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l'historien-géographe - Page 5

  • Vents d'histoire moderne

    Charleroi_plan_de_1693.jpgVents d'histoire? Quand je commence à bavasser sur les odeurs historiques c'est souvent que je me suis promené sur les quais de Seine. Et pourtant non. Et pourtant ces promenades n'ont pas manqué, j'ai plus visité Paris avec Hanna en une semaine que tout seul en 2 ans...Bon après le palais de la découverte n'a pas éveillé d'appétit scientifique chez moi malgré le très didactique atelier sur l'air liquide ou encore les animations sur la chaleur du corps qui questionnent quand même un peu...le louvre traversé au pas de course tout comme le cimetière du Père Lachaise ne m'ont pas non plus convaincu. L'odeur d'histoire est factice et sent trop la peinture des trop fréquents réaménagements et rénovations. Dommage.

    En revanche, je vais reprendre mes études. Syndicalisme, engagement politique, addiction à la série "the west wing" et exercice du plus beau métier du monde ne me suffiraient donc plus? C'est pas ca...c'est juste que comme quand j'étais en terminale, je suis un peu en PPO (non pas pays du principe d'origine mais phase paumée d'orientation)...métier, engagement et projets je sais plus trop ou j'en suis. Sans doute la crise du Vinsinquiétime...Je me suis fait un peu retourner la tête, de manière assez agréable d'ailleurs :-) Etudes donc. D'histoire? Pour le plaisir comme ca? Redevenir élu étudiant peut-être? Ca me manquait? Resquatter les bars étudiants? Pas bête, je les ai plus squatté comme enseignant que comme étudiant. Non. Je veux finir mes études. Finir mon master 2 et ma thèse. Reconquérir le panel des possibles, me rouler dans les archives, revenir à ma passion d'histoire...

    Et surtout concrétiser mes recherches. Comme vous le savez (ou pas) j'ai commencé un master "politiques de défense et de sécurité" qui assouvissait ma passion d'histoire militaire. Au delà de magnifiques cours sur la révolution militaires, les archives des casernes et la nomenclature des tanks et des avions de combat, j'ai touché à la recherche...Enfin toucher. En meme temps je mettais en place un plan de développement de la vie en résidence Pour un plan d'amélioration de la vie en résidence.doc comme VPE CROUS et je préparais les élections étudiantes de la fac de sciences Résultat scrutin 5 avril.rtf(avec une victoire historique dans les IUT!) comme SG de l'UNEF Montpellier. Donc j'ai plus milité que fréquenté les bibliothèques. Mais j'ai torché un petit mémoire...

    Sur quoi? "Histoire militaire de Béziers au XVIIème siècle: approche de l'organisation globale de la défense de Béziers" Plus long encore n'est ce pas. Mon cher directeur de mémoire, le maitre de conférence Dominique Biloghi, était si convaincu de mes talents de chercheurs qu'il m'a proposé...de passer le CAPES :-) Il avait pas forcément tort au vu du classement! Pourtant je me suis éclaté. J'ai beaucoup lu. Beaucoup recopié. Beaucoup cherché, beaucoup décrypté, mais j'ai eu peur au vu de l'écriture cursive du XVIIème siècle découverte dans les archives de Béziers. Je n'ai rien compris. Et les archives c'est un peu la moitié des sources, quand on a fini les historiens locaux du XIXème siècle qui s'interessaient à tous les murs et autres égouts construits depuis la conquête romaine.

    Chercher c'est bien mais pour trouver quoi? Mon mémoire de maitrise s'intéressait à une ville banale, la mienne: Béziers...symptomatique d'une époque et de ses changements. Au début du XVIIème siècle, alors que le règne de Louis XIII commence, la place forte de Béziers est active: les troubles des guerres de religion hantent encore les campagnes, des bandes armées se soulèvent contre l'autorité royale, en 1642, le gouverneur Montmorency se soulève même avec toute la province de Languedoc! C'est l'époque d'une défense autonome où la citadelle de Béziers et la garde bourgeoise jouent un rôle important, calfeutrés dans des défenses impressionnantes qui coûtent très cher à la ville. Avec le règne de Louis XIV, la défense se fixe aux frontières. Béziers devient une ville de passage, de caserne, où les charges militaires de la commune deviennent purement honorifiques. La politique de défense locale passe des mains du gouverneur de la province, un grand seigneur, au commissaire du roi, l'intendant de la généralité de Montpellier. La guerre chevaleresque devient logistique, les canons ne retentissent plus dans la vallée de l'Orb mais bien aux frontières, sur le pré carré aménagé par Vauban, de Mont Louis à Bergues!

