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  • Premier épisode: veillée d'armes à Castelnaudary

     Henri_%E2%85%A1de_Montmorency.jpgÉpisode 1: Veillée d'armes à Castelnaudary

    1- pensées contradictoires

    On ne voyait que lui. Campé sur son cheval, enveloppé d’une cuirasse dorée, d’une cape rouge et casqué de fer, il dominait les soldats qui défilaient devant lui. Il ne les regardait pas, il fixait de ses yeux noirs le nuage de poussière qui s’élevait devant lui, au loin, derrière le seuil de Naurouze. Demain, il faudrait se battre. Avec qui ? Contre qui ? Tout était si confus. Henri II de Montmorency ne se battait pas par goût. Jeune gouverneur d’une province prospère, gestionnaire apprécié de ses fiers administrés, Henri, du moins le pensait-il, se battait pour des valeurs. Pour l’honneur de son sang, au nom de sa province, de ses libertés et de ses privilèges ! Quelles valeurs ? Quel sang ? Quelles libertés ?

     

    A la veille d’une bataille décisive, les questions s’entrechoquaient. : Se battre contre son souverain, c’est affolant pour le descendant d’une des plus vieilles familles d’officiers de la couronne. Fils et petit-fils d’un connétable, Henri n’est pas un rebelle né ! Il a longtemps hésité avant de suivre Gaston d’Orléans, jeune et turbulent frère du roi Louis XIII, dans sa quête effrénée des honneurs et du pouvoir. Au nom de quoi au juste ? Des privilèges d’une province ? Se battre pour l’Occitanie, quand on est baron d’Ile de France, quelle contradiction ! Les Montmorency ont épousé les rêves de leur province, de ce Languedoc fier de sa vieille autonomie, acquise sous Louis IX, qu’ils gouvernent depuis 60 ans. Le Languedoc, si fier de ce pouvoir envié des Etats qui lèvent, répartissent et utilisent de manière étonnamment moderne des impôts plus justes et plus bas que partout dans le royaume.

    Henri se redresse sur son destrier et penche sa tête, son menton marqué et ses boucles rousses vers la plaine, là où défilent charriots, hommes de pied et cavaliers, issus de cette petite noblesse languedocienne qui le soutient, qui s’élève et s’insurge contre les « novelletés » du principal ministre, le cardinal de Richelieu, qui veut envoyer des précepteurs royaux dans la province…Son cheval piaffe. Lui aussi est inquiet. Que pourront ces quelques centaines de hobereaux mal armés face aux compagnies royales ? Quelques arquebuses qui datent du siècle dernier contre les mousquetaires et les canons royaux, que doit-on attendre, à part un miracle ? La seule lumière qui scintille sur le métal des mousquets et des piques ducales, c’est le soleil orangé qui s’échappe déjà, disparaissant derrière les contreforts de la Montagne Noire.

    2 – ambiance morose dans la tente ducale

    La nuit tombe déjà. Le duc s'en rend compte, et envoie ses pages prévenir les différents chefs des corps en marche qu'il était temps de mettre pied et besace à terre pour s'installer. Alors que la nouvelle circule rapidement, des ordres brefs sont envoyés: les charriots du duc doivent amener tentes, bagages et vaisselle de la cour sur la colline, à l'abri des intempéries, tandis que les charriots des lavandiers et autres cantiniers s'installent, en marge du camp, pour nourrir des troupes avides et reclues par une longue marche au soleil: harassante, voire mortelle, en cette fin du mois d'août 1632! Deux heures plus tard, les tours de garde s'organisent déjà. Les principaux barons languedociens et les villes fidèles au Duc dans sa rebellion s'étaient rassemblés dans sa tente. Monsieur, le frère du roi, venait d'arriver au camp. Pas de trompette, pas d'entrée triomphale, des murmures assourdissants s'étonnaient de cette arrivée cachée, honteuse...L'issue de la bataille annoncée ne faisait-elle déjà pas de doute pour Gaston d'Orléans? Pensait-il à fuir, lui qui abandonnait toujours ses complices pour s'en remettre au pardon de son frère?

    Cette bataille, on en discutait justement. La suite des deux ducs débattaient des mouvements de troupe. La poussière visible sur la route de Toulouse était-elle le fait des éclaireurs royaux, d'une troupe de pillards ou de l'armée du maréchal de Schomberg, qui dirigeait une partie de l'armée du roi, tandis que celui-ci, accompagné de Richelieu, cueillait une à une les places fortes du Bas-Languedoc, peu opiniatres dans leur rebellion? Les feux du camp ennemi, qui surplombaient la plaine du Lauragais, ne laissaient pas de doute: c'était bien une armée qu'il faudrait affronter le lendemain, et, au vu du nombre de feux, plusieurs compagnies royales étaient présentes...Qu'en savait-on de cette armée? Si ses capitaines avaient fait leurs armes lors des guerres contre l'Espagne, 40 ans auparavant, la plupart des soldats n'avaient comme seule expérience que quelques escarmouches peu meutrières, advenues à Montauban, ou à Montpellier, lors de la dernière guerre de religion des années 1620. Mais les troupes royales étaient mieux armées, les soldats mieux nourris ne comptaient pas la poudre...Face à cela, à quoi ressemblait l'armée languedocienne? Des cavaliers de petite noblesse aux armures hétéroclites, des miliciens à pied armés par les communes: des arquebuses, des piques de bois, des hallebardes, et même des arbalètes, face aux canons royaux!
    Voilà de quoi on discutait sous la tente, quand un envoyé du gouverneur de Bagnols, forteresse gardant le Rhône, fut introduit:

    - « Alors, drôle, quelle nouvelle nous apportes-tu? » demandait le Duc, sans se soucier du vassal qui le questionnait sur les renforts attendus.

