Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 2

  • L'échec scolaire n'est pas une fatalité!

    bonnet.jpgL'échec scolaire est une source de souffrance, de débat, et de profit. Acadomia & Cie, les affiches du métro en témoignent, n'ont rien à gagner à la lutte contre l'échec scolaire. Pour moi, qui enseigne depuis 2 ans en banlieue parisienne, l'échec scolaire, ce n'est pas qu'un mot, c'est une mosaïque de visages et de souvenirs...des élèves, des parents, mais aussi des collègues, rencontrés au hasard de mes affectations, notamment en ZEP, plus ou moins combattifs et confiants face à ce terrible ennemi.

    L'échec scolaire, ce n'est pas un microbe qui se propage, et pas non plus un héritage contre lequel on ne peut rien. L'échec scolaire, c'est le fruit de méthodes pédagogiques conservatrices et inadaptées, d'origines socio-culturelles défavorables, et enfin, d'un fatalisme exacerbé de la société envers un phénomène qui n'est traité qu'à la marge, quand il est déjà trop tard.

    Comment le détecter? J'ai quelques exemples. Sophie, qui travaille beaucoup, obtient des notes très moyennes, et souffre. William, qui bouge sans arrêt sur sa chaise, souffre terriblement de ne pas pouvoir s'exprimer. Coralie, passe sans redoubler depuis la sixieme car on a supprimé les redoublements sans prévoir de dispositif alternatif, et elle a baissé les bras. Sophie, William, Coralie ne sont ni des faineants, ni des rebelles, ni des attardés...Ce sont des enfants que le système éducatif français n'a pas pu et n'a pas voulu aider. Ce sont de futurs adultes, qui toute leur vie, se rappelleront avec d'une formation initiale où ils n'ont été ni accompagnés, ni aidés...ni écoutés.

    Je veux lutter contre l'échec scolaire. Je ne veux pas céder au découragement. Je ne veux pas me laisser aller, considérer que je ne peux rien ou même, accuser mes élèves. J'accuse le système éducatif, de reproduire les inégalités sociales en s'adressant aux élèves issus de milieux favorisés, cultivés. J'accuse le principe de « liberté pédagogique », clamé par les différents ministres de l'éducation qui se sont succédé depuis 2002, d'empêcher toute rénovation et toute harmonisation des méthodes pédagogiques pratiquées en France. J'accuse la séparation des disciplines et des filières, le caractère uniquement disciplinaire de la formation des enseignants, d'anéantir la cohérence et le sens des enseignements proposés.

    Seul, je ne peux pas faire grand chose. La première année, j'ai joué sur les notes. Coralie ne dépassait pas 6, inoxerablement, un jour, j'en ai eu marre, j'ai trafiqué le barême et elle a eu 11. Surprise. Joyeuse. Et aussitôt confiante, elle a eu 9,5 au contrôle suivant, sans bidouillage! Mais cela n'a pas suffi, et Coralie, a la fin de l'année, a été « envoyée » au lycée professionnel. J'ai voulu individualiser mes consignes lors de ma 3ème année d'enseignement, j'ai noté mes élèves de troisième pour la progression dans les compétences défaillantes que j'avais pu observer (ex. argumenter, être précis, etc;). Ca a marché, les progrès étaient réels, mais c'était déjà la fin de l'année, les parents « hurlaient » pour avoir des notes...J'ai multiplié les exposés, les travaux de groupe, j'ai tatonné, mais j'ai perdu beaucoup de temps, cette obsession des enseignants d'histoire-géographie, qui veulent « finir le programme ».

    Le système tout entier doit changer, ou mes efforts seront vains. Les cours doivent faire sens pour motiver les élèves. La pédagogie différenciée doit être enseignée aux profs pour permettre de prendre en compte tous les élèves et de démocratiser réellement la réussite scolaire. Les rythmes scolaires doivent être refondés pour prendre en compte les rythmes biologiques de l'enfant, assoupi au cours de 8h, follement exité au cours de 15h...C'est une révolution éducative qui peut seule, empêcher l'éducation nationale d'être délaissée et laissée au secteur marchand...où les élèves deviendront non plus des citoyens élevés par l'esprit critique, mais bien des consommateurs en herbe, dénués d'autonomie!