    à présent sur quoi travailler? La défense des villes à l'époque moderne en centrant mes recherches sur les infrastructures? Il faudra un peu avancer mon époque, car on commence déjà à raser les remparts à la fin du XVIIIème siècle. Une étude sociale des soldats soudards qui acceptent plus ou moins bien le casernement, et renoncent à leurs habitudes de viol et pillage? Ah c'est intéressant mais je sais pas faire. Une recherche politico-administrative sur la concurrence gouverneur/intendant dans le domaine de la guerre au XVIIème siècle? J'y songe, j'y songe...mais pour ce soir je vais me consacrer à la défense de la paix de nos jours (programme troisieme) et aux questions de citoyenneté et identité (programme sixieme) puisque je suis avant tout prof (meme si mes camarades me culpabilisent tous les jours pour cette priorisation)

  • Enseigner l'hyperpuissance américaine...à travers une série!

    etats-unis.pngLes fêtes vont bientôt se terminer, je vais donc me souvenir que je ne suis ni rentier, ni permanent biterro/francilien d'une organisation de jeunesse, et revenir à des préoccupations plus terre-à-terre à savoir la préparation de cours. TERRE A TERRE. Qu'est ce que je raconte. Le programme de troisième est passionnant, chaque préparation est un défi pour appréhender le XXème siècle dans la globalité de ses heurts- et malheurs puisque c'est l'enjeu principal. Dans les semaines à venir, mes chers élèves m'entendront déclamer l'appel du 18 juin (je me fais plaisir) pour la séquence sur la 2GM alias seconde guerre mondiale. Le but: non pas raconter les batailles mais saisir l'essentiel: l'aspect mondial, l'aspect total, l'aspect horrible au sens propre du terme et un travail particulier autour des notions de résistance et collaboration. Ensuite? Une petite incursion dans l'Union européenne et ses enjeux historiques, institutionnels et géopolitiques. Ensuite? La guerre froide, concentrée sur les deux contre-modèles, des théâtres récurrents et des phases de regel/dégel.

    Et enfin, les Etats-Unis d'Amérique. Bon ma bible c'est le programme. "Une présentation de l'immensité, du poids démographique et de la métropolisation du territoire introduit l'étude. L'analyse porte sur quelques éléments qui rendent compte de la puissance mondiale des Etats-Unis (ressources, technologies, poids économique, puissance militaire, rayonnement culturel). Le rôle joué par ce pays dans l'organisation du monde depuis 1945 permet d'éclairer quelques origines de sa puissance."

    Bon le propre des programmes c'est qu'on se demande par quel bout les prendre. Quels outils d'abord? Les connaissances des élèves. Fabuleuses, un brain storming me permettra de dégager les principaux aspects de la puissance américaine. Photos et cartes peuvent à la fois permettre de s'interesser rapidement à la configuration et à la diversité du territoire américain mais aussi de familiariser les élèves avec les légendes, les croquis et le vocabulaire cartographique. Mais comment entrer en matière, réchauffer les LE neurones frigorifié de mes chers élèves qui traverseront une cour glacée par les frimats de février pour se rendre dans ma salle?

    A_la_Maison_Blanche.jpgLa série "the west wing" (à la maison blanche) que je visionne en boucle depuis 3 jours me semble parfaite pour illustrer l'importance donnée au chef d'état étatsunien dans la culture mondiale. Le président Bartlett passe de la gestion de la crise du Cachemire à la protection des parcs nationaux en passant par la querelle écoles privées/publiques avant de prendre au téléphone le premier ministre bulgare...soutenu sans faille par une équipe de conseillers jeunes (et souvent séduisant-e-s). On peut dévier sur tous les films mettant en scene la maison blanche, des photos des acteurs ayant joué le président, et atterrir sur les élections de janvier évidemment. Cette entrée en matière pose évidemment question: pourquoi tant d'importance donnée à ce chef d'état?

    On atterrit sur un brain storming de tableau "pourquoi dit-on que les EU sont une puissance mondiale?" en faisant travailler les élèves sur un plan détaillé de paragraphe argumenté, par la suite. La leçon sur la guerre froide qu'on vient de finir doit permettre de dégager et définir le concept de "hyperpuissance". Ensuite un problème se pose pour conduire la séquence...vais-je tomber dans le piège du plan à tiroirs Territoire/Population/rayonnement?

