Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le Militant - Page 2

  • Béziers valait bien une messe

    prog6272054 (1).jpgJ'ai raté le cap des 100 jours et j'anticipe un peu le bilan des 6 premiers mois, mais j'avais envie de parler de ma ville. En plein été, la trêve des plagistes! Encore que depuis quelques mois je me vante rarement d'être Biterrois. Alors, pour répondre aux dizaines d'interpellations goguenardes ou apitoyées, ca fait quoi de vivre dans une ville d'extrême droite? Et bien pas grand chose, j'y vivais déjà. Le FN arrivait en tête aux élections, le député candidat UMP était à la droite populaire, le maire sénateur refusait de marier les couples de même sexe. Pauvreté, précarité, ségrégation s'appuyaient l'une sur l'autre pour annihiler ce vivre-ensemble ancestral de ma si belle ville, plus méditerranéenne que française...Pour autant, les Biterrois ont majoritairement voulu ce changement d'équipe municipale, ils ont plébiscité les valeurs et les priorités annoncées d'un maire soutenu par le FN, le RPF, DLA. C'est la démocratie, rien ne sert de hurler...si nous voulons construire une alternative, la priorité c'est de comprendre, d'écouter, de décrypter.

    La victoire de Menard, c'est la victoire de forces centrifuges, quand les anciens immigrés se mettent à haïr les nouveaux, quand les SMICards en veulent aux RMIstes. Une énième bataille centre-périphérie, et un signe majeur du discredit de la politique et du système politique dans une ville abandonnée où “tous pourris” et “la gauche et la droite c'est la même chose” n'ont heureusement pas été amplifiés par un soi-disant “front republicain”...

    Et Menard, il fait quoi? Et bien rien. L'elire, c'était faire un bras d'honneur à une droite et à une gauche peu convaincantes. Donc le bilan des premières séances du conseil municipal se résume à des mesurettes; à de la tambouille. Mesurettes, quand la priorité d'un maire est de légiférer sur les tapis, le linge, les blouses. Tambouille quand un maire menace ses collègues de l'agglo, prend des mesures de représailles mesquines, refuse de prêter des chaises, parce qu'il n'a pas obtenu la présidence de l'intercommunalité. Les mesures les plus fortes? Changement de logo, circulation d'une voiture de police sur les allées...manque plus qu'un changement de circulation..

    Et cet homme, en sait-on plus sur lui? C'est un maitre en com', à chaque jour son coup de pub, encore heureux pour un journaliste. Ce n'est pas un grand démocrate: il insulte les élus d'opposition en séance, tente de les humilier. Cela augure mal des 6 ans à venir. Il a bien cerné les priorités de Biterrois précarisés en tout cas: baisse du prix des parkings, gratuité des musées, mesures d'économie en mairie...

    Et sa politique alors? Une nouvelle extrême droite apparait. Réactionnaire, quand le maire soutenu par le FN introduit une messe dans le programme de la feria, la grande festivité biterroise. Stigmatisante quand les mesures “coup-de-com” concernent uniquement les quartiers pauvres ou les cités HLM (couvre feu des jeunes par exemple) ou vire les SDF de la principale avenue du centre-ville. Poujadiste, quand la première décision est de baisser les impôts locaux, ce qui est intéressant pour ceux qui paient une taxe d'habitation très lourde, mais moins pour des propriétaires fonciers qui ne me semblaient pas prioritaires dans la réduction des inégalités.

     

    Et alors, c'est vraiment un maire FN? C'est plus compliqué que ca. Il y a des relents pétainistes (l'affiche sur la feria “familiale et traditionnaliste”, c'était pas mal). R.Menard prend le FN de haut, si des adjoints FN sont dans son équipe, c'est bien lui qui est dans une position de force avec une ville de 72 000 habitants. Son directeur de cabinet? Un ancien d'occident et du GUD qui, d'apres Rue 89 a recruté des mercenaires pour participer au nettoyage ethnique de la Croatie en 1991. Son chef de cabinet? Il a travaillé avec Christine Boutin. Passons sur son autre collaborateur qui était adhérent du PS, merveilleuse manière de décrédibiliser l'opposition en proposant des emplois TRES lucratifs. Heureusement, Menard n'a pas pris le contrôle de l'agglo donc je suis tranquille concernant mes lectures de la médiathèque...En revanche, si vous voulez lire des articles de “valeurs actuelles”, allez sur le site internet de la ville on publie régulièrement des articles...

