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Le Militant - Page 5

  • Bribes de portes

     1334232364688a31b11eca_l.jpgComme beaucoup de camarades socialistes, cette élection présidentielle aura été l'occasion de frapper à beaucoup de portes. De me battre, dans chaque escalier, pour chaque voix. D'échouer. Souvent. Et, parfois, d'avoir l'impression de convaincre. Finis les formations à animer, les meetings à préparer, il fallait parler concret, directement, sortir des grandes phrases toutes faites, et réfléchir aussi au sens de mon engagement.

     Il fallait répondre au lycéen pro de Manosque (04) qui pensait que la politique ne servait à rien. Répondre à ces habitants des cités délaissées de Béziers (34) et d'Avignon (84) qui pensaient que les politiques étaient "tous pourris". A ces passants dans les rues de Chambery (73) qui estimaient que le changement, c'était pas possible. Voire même, à ce client du marché aux puces de Hyères (83) qui s'exclamait que la victoire de la gauche, c'etait la guerre civile annoncée.

      Pas toujours drôle cette campagne. Des débats pour commenter les sondages, des polémiques désolantes et nauséabondes, des questions occultées (santé, éducation) par des médias décevants, plus "people" que politiques, avides de petites phrases et de rebondissements, quite à les fabriquer.

      Avec Francois Hollande, nous avions des réponses pour ces bribes de portes. La république irréprochable. La baisse du salaire présidentiel, l'inégibilité des élus corrompus, le non-cumul, la parité, le renouvellement, la proportionnelle, oui nous voulons changer un système qui a tant décu. Fiscalité, éducation, petite enfance, entreprises, sécurité: oui la gauche c'est différent et l'impot progressif, les 60 000 postes, le congé parental égalitaire et l'attestation de controle d'identité, ca va changer la vie.

      Parce que le 6 mai, dans la victoire que j'espère, dans l'aboutissement de mon engagement auquel j'aspire, dans la joie que j'attends, tout ne sera pas fini. A Cavaillon, dans la cité du Dr Aymé, une mère m'a parlé de son fils mal orienté, de la petite dernière sur liste d'attente pour la maternelle, de son mari au chômage, et elle attend le changement. Maintenant.

     

  • La politique, de près ou de loin, d'en bas et d'en haut

    FH-2012-logo-01.jpgHier, à 15h, j'étais au zenith de Dijon. Je quitte pour 5mn le stand du MJS pour assister au seul moment des meetings que je vois, l'entrée du candidat. Le problème, c'est qu'avec mes collègues de la boutique, nous rentrons par la mauvaise porte, celle du candidat, sous les yeux horrifiés du SO qui nous engloutit vite. La musique se déclenche, les trompes de brume sonnent, l'adrénaline monte, Francois Hollande est arrivé, salue les élus - c'est leur meeting - et s'engage dans la haie formée par le MJS qui, longuement, entrecoupée de bises, d'encouragement et de serrements de main, le conduit à la tribune.

    C'est mon moment préféré mais aussi celui qui me serre le plus le coeur. 10 ans que j'attends la victoire de la gauche, qui s'approche, se concrétise, depuis quelques semaines. Esperance, mais peur de voir le candidat trébucher. L'argent, les médias, la malchance, tant de forces conjuguées ont déjà anéanti nos espoirs. Alors cette longue remontée de la haie d'honneur, c'est le symbole de cette longue campagne, décisive, qui sera aussi, pour moi, la mesure de 10 ans d'engagement. La politique quoi, de près, et de loin.

    La politique, ce mot craché par les décus, martellé par ses amateurs et ses professionnels, se pratique à toutes les longueurs, à toutes les distances, voire à toutes les latitudes. Je l'ai pratiqué de loin la semaine dernière quand, dans un restaurant de Berri-uqam, à Montreal au Quebec, je rencontrai les jeunes représentants du NPD Quebec (parti de gauche, opposition officielle au Canada) pour parler internationalisme, écologie et preparation du monde de 2050. Sur deux continents différents, sans avoir jamais travaillé ensemble, nous partagions avec Eddy et Catherine la même vision de l'integration, de la santé, de la fiscalité, et c'etait merveilleux. La politique, de tres haut.

