elles vraiment au rendez-vous ? Non car l’organisation de l’offre en bassins d’établissements est parfois peu réaliste (on ne fera pas 50km pour suivre une option), car la pénurie de moyens limitera le nombre de groupes de spécialités et donc de combinaisons possibles. En revenant donc aux combinaisons classiques et aux séries d’avant ? Ce serait un échec.

Pour parcoursup, un dossier qui inquiète beaucoup les lycéens, le dispositif a tenté de tirer les leçons des difficultés et des retards de 2018 : rang de classement du dernier entrant dans les filières en tension, calendrier avancé, ça s’améliore. On pourrait aller plus loin avec l’anonymat du lycée de provenance par exemple. Les informations sur le taux de pression ou « l’efficacité » des filières pour obtenir un emploi ne m’ont jamais paru pertinentes : elles favorisent l’auto-censure des classes populaires et limite les passions et les rêves à ceux qui n’ont pas peur de l’avenir ou de quelques années de galère. d’autres éléments sont intéressants comme la fin de la priorité académique : les lycéens de Créteil ont été 43 % à obtenir une affectation à Paris contre 26 % auparavant.

Pour autant, le dispositif prend la relève d’APB dans le cadre d’une loi ORE plus globale : accompagnement des étudiants qui auraient eu du mal à réussir (135 000 « oui si » ont été prononcés, il faut en faire le bilan), priorité renouvelée des bacheliers pro et techno pour les filières courtes (et ça marche, plus de 10 % en 2018!), commission d’affectation académique...mais en revanche le bilan n’a pas été fait des mesures annoncées pour des bourses de mobilité. Et la création de nouvelles places d’accueil dans l’enseignement supérieur correspond-elle aux besoins ? Un dispositif à surveiller donc, notamment parce que certains à droite ne désarment pas et veulent aller plus loin vers une sélection sèche, notamment pour les bacheliers pro et techno, vers l’augmentation des droits d’inscription (pour les étudiants étrangers, c’est déjà acté). Toujours est-il que 583 000 ont recu une proposition d’affectation en 2018 contre 541 000 avec APB en 2017 (et il restait plus de 7000 candidats sans affectation).

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