  • Autonomie des établissements: une occasion ratée pour la gauche

    2013-loi-refondons-300x200.jpg

    La gauche au pouvoir et les politiques éducatives...une longue histoire d'espoirs, de projets et de renoncements. Je ne parle pas de changements et de conquêtes, c'est normal. Si je retiens les efforts de Jean Zay sous le front populaire pour unifier l'enseignement secondaire et les élans refondateurs de ce merveilleux plan Langevin-Wallon jamais appliqué, j'ai honte de remarquer que la création du collège unique, la mixité, c'est le bilan de la droite. Et pourtant, tant de profs à gauche, tant de discours sur la question éducative! Mais depuis le milieu des années 70, le système éducatif français se fait remarquer par son immobilisme et l'incohérence de ses réformes, quand d'autres pays ont un cap clair. Vous me direz, la gauche agit! Et les ZEP de Savary! Les IUFM et les cycles de Jospin! Le plan numérique de Peillon! Mais cette politique de petites touches, de peinture pointilliste, adopté aussi d'ailleurs par la droite à travers le programme ECLAIR, le socle commun et la reforme du lycée ne résout aucun des problèmes d'un système éducatif français vieillissant, élitiste et peu efficient.

    En 2012 on a parlé de refondation. Mais on n'a fait que réparer. Réparer la formation des enseignants, recréer des postes de personnels..mais ma manière d'enseigner entre 2011 et 2014 n'a pas changé d'un iota. Rien n'a changé dans ma vie d'enseignant et dans le quotidien des élèves. Le changement le plus radical étant la suppression de la colonne vie scolaire dans le bulletin des élèves...

    On aurait pu faire autrement, la reforme des rythmes n'aurait du être qu'un aspect de la refondation. Mais peut-être cette refondation n'était des l'origine qu'un leurre, la promesse des 60 000 postes faite par Francois Hollande pendant les primaires et la campagne des présidentielles annulant d'emblée toute marge de manoeuvre pour un ministre volontariste.

    Quels sont les leviers du changement? On peut changer le quotidien de l'élève (évaluation, pedagogie différenciée), la vie de la classe (programmes, formation des enseignants, équipements numériques), la vie de l'établissement (architecture, fonctionnement interne, ressources) ou encore les structures même du système éducatif (les cycles par exemple). On a choisi de toucher un peu à tout. Ca donne une certaine image de dynamisme, ca peut faire bouger les mentalités (et Benoit Hamon a eu raison de poser la question des notes) mais ce n'est pas assez pour faire évoluer une entreprise quasiment aussi puissante numériquement que l'armée russe.

    Mon changement à moi aurait été différent, il se serait appuyé sur la mise en oeuvre sur 5 ans d'un acte II de l'autonomie des établissements. En effet, la gauche a décentralisé et déconcentré le système éducatif entre 1982 (lois sur les collectivités locales) et 1986 (entrée en vigueur des décrets d'août 1985 sur les établissements publics locaux d'enseignement). Cette décentralisation s'appuie sur l'autonomie des établissements. Les personnels de direction sont créés, des projets d'établissements lancés par la loi d'orientation de 1989, les champs d'intervention définis par l'article R421.2 du code de l'éducation. Et pourtant! La note d'analyse du centre d'analyse stratégique de janvier 2013 et le rapport de l'inspection générale de l'administration de 2006 pointaient toutes les limites de cette autonomie: peu de marge de manoeuvre dans les moyens pédagogiques, recentralisation informatique et harcèlement du rectorat, refus des enseignants d'accepter des taches supplémentaires, instances trop descendantes...

    Et pourtant, cette autonomie est bien là! Selon la loi le chef d'établissement constitue les classes, repartit la dotation pédagogique, organise le temps et la vie scolaire, l'orientation des élèves, évalue les enseignants, ouvre l'établissement sur son environnement, propose des sujets locaux d'enseignement, organise des activités complémentaires...tout est en place, et certains établissements innovants ne se privent pas de ces possibilités pour organiser autrement la journée des élèves, donner plus de sens aux savoirs et plus d'autonomie aux élèves, comme le collège Clisthène de Bordeaux (voir le hors-serie numérique des cahiers pédagogiques).

    Quels sont les freins alors, les obstacles à dépasser?!