    Cette évolution doit être voulue, portée, revendiquée non seulement par les enseignants, leurs syndicats, mais aussi et surtout par toute la société: élèves, parents, tout le monde, un jour ou l'autre, passe par l'école! C'est la condition du changement et d'un investissement profond de toute la société, d'un investissement sur le long terme, pour l'Ecole.

  • Etre résistant aujourd'hui

    train%20resistant.jpgil n'y a qu'une Résistance, au moins pour l'historiographie française. Et elle m'interesse à plusieurs titres. Comme prof d'histoire, c'est certain, comme épisode exaltant de l'histoire française...comme militant de gauche: les résistants sont l'incarnation de la lutte pour des valeurs, pour la liberté et l'égalité, dans lesquelles je me retrouve. Mais la résistance, les philosophes ne s'y sont pas trompés, permet aussi d'aborder les questions de conscience, voire de métaphysique. C'est le plus pur mouvement d'engagement, porté comme étendard, en 1945, de toutes les formations politiques de l'après-guerre: PCF ("le partir des martyrs"), PS (CAS avec Daniel Mayer), MRP (Bidault, président du CNR!) ou encore par les gaullistes...

     

    Et pourquoi m'y intéresser aujourd'hui, en 2009? Parce que ce mot interpelle  à plusieurs titres l'organisation dans laquelle je milite, le Mouvement des Jeunes Socialistes. Comme souvenir de combattants qui ont mis en place le programme du Conseil National de la Résistance (nationalisations, sécurité sociale, vote des femmes, etc.) mais aussi comme mode d'action, sens du sacrifice, et évidemment, comme défi aux lois illégitimes.

     

    Ce dernier aspect m'interesse car lors de la dernière université d'été PS/MJS, nous avons projeté le film « walter » qui s'interessait aux résistances de hier et d'aujourd'hui, alors même qu'un atelier, un peu plus tard, était animé par un professeur des écoles qui refusait les dernières réformes de la droite et se réclamait de la « désobéissance civile » chère à Gandhi, en se présentant comme « désobéisseur ».

     

    La résistance et la désobéissance civile, ce n'est pas la même chose. Avec la résistance, on se bat par tous les moyens, notamment armés, parfois criminels, contre des lois illégitimes. La désobéissance civile est une « résistance douce », quand on n'applique pas des lois qu'on juge injustes. Comme citoyen, consommateur (ex. boycott), militant (action coup-de-poing) ou comme fonctionnaire (droit de retrait?). Ne mélangeons donc pas tout.

     

    Je ne prévois ni d'organiser de collecte de grenades, ni de creuser de caches d'armes dans mon ressort régional, si ca peut vous rassurer. Mais la période actuelle, les enfants étrangers raflés devant les écoles, les entreprises qui font des profits et licencient, les réformes conservatrices et sécuritaires dans le domaine éducatif ou culturel,  tout ceci nous pousse à réfléchir rapidement sur nos modes d'action. Et avec qui agir? Les partis politiques ne sont plus capables, comme il y a des dizaines d'années, de mettre du monde dans la rue, elle est loin, la manifestation du front populaire en 1934! En 1968 déjà, ils étaient dépassés, comme organisateur de mouvements sociaux. L'intersyndicale ne peut plus abattre un gouvernement. La forme de collectifs multiformes, rassemblant associations, citoyens, syndicats voire organisations politiques, semble être la mieux à même pour mettre en dynamique des mouvements...On l'a vu avec le collectif "une école, un pays, notre avenir" (FCPE, UNEF, UNL, FSU, UNSA, CRAP) qui organisait les manifestations éducatives de la fin 2008.