    NON! Je peux tenter l'acrobatie délirante d'un plan multi-scalaire thémathico-mi-chronologique (je sais j'abuse) construit par les élèves sur la base d'une question orale portant sur l'originalité de la puissance américaine. Le but? Par un questionnement ciblé, et un travail en profondeur sur de multiples supports (photos, textes, tableaux, cartes) donner aux élèves une loupe pédagogique. S'interroger d'abord sur l'immensité du territoire américain dans sa richesse et sa diversité IA peuplé par vagues successives forgeant une population urbaine plus ou moins métissée IB dans laquelle une place importante serait accordée aux grandes agglomérations pour ensuite passer au II avec une loupe décroissante et s'interesser à la place des EU dans le monde...là encore, comment ne pas tomber dans le tryptique économique/culturel/militaire? Dur dur! Le but de prime abord: construire une carte sur les EU dans le monde. On peut réfléchir sur la légende de cette carte qui prédéfinirait le plan. Un monde "disneylandisé" en I permettrait de localiser une culture exportée par les grandes firmes, les centres de loisirs; holywood en localisant ce phénomène. Un II permettrait de s'interesser au géant économique en localisant la bourse de New York, les flux commerciaux maritimes et les facades maritimes...enfin un III permettrait de spacialiser son rôle de "gendarme du monde": les flottes, les bases militaires et les pays alliés, ainsi que les interventions militaires récentes semblent une bonne entrée. La conclusion de cette séquence pourrait voir mis en exergue le débat autour du rôle de la puissance américaine, sans doute à travers une étude de cas sur l'intervention en Irak...

    Voilà, de prime abord, comment je vais travailler sur cette séquence!

  • passer le rhin

     Croisieres-Fluviales-Rhin---Main---Moselle-rsj85grS.gifC'est déjà le voyage du retour. 3 voire 4 jours en Allemagne m'ont permis de retrouver mes reflexes, de repenser en allemand et de me rassurer sur mes capacités en discutant avec des employés du conseil régional de bade wurtemberg. J'ai beaucoup travaillé pour la section européenne et trouvé des documents particulièrement interessants: au bureau européen de la ville de Stuttgart, sur la pierre-pfilmlin-platz, j'ai trouvé des affiches sur l'histoire de l'Europe, des prospectus sur le badewurtemberg en Europe, ainsi que des cahiers d'exercices sur l'Allemagne et l'Europe! Tout fait, plus qu'à découper! Avec d'autres ressources de vulgarisation sur l'Europe. Je suis passé au Landtag, sur la konrad-adenauer-strasse (diète régionale) où l'archiviste qui ressemblait beaucoup à mon cher papa a essayé de me donner un coup de main, notamment en me donnant le contact du bureau européen du land Baden wurttemberg ou en me renvoyant sur la page de la landeszentrale für politische bildung. Je le remercie! Je suis aussi passé à la librairie pédagogique Klett 3 mn avant la fermeture pour en ressortir avec 4 brochures sur l'Allemagne du XIXème et Xxème siècle! War knapp!

    Ce travail de section européenne me prend beaucoup de temps et ce n'est pas fini. Je continue à peaufiner ma séquence de second trimestre sur « l'Europe, la place de l'Allemagne et de ses états fédérés ». J'ai maintenant pas mal de matériel, je continue à le rassembler, mais comment l'utiliser? Je commencerai par des petits textes pour une entrée en matière douce mais comment mettre les élèves en activité de manière interactive? Comment les faire parler? Travailler? Réfléchir? Comparer? Il faudrait être un enseignant chevronné pour prendre un recul necessaire que je n'ai pas. Et pour cause.

    Mais le train vient de repartir de la gare de Karlsruhe, je vais donc passer dans quelques dizaines de minutes le Rhin. C'est un moment particulièrement solennel et intense pour moi. Depuis le traité de Westphalie en 1648, la France s'est battue pour établir sa frontière sur le Rhin. Une bonne dizaine de millions d'hommes sont morts pour cette frontière. Cette vallée du Rhin a toujours été une zone frontière marquée par d'intenses échanges. On vient toujours faire son plein et acheter des cigarettes en France. Mes amis ont tous fait leur première incursion française à Strasbourg (ce qui me fait bien rire), et beaucoup d'Alsaciens ont pu contempler les beaux paysages de la forêt noire (qui n'est pas qu'une patisserie).

     

    Déjà plus de vingt fois que je passe le Rhin. Pourquoi au fait? En dépit de sympathies parentales évidentes pour ce pays et malgré mes origines hispaniques? Volonté d'élitisme alors que dans les années 90 où j'ai grandi, la LV2 allemand était une petite filière d'excellence? (la vraie étant la LV1!)? Je ne sais plus. Je n'étais d'ailleurs les premières années pas un élève brillant, j'avais du mal à me plier à la rigueur de la langue. Et pourtant des années après j'obtenais 19/20 au bac en allemand (j'étais passé en LV1), je travaillais 4 mois en Allemagne, l'été, auprès de l'adjoint au maire d'Heilbronn, où je me rendais deux fois par an, avant de passer la certification des sections européennes allemandes en septembre 2007 avec la note de 20/20.