    - En premier lieu le service des enseignants. Avec 18 heures de cours disciplinaires où les enseignants font ce qu'ils veulent on ne peut pas aller très loin. Alors, si on reforme le service des enseignants, par exemple avec une présence de 24 heures dont 2/3 de cours disciplinaires et 1/3 d'activités complémentaires telles que tutorat, coordination, formation continue, déjà les possibilités sont plus ouvertes. Ce service, annualisé, permettrait l'organisation de semaines thématiques, des cours modulaires qui évitent aux profs de musique de voir défiler 18 classes dans une semaine...Evidemment il faudrait des moyens pour cela on pourrait par exemple tripler la part fixe de l'ISOE pour prendre en compte cette redéfinition du service. Ca coûte moins cher que l'augmentation du point d'indice...

    - en second lieu le fonctionnement des établissements. Le conseil pédagogique doit pouvoir proposer des plans d'études, des progressions disciplinaires par niveau pour organiser l'interdisciplinarite entre les matières et donner plus de sens au savoir. Il doit pouvoir définir des référentiels de compétences par cycle pour mieux faire progresser les eleves et coordonner les exigences méthodologiques. Il doit pouvoir définir un plan de formation continue permettant aux personnels éducatifs, par exemple une demi-journée par mois, de s'initier à la pédagogie différenciée, au jeu sérieux, aux troubles de l'apprentissage, aux technologies éducatives du numérique....

    Le conseil d'administration doit avoir de nouvelles compétences: organiser le temps scolaire autour de temps conviviaux, disciplinaires, interdisciplinaires, mais aussi en terme d'activités optionnelles, de tutorat par groupes de 4/5 eleves par enseignant...prevoir un plan d'ouverture internationale, culturelle et professionnelle pour que tous les élèves, par exemple, au collège, effectuent un certain nombre de séjours linguistiques, de stages et de sorties culturelles.

    - l'autonomie et l'individualisation de l'enseignement ne doivent plus être des principes vides de sens. L'élève doit être acteur dans la classe et dans l'établissement, et dans la construction des savoirs (pedagogie de projet, taches complexes). La liberté pédagogique s'arrête là où la différenciation pédagogique commence, c'est un droit et il est bafoué quand, presque tous, nous faisons le même cours pour 30 élèves.

    Évidemment il faudrait que je sois plus précis, évidemment c'est discutable, mais quand la droite reviendra au pouvoir et pondra un plan de decentralisation/liberalisation du système éducatif appuyé sur des établissements autonomes dirigés par des managers avec des logiques comptables, on se demandera pourquoi on n'a pas tenté, quand on avait tous les leviers en main, et l'appui d'acteurs non négligeables de la communauté éducative, de refonder un système éducatif qui chancelait.

     

     



  • De notre responsabilité

    rubon99.jpgNouvelle circulaire de rentrée, colloque sur le métier d'enseignant, débat sur le socle commun...cela fait beaucoup de choses à discuter. Mais au-delà de ces sujets d'actualité, depuis un mois, quelque chose que j'ai entendu tourne et se retourne dans ma tête "ca sert à rien d'attendre la refondation, c'est à chacun de s'y mettre!". Et cela me fait réfléchir.

    Alors, l'heure de la révolution est venue? Peut-être. Ce matin, j'ai potassé la circulaire de rentrée, cette lettre de mission annuelle envoyée par le ministère de l'éducation à ses cadres intermédiaires pour donner les priorités de l'année scolaire. Ses priorités m'enthousiasment: je me reconnais pleinement dans une école qui réduit les inégalités, dans une école bienveillante. La déclinaison de nos missions m'intéresse: l'accompagnement des élèves, la réduction des inégalités, le soutien aux équipes pédagogiques, une école exigeante et bienveillante...

    Je relève d'excellentes idées: Une volonté profonde de réformer l'évaluation pour mieux mesurer les progrès, les jumelages de lycées avec des établissements étrangers, l'ébauche de la refondation du système éducatif à partir de l'éducation prioritaire (par exemple, les petits groupes de tutorat en sixième).

    Je vois aussi bon nombre de continuités droite/gauche qui font avancer le système: internats de la réussite, lutte contre le décrochage, contre le redoublement, il ne faut pas détricoter chaque année des évolutions de long terme! Je lis entre les lignes que sur la carte scolaire, sur le numérique, sur la formation continue, le nouveau ministre ne revient pas sur les orientations de son prédécesseur.

    Mais boudiou, au delà des intentions, comment va t'on faire bouger le mammouth? On parle d'évolutions des pratiques pédagogiques mais dans quel cadre? De simples fiches téléchargées ne suffiront pas! Une école bienveillante ne peut se limiter à la problématique de la pause méridienne! L'école numérique ne peut s'imposer avec une centaine de #collègesconnectés! Alors, espérons que la gauche saura accélérer le rythme d'ici 2017.