    La politique de (trop) haut quand, au restaurant parlementaire de Quebec, dans le tintement feutré des fourchettes, le ministre délégué aux finances m'expliquait que la taxe sur les transactions financières menacait les investissements. Pour les économistes libéraux, aucune lecon n'a été tiré de la crise qui supprime des millions d'emploi depuis 3 ans, de ces spéculations massives, hasardeuses, fictives qui menacent l'économie réelle, la politique d'en bas.

    La politique de près, c'est le retour au college apres les vacances, lundi. mes collegues menacent de faire grève car avec un personnel de direction et demi sur 3, 4 surveillants sur 8, c'est la révolution. Le manque de moyens, au quotidien, c'est la salle bondée de l'aide aux devoirs, les exposés de mes éleves interrompus trois fois parce que je sortais de ma classe pour interrompre des cris dans la cour de recreation. Et ma 2eme classe qui n'a pas eu de prof de maths pendant 6 semaines. Tant pis pour le brevet. Les suppressions de postes, ca a des conséquences, dans la politique de près. Même dans les regards, désabusés, d'élèves qui vont devoir, comme je leur ai dit "réfléchir à leur orientation".

    La politique de près c'est cette élection présidentielle qui devient enfin omnipresente. Sur twitter, à la radio, dans la vraie vie, la droite s'affolle quand le pouvoir s'effrite. Et bien, le capital, les medias, tout celà ne suffit pas à maintenir la gauche à sa place traditionnelle d'opposition? à Béziers, le porte à porte commence lundi. C'est la politique d'en bas, celle qui doit répondre point par point aux décus de la politique, abstentionnistes, indécis, voire électeurs du FN, tous ceux pour qui la promesse républicaine n'est plus tenue. 

  • Un nouveau monde

     quebecmeteo.jpgLa chaleur de l'ile de Malte, appréciée le weekend dernier, s'est envolée, les clameurs du meeting de Rouen se sont éteintes. L'avion qui me ramenait d'une formation au porte en porte à Nice est à peine atterri, que je m'envole déjà, demain matin, pour le Québec. Quelles vacances! Vu mon bilan carbone de ce mois-ci je peux manger des carottes bio à tous les repas jusqu'en 2013.

      J'attendais cet envol avec impatience. D'une part parce que j'ai préparé minutieusement cette visite d'etudes du comité d'action politique franco-quebecois (CAPFQ). J'en suis effectivement le secrétaire général, désigné par les jeunes socialistes pour faire vivre les relations transpartisanes des organisations politiques de jeunesse de part et d'autre de l'Atlantique. On ne m'a sans doute pas choisi par hasard. Ces arpents de terre très lointains qui parlent francais ne me sont pas indifférents. Les rives du Saint Laurent me font rêver. C'est pourquoi mon appréhension est grande: traverser l'Atlantique, rencontrer des ministres, débattre de la politique extérieure de la France, c'est assez impressionnant à imaginer. Même s'il est peu plausible qu'on me laisse discourir au balcon de l'hôtel de ville de Montreal.

      C'est demain! Un programme très chargé jusqu'à samedi, mes élèves vont me retrouver en loques: Discuter de l'avancement de notre étude sur l'insertion professionnelle avec le consulat, les syndicats quebecois et les ministres concernés doit nous permettre de comparer la manière dont les deux pays emmènent les jeunes vers l'emploi. Un conseil d'administration extraordinaire, des rendez-vous avec des élus d'opposition nous verront débattre de l'avenir de la relation franco-quebecoise, si essentielle pour la francophonie.