    La cause de tout ceci? Un échange scolaire aux conséquences incalculables. Une fête du gymnasium qui nous accueillait. Dans le hall de la salle polyvalente, un regard par hasard. Qui se fixe. Des deux côtés. Pendant une heure. Et c'est long quand on regarde quelqu'un. Et ce soir du 4 décembre 1997, je rencontrais une certaine Marina, à Heilbronn, à cause de qui, à 14 ans, j'ai appris l'allemand. Pourquoi? Pour la revoir évidemment. Pourquoi? Parce que lors de nos quelques rendez-vous lors de ce séjour, j'avais à peine réussi à balbutier quelques mots alors qu'elle m'invitait à son assoss de ping pong, au mac do (waou), moi à la patinoire. Quelle honte. Même après mon retour j'arrivais difficilement à aligner 3 lignes sur une feuille didll...

    La blague? 8 ans après, mon père m'appelait alors que j'étais à Heilbronn (oh ben tiens) pour m'indiquer qu'une certaine Marina avait appellé à la maison pour avoir mes coordonnées. Elle souhaitait me voir. Une semaine après, je prenais le train pour Cannes où elle habitait. Mon allemande rêvée qui m'avait fait tourné la tête et la vie se révelait être russe, née à Novossibirsk qui avait passé son enfance en Allemagne. Sans doute une descendante des Allemands de la Volga. Et elle se révélait être devenue fan de la France...et fiancée à un francais; habitant à quelques kilometres de chez moi, en banlieue parisienne...

  • le romantisme, c'est quoi?

    106791619.jpgLe romantisme, chers lecteurs, ce n'est pas acheter des roses aux kosovars dans les bars pour les offrir. Même si j'aimerais bien le faire mais j'y arrive pas. Le romantisme, ce n'est pas non plus être neuneu, ce n'est pas non plus une qualité, un type de personnes, une situation. Non le romantisme, le vrai, c'est un mouvement artistique, littéraire et historique qui a marqué l'histoire du XIXème siècle.

    J'ai malheureusement été bercé, marqué par le romantisme. celà m'a donné des repères, des modèles que j'ai encore aujourd'hui. Tout au long de mon adolescence; je me suis mis à la place du "promeneur au dessus de la mer de nuages", de caspar david friedrich, des protagonistes de la dame aux camelias (alexandre dumas fils) et d'une éducation sentimentale (de flaubert) ou encore de Julien Sorel, héros du rouge et du noir. C'est à travers ces auteurs, mes préférés, avec zola, pouchkine et malraux, que j'ai découvert l'amour, la passion, le malheur, le spleen, au hasard des vers de Baudelaire et de la prose d'Hugo. 

    Tous ces romans ont des points communs. au delà des fresques historiques de Hugo ("Notre dame de Paris") et de Dumas ("la reine Margot") ou des oeuvres d'actualité ("la méduse" de Géricault ou les "massacres de chio" de Delacroix), les oeuvres romantiques mettent en scène l'amour, des dandys (jeunes bourgeois rentiers), des jeunes filles éffarouchées et très pales, mariées ou non. Tout le monde se trompe allègrement, c'est normal. On recoit dans les salons de 5h à 7h, on se bat en duel, on se promène en fiacre...et ca se passe toujours à Paris. J'ai lu des dizaines de romans qui racontaient la même histoire. La jeune fille effarouchée de "madame bovary" de flaubert (qui se dévergonde un peu), les "courtisanes" de Balzac ou de la "dame aux camelias", ou encore le dandy de "lucien leuwen"(stendhal) et d'une "éducation sentimentale" de Flaubert...

    Le romantisme c'est le début du XIXème siècle. Ce mouvement coincide non seulement avec la révolution industrielle qui voit la noblesse dépassée par la bourgeoisie d'affaires, mais aussi avec l'éveil des sentiments nationaux et des revendications libérales voire sociales. Cette époque survoltée, nourrie des combats de la révolution française et de la gloire napoléonienne, a produit dans toute l'europe des peintres, des poètes, des écrivains qui ont voulu peindre à leur manière des sentiments, qui ont voulu exalter, sublimer la passion, l'amour, le sacrifice. Le romantisme s'insurge contre le classicisme, contre les normes académiques, contre les thématiques antiques et mythologiques ou encore religieuses mille fois traitées, contre une histoire par les nobles pour les nobles, il prend sa source au XVIIIème siècle avec chateaubriand, en France, et Goethe, en  Allemagne (les souffrances du jeune Werther), ou encore Heinrich Heine, mon poète préféré.

    Et je vous les conseille ces livres, même s'ils se ressemblent! Au delà de peindre une certaine société du XIXème siècle, au delà d'être payés à la ligne et sortis en épisodes dans les journaux, pour les romans, ces oeuvres, notamment les peintures de Delacroix, de Constable et Turner en angleterre, de Friedrich en Allemagne sont exaltantes. Elles incitent aux rêves, au voyage, à une vie passionnée et passionnante.