    Le travail sur le socle commun, avec la présentation du projet du conseil supérieur des programmes et du contre-projet de mon syndicat, les enseignants de l'UNSA, est une piste passionnante pour une refondation qui pourrait se mener sur le terrain: la logique curiculaire permet de mettre en oeuvre un travail interdisciplinaire, une autonomie pédagogique des établissements...pour ceux qui voudront avancer? Je pense que notre système peut et va évoluer. Mais comment? A l'anglo-saxonne, à la française, à la nordique? Et si la gauche a d'autres chats à fouetter ou ne veut pas prendre de risques, alors que fera t-on?

     

  • Quand Robert Menard se prend pour le sheriff de Nottingham

    police_municipale.gifCe qui est pratique, pour un candidat soutenu par le Front National, c'est qu'il n'a pas besoin de s’embarrasser à faire des propositions cohérentes, chiffrées, crédibles. Depuis un an qu'il s'intéresse à notre ville, Robert Menard s'est fait remarquer d'une part en stigmatisant les habitants de Béziers (rappellez-vous son article sur « les pauvres, les gitans et les arabes » de Béziers), d'autre part en salissant l'image de Béziers. Et apparemment, ce n'est pas fini.

    Son projet pour la sécurité s'étale depuis hier sur son site de campagne, en Comic Sans ms (la hantise des chargés de communication). Il coûterait 600 000 euros, mais ceux qui cherchent un chiffrage plus précis seront décus. Qu'en retenir ? Un mélange intrépide.

    • Le révolutionnaire Robert Menard crée des dispositifs qui existent déjà ; sa proposition 14 et 18 réinventent le conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance et l'observatoire qui va avec, constitués depuis 2005. C'est moins fatiguant que de réfléchir pour chercher des propositions innovantes, et ca prouve l'intérêt, relatif, que porte le journaliste en pré-retraite pour notre ville.

    • Le « généreux » candidat qui veut baisser les impôts locaux (sans expliquer comment) veut aussi...tout augmenter. Plus de médiateurs (proposition 15) plus de commissariats (proposition 12 et 13), et plus d'agents (proposition 1). Pour financer ces nouvelles dépenses, il n'indique pas si on doit fermer les écoles ou assécher les fontaines de la ville ?

    • Ne soyons pas de mauvaise foi, certaines propositions de Robert Menard n'ont rien de scandaleux...elles ont déjà été mises en place par des municipalités socialistes : élargissement des horaires de la police municipale, numero vert, brigades vertes et canines (propositions 6, 9 et 10), Bob ne fait que copier des initiatives vieilles de quelques décennies.

    • Restent des propositions discutables : les propositions 3, 4, et 5 sont consacrées aux cameras de videosurveillance largement remises en cause par les experts de la sécurité : elles coûtent chers et permettent très rarement de mener à des arrestations.

    • Le vrai problème, c'est l'armement de la police municipale : le taser est dénoncé comme un outil de torture par l'ONU, la possession d'une arme n'a pas empêché le meurtre d'une policière municipale, en 2010, et les policiers municipaux eux-mêmes sont divisés à ce sujet : les armer, c'est vouloir leur donner de nouvelles missions, assurées aujourd'hui par la police nationale, sans leur assurer la même formation, et la même rémunération.

    En bref, l'extrême droite n'amène rien de nouveau, rien de concret, rien d'utile pour ce débat essentiel sur la tranquillité publique à Béziers. La lutte contre les réseaux criminels, clandestins doit être menée sans merci, mais c'est en lien avec l'état, avec la justice et la police, pas en jouant les sheriffs !

    La tranquillité publique des habitants dans les quartiers doit être un objectif prioritaire pour la future municipalité, quand les conflits de voisinage menacent le vivre-ensemble. Mais ce que Robert Menard n'a pas compris, c'est que l'insécurité que ressentent les Biterrois est un problème global.

    Le centre-ville de Béziers, le soir, est lugubre, sinistre. C'est l'urbanisme, l'éclairage, qui peuvent réduire les coins sombres ! Enfin, redonner confiance aux Biterrois dans leur ville, c'est se soucier de leur quotidien, adapter la ville pour les personnes âgées, donner de nouveaux droits aux femmes, donner des moyens aux habitants pour embellir et se réapproprier leurs quartiers. En proposant d'armer la police municipale, en publiant un attirail de propositions copiées de ci et de là, Robert Menard ne fait que renforcer la violence de notre vie quotidienne.