     

                De quoi s'inspirer pour réfléchir à cela? Nous agissons aujourd'hui au sein d'un cadre légal...nous respectons le droit de propriété, nous envoyons de jolies lettres à la préfecture quand nous manifestons...le plus souvent. Et les réformes passent. La désinformation s'installe. La veille des manifestations, on prévient les gens qu'il faut faire attention, avec la grippe et tout ca...Manifs, grèves, etc., nous sommes toujours les mêmes à nous retrouver. Chouette, mais la vraie question que je pose, c'est comment permettre à tous les citoyens de s'impliquer dans ces combats?

     

    Et bien la réponse c'est l'action directe. Quelques pistes, sans être exhaustif: Créer une AMAP, adhérer à une mutuelle d'amendes pour défendre une agriculture propre et des transports gratuits? C'est un début! Boycotter les entreprises qui font du profit et qui licencient, Gandhi avait déjà eu l'idée quand il ne consommait pas de produits venant de la puissance coloniale! Créer des médias alternatifs, les résistants le faisaient déjà quand les journaux français subissaient la censure nazie et vichyste! Mais nous militants? Et nous fonctionnaires? Quand faut-il agir en dehors de la loi? Quelles lignes jaunes faut-il fixer, quand les valeurs de la république sont-elles vraiment en cause? Voilà les questions auxquelles il va falloir répondre...Quand un président décide qu'on doit célébrer les résistants un jour de la semaine à l'école alors qu'il baffoue leur héritage, ou quand des députés cinglés décident que les profs d'histoire exalteront le souvenir de la colonisation française, que doit-on faire?

  • Profession: militant!

    535043540_05d1a79cf8.jpg24 heures d'une vie militante, il me semble, méritent d'être racontées voire contées, surtout celle-ci.
    9h, vendredi matin: je soulève la poignée du métro 4, et, longeant la voie en sens inverse, je me dirige vers la sortie de la station château d'eau. Le ciel qui se rapproche est semblable à tous les matins, gris, couvrant des sons feutrés: Paris se lève, ce n'est pas encore la cohue, les vendeurs de faux ongles et de fausses mèches font la grasse matinée...Au syndicat des enseignants, Faubourg Saint Martin, journée classique: réponses aux collègues, rappel des adhérents pour un stage de rentrée, lecture de l'actualité éducative...pas passionnante: les vraies annonces attendront bien fin septembre! D'ici là, une journée d'action est prévue pour le 7 octobre, mais le mouvement éducatif peine à se mettre en dynamique...

    17h: quelques sushis avalés et quelques mails envoyés plus tard, me voici à la gare d'Austerlitz, le train pour Limoges s'éclipse, après de rapides adieux...Je perds mon portable sous un siège et tout le wagon se lance dans une recherche éperdue, je suis gêné...Je voulais préparer tranquillement ma présentation de la contribution mais un petit appel bouleverse mes projets: les propos racistes de Brice Hortefeux sont au coeur de l'actualité, le MJS veut réagir de manière forte et cohérente. Et c'est ma responsabilité: je contacte tous les responsables départementaux pour organiser des rassemblements en Ile de France...enfin j'essaie: entre Vierzon et Chateauroux, ca ne capte pas du tout!!

    20h: je suis bien arrivé! Accueillie par l'animatrice fédérale dans le hall de la gare, je fais connaissance avec les sympathiques jeunes socialistes de la Haute Vienne. Je ne suis pas le seul à venir de loin: 4 personnes sont là pour présenter en assemblée générale les contributions des différents groupes politiques qui font vivre le MJS. En effet, le Mouvement des Jeunes Socialistes démarre son congrès bi-annuel par cette traditionnelle présentation qui permet de dégager des axes de réflexion et de travail différents pour l'organisation. Je présente la contribution « en actes » de « transformer à gauche »: une analyse d'une crise écologique, économique, sociale, la proposition du réarmement de la puissance publique (nouveaux services publics, nouveaux mécanismes de solidarité) pour répondre à la dissociation sociale...et enfin des propositions pour ouvrir le MJS à l'ensemble des jeunes de gauche...