    - « Bagnols est tombée Monseigneur ». La nouvelle assombrit tous les visages. « la ville est tombée par surprise, le Roi avait passé le Rhône à Pont-saint-esprit, sur un pont de bateaux. Le gouverneur n'a eu que le temps de m'envoyer ici, la place était déjà investie. J'avais parcouru une lieue quand le drapeau blanc était déjà hissé sur les murs. ».

    L'énervement succédait à la surprise dans la tente:

    - « Que choisissez-vous des lâches pour protéger nos arrières! » tempétait Gaston d'Orléans. « Dans combien de temps seront-ils à Montpellier? » S'inquiétait déjà l'évêque d'Albi, Alphonse d'Elbene, qui représentait les intérêts de Marie de Medicis, la reine-mère disgraciée. Le duc de Montmorency restait coi. D'abord parce que le château de Bagnols était une possession familiale, il y célébrait encore son anniversaire 10 jours auparavant. Le maréchal de la Force en route pour Nîmes, Schomberg sur la route de Toulouse, il était cerné par la Mer, la Montagne et l'armée royale.

    - « Nous n'avons plus le choix, il faut nous battre. Toutes les villes, Montpellier et Béziers comprises, n'accueilleront qu'un vainqueur dans leurs murs » dit-il brusquement. « Reste à décider de ce que nous ferons de nos braves vassaux et de nos bonnes villes! » Mais ces bonnes villes justement, étaient-elles sûres? Les consuls du Bas Languedoc se jettaient des regards inquiets, soucieux des revers trop rapides que subissait la révolte qui devait leur permettre d'affermir leurs privilèges et libertés communales. « nous devons discuter avec nos milices » indiquaient-ils à voix basse, en s'éclipsant de la tente pour rejoindre leurs hommes.

    La nuit s'avancait rapidement, il fallait prendre des décisions. Montmorency organisa donc ses forces « à l'espagnole »: des carrés d'arquebuses encadrés par des piquiers: avec de gauche à droite les Biterrois, les Albigeois, les Piscénois, issus des communes et du ban seigneurial, encadrés sur leurs côtés par la cavalerie des reîtres recrutés à Trêves, au printemps, par le frère du Roi. Ces dispositions prises, Orléans et Montmorency se retirèrent, pour essayer de dormir, d'oublier l'angoisse qui les étreignait, quelques heures avant que le sort ne décide de leurs destins respectifs: connétablie, ou décapitation? Trône, ou prison à vie?

  • Pourquoi j'écris un roman historique...

    beziers.jpgJe voulais écrire. Je voulais écrire pour dessiner, pour peindre, pour raconter, pour faire vivre une époque, ce grand siècle qui me fait rêver, quand la France était la première puissance du monde occidental, quand Louis XIV, oint par le saint chreme, vivait adoré comme un Dieu dans un château qui avait coûté la vie à 20 000 ouvriers…

    Je voulais écrire pour parler de l’Histoire, pour convaincre tous ceux qui montrent du doigt la « science des dates », que l’histoire n’est pas qu’une chronologie. L’histoire vit, l’histoire est chaude, elle bat, tel un pouls qui rythme le temps, le monde, l’Homme.

     

    L’histoire est politique, quand les ambitions, le pouvoir, l’Etat modèle l’espace et l’avenir des hommes. Elle est économique quand elle s’intéresse à leurs échanges, à leurs modes de production, à leur système de valeurs. Elle devient sociale quand elle entre dans les masures et les hôtels particuliers, pour fouiller les tables, les lits et les coffres en osier. Parfois, elle s’égare dans l’étude des mentalités, pour découvrir cette présence étonnante de la mort dans tous les moments de la vie du Grand siècle, et se retrouve sur les champs de bataille pour s’initier à une histoire militaire marquée par une révolution, celle de la pique et du mousquet, de Louvois et Vauban…

     

    J’aime l’histoire. Et le roman historique que je vais essayer d’écrire doit pouvoir faire entendre, sentir, toucher et surtout comprendre la vie quotidienne du XVIIème siècle finissant. J’aime aussi mon pays Languedoc. Je m’intéresse à un moment particulièrement passionnant où le Languedoc devient français et accepte l’absolutisme. Je veux vous faire découvrir Béziers et des lieux qui me sont chers : les champs sur lesquels ont été bâtis la cité HLM où j’ai grandi, l’Iranget, les rives de l’Orb que je contemplais du haut de la cathédrale, et les rues de Béziers où l’odeur de l’histoire est si pregnante.

     

    Soutenez-moi pour vous raconter une histoire et faire vivre une ville moderne : ses effluves, ses habitants, ses rues bigarrées où se mélangent langue d’oc et langue d’oil…Accompagnez-moi pour ce voyage de 300 ans ! Découvrez Nicolas de Montlauretz, fils du gouverneur de Béziers, jeune aristocrate que j'ai inventé pour vous faire aimer l'histoire, ma ville, et l'histoire de ma ville.