      Jeudi soir, je retrouverai quelques camarades: Un débat sur la présidentielle m'amenera à me positionner sur la vision que portent Francois Hollande et Nicolas Sarkozy pour la France. Que de choses à dire sur une république abimée, sur un président qui a rabaissé sa fonction et oublié l'indépendance, la cohérence de nos relations extérieures...Justement, j'ai quelques heures de vol pour réviser les 60 propositions de mon candidat. Le "rêve francais" se décline aussi à l'echelle planétaire, tant en Europe que dans le monde, notamment francophone!

     

  • Casquettes militantes

     casquette-ps-pays-brianconnais-13.pngLes journées se suivent et ne se ressemblent guère. Mardi matin, je passais mon temps à la vie scolaire de mon collège de l'Aude pour m'occuper de mes élèves décrocheurs. Vendredi matin, je visitais un lycée professionnel du Val d'Oise, en mode permanence syndicale. Samedi apres-midi, j'aterrissais à Toulouse pour venir former les animateurs départementaux de la campagne « porte à porte » de Francois Hollande. Au milieu de tout cela, quelques soupes, quelques heures de sommeil, beaucoup de transports, et deux heures à combler à l'aéroport de Blagnac. Tant mieux, j'ai envie d'écrire. Et de réfléchir, avec l'impression vague que l'avenir de mes décrocheurs, la déprime et l'exaspération de mes collègues, les attentes des camarades socialistes que je rencontre, ont un point convergent.

    Ah les présidentielles, mère de toutes les batailles! Dimanche, l'espoir s'est ancré dans nos coeurs militants. Cors de brumes, sonnez! Pancartes, levez-vous! Militants, chantez fort! Au Bourget, je quittais ma boutique de t-shirts quelques minutes pour observer l'entrée du candidat sur scène. J'aime beaucoup les meetings, les montée d'adrénaline qu'ils provoquent, l'élan des foules et les clameurs, les battements unanimes. Le clip des 30 ans du Parti Socialiste m'avait déjà fait vibré, la clameur, crescendo, qui faisait trembler les gradins du hall 2 alors que le candidat montait sur scène m'a soulevé. Oui, si nous regrettons le caractère décisif de cette élection, si la rencontre entre un homme et un peuple ne nous agrée point, c'est bien maintenant que le changement se décide. Et je compte bien y prendre ma part, d'autant plus que le compte-à-rebours de mon engagement chez les jeunes socialistes s'égrène de plus en plus rapidement...

    A nous maintenant de redonner goût à la politique en portant ces 60 propositions publiées jeudi matin qui m'ont beaucoup plu. La priorité donnée aux PME qui fait l'objet des premières propositions, je m'en réjouis. La réforme des rythmes scolaires et des pratiques pédagogiques autour du socle peut-être un bon début pour refonder le système éducatif. Tout comme la réforme de la licence, la réforme de l'IS, la tarification progressive de l'eau et de l'énergie sur lesquels j'ai déjà travaillé. Certaines choses n'y sont pas mais le tout est cohérent, alternatif, et dessine un projet de société.

    Hier après-midi, en brain-storming sur l'abstention, revenaient souvent ces répliques: « la politique ca sert à rien », « la gauche et la droite c'est la même chose ». Et pourtant, le conseil de classe du deuxième trimestre où nous décidons en 5mn chrono de l'avenir d'un être humain, le mouvement de mutation académique qui terrorise mes collègues mutés en banlieue parisienne, tout cela dépend bien de l'élection présidentielle et de choix politiques. Tout comme la disparition de Megaupload qui nous a conduit à des achats massifs et précipités de DVD: à quand la licence globale? Une campagne aussi décisive ne peut se jouer sur quelques répliques de plateaux télévisés. Et c'est pour cela, c'était l'enjeu de la formation d'hier, qu'il faut frapper à chaque porte, convaincre les désabusés que le droit à la poursuite du bonheur, malgré le pic pétrolier, la crise (qui a bon dos), et toutes les entourloupes d'une droite accrochée au pouvoir, mérite de revenir à l'ordre du jour du conseil des ministres.