    1h du matin: Je suis encore à Limoges! Un coup d'oeil sur ma montre, alors qu'un bar un peu socialiste nous accueille depuis une heure, m'indique que je vais rester dans la capitale du Limousin si je ne trouve pas rapidement le chemin de la gare. Mon demi englouti, je roule ma bosse et ma valise vers le train de nuit qui doit m'amener à Narbonne...

    - 7 heures du matin: 2 heures déjà que je suis réveillé, bercé par le TER qui me mène à Béziers et mon baladeur MP3 (« partenaire particulier... »)...Une réunion m'attend encore: Secrétariat de ma section, Béziers 2, pour discuter de l'actualité locale, des régionales et de l'activité de ma section. Alors que je tourne la tête, la cathédrale se découpe sur l'horizon...Je suis fatigué.

  • Rentrée, personnelle, syndicale et politique

    567066429.jpgUn article de rentrée c'est la pure des politesses. Cette rentrée est assez particulière pour moi...Pas d'école. Cette année, je n'ai pas eu droit au speech du principal, à ma première classe, au stress de la récré et autres "rites" éducatifs. Celà me manque tristement, mais je ne me rends pas encore compte. Le combat pour l'éducation continue. Les postes sont supprimés, l'avenir se ferme pour des milliers d'étudiants qui préparent des concours. La grippe fait sujet de conversation, placer les enfants devant la tv suffirait à remplacer les profs. C'est la rentrée politique. Ali Bongo en président du Gabon nous rappelle que la France, au vu du poids de l'entreprise Total dans le pays, n'a pas toujours les mains blanches. Des figurants accompagnent le président qui visite une usine, le MODEM propose des "réunions de l'alternance" comme si les défis du XXIème siècle étaient solvables dans un consensus mou uniquement basé sur les questions de société.

    Et pendant ce temps là, tous les matins, le 180 et la C m'amènent vers le 10ème arrondissement où je travaille, au 3eme étage. Questions de collègues mutés sur 3 établissements, questions de professeurs qui vont passer leur vie dans les transports, lecture d'articles sur une politique réactionnaire et "communicarde" du gouvernement, et quelques moqueries sur les gestes barrières...Qu'est ce que je fais au syndicat? Au delà des urgences de la rentrée des enseignants, je vais bientôt me lancer dans les élections au conseil d'administration des lycées et des collèges. En effet, depuis 1985, les EPLE sont animés démocratiquement par des représentants des enseignants, des collectivités territoriales, des usagers parents et écoliers et des équipes de direction. Au delà des questions de gestion que j'ai appréhendé l'an dernier lors de mon premier mandat, je pense qu'il faut aller plus loin. Les établissements doivent mettre en place chaque année un projet éducatif largement élaboré par parents/élèves et collectivités territoriales, qui associe les équipes pédagogiques! Et mon boulot, c'est de motiver mes collègues pour monter des listes et décliner les valeurs et les propositions du SE-UNSA dans les centaines d'établissement de l'académie de Versailles, mais aussi de les aider pour être entendus, porte-paroles de leurs collègues et acteurs efficaces de la vie de l'établissement!

    Mes journées sont bien occupées, et ces derniers temps, je redécouvre les valeurs de l'engagement...en discutant avec des nouveaux militants! 6 ans déjà que je ne me demande pas pourquoi je milite et pourquoi je pars à 6h du mat pour distribuer des tracts devant un lycée situé à 60km de ma maison...Oui parce que je pense que faire de la politique c'est jouer au sims et à plus ou moins long terme, influer concrètement sur la vie. Trop facile d'être fataliste. Et je suis de gauche parce que rêveur passionné, que le combat pour la justice, l'égalité et la liberté a fait vibré tout au long des livres d'histoire lus et relus. Mais l'expliquer, le diffuser , et convaincre surtout, ce n'est pas si facile.

    Prochain article, l'échec scolaire!