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Le Prof - Page 2

  • Et si le collège préparait aussi à la voie professionnelle?

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    Parce que quand je corrige j'ai l'impression que mon cours n'a bénéficié qu'aux meilleurs élèves. Parce que R & G ont apprécié leur stage alors qu'ils restent vautrés sur leur table en cours. Parce que mes camarades réservistes de l'armée de terre n'aiment pas les profs. Et sont tous passés par la voie pro. Je fais une hypothèse:

    Le collège ne prépare qu'à la voie générale, aux bacs S, L et ES. Toutes les autres filières ne sont que des voies de garage pour ceux qui ne peuvent pas suivre. Et c'est grave, parce que ce tri précoce est contraire à l'idée républicaine d'ascenseur social.

    On trie, on décante, on reproduit les inégalités sociales. Même pas besoin d'imposer, l'autocensure suffit en matière d'orientation. On vire ceux qui ne comprennent pas les consignes implicites des enseignants, ceux qui auraient eu besoin qu'on leur explique autrement, ceux qui, en pleine crise d'adolescente, ont peu profité d'un trimestre. Tant pis pour eux. Mais tant pis pour nous aussi. Les cancres endormis, les insoumis abonnés aux billets d'exclusion, nous le feront payer. A nous, à l'Ecole, à la République. Certains bulletins de vote sont là pour cela.

    Ma proposition? Puisqu'on réforme le collège (suppression des options, répartition des moyens, évaluation...) allons plus loin en profitant de la refonte des programmes au sein d'un nouveau socle pour changer carrément l'esprit des enseignements. Préparer à toutes les orientations au collège:

    - la découverte professionnelle c'est pour tout le monde! Ni une option, ni une classe à part, elle doit être un parcours, modulable, personnalisable, pour construire un projet, être initié au marché de l'emploi, au droit à la formation, avec des stages plus accessibles.

    - Notre milieu social, culturel, familial ne doit pas avoir tant de répercussions. L'école ne peut pas être un lieu de reproduction fatale des inégalités, sinon ce n'était pas la peine de faire la révolution. Et si les matières actuelles étaient trop théoriques? Si nos méthodes d'apprentissage faisaient trop appel à l'abstraction? Je n'ai jamais compris pourquoi je devais savoir faire une équation.

    Je propose de profiter du nouveau socle et des nouveaux programmes pour enseigner autrement et ancrer les savoirs dans la vie quotidienne. La géométrie c'est fait pour construire des maisons. En géographie on peut préparer à la topographie militaire. L'arithmétique ca doit permettre de ne pas se faire arnaquer quand on choisit un emprunt pour acheter une maison. Pourquoi ne parle t'on pas d'ingéniérie du son en musique? On ne fera pas disparaitre la culture classique, au contraire on la légitimera en l'insérant dans un tout. Certains me feront remarquer que j'ai déjà déposé un amendement en ce sens dans un congrès et que ca n'avait pas paru convaincant :)

    Ainsi, seulement, la voie professionnelle serait un véritable choix, un débouché naturel pour ceux qui sont plutôt bons dans tel ou tel domaine. Et pas un choix par defaut comme aujourd'hui.

    - enfin dans la continuité on doit pouvoir changer le lycée. Plutôt que séparer définitivement les lycéens professionnels dans les campus des métiers je préfere des lycées thématiques à l'opposé des catégories existantes. Au lycée A je place les arts, plastiques et appliqués, l'approfondissement en histoire géo, les bac pro métiers d'art et patrimoine. Au lycée B, je mets ensemble ceux qui ont pris les options langues, mais aussi les filières tourisme, commerce international, hotellerie restauration. Au lycée C j'accueille les physiciens, qu'ils préparent leur bac pro electro-technique, maintenance industrielle, une école d'ingénieur ou une prépa ENS scientifique. Au lycée D, ceux qui veulent devenir infirmier, médecin, laborantin ou puéricultrice seront aussi ensemble...et ainsi de suite. là encore, c'est un vieux projet, j'ai déjà écrit cela dans une résolution de conseil national..

    Evidemment, ce n'est qu'un sujet parmi tant d'autres. Service des enseignants, rôle du conseil pédagogique, évaluation par compétences, temps scolaire, tant de chantiers pourraient être ouverts...

  • Mes élèves adorent les notes

    quelle_note2-48708.jpgImaginez alors la déception de mes petits sixièmes quand j'ai décidé de les abandonner ce trimestre. En effet, dans mon collège on expérimente cette année dans certaines matières la classe sans notes. Cela fait des années que j'ai envie d'évaluer autrement, pas comme une fin en soi mais bien comme un moyen de mieux accompagner les élèves alors que je suis si démuni (et si inefficace !) face à l'échec scolaire. Le dernier jour avant les vacances, on en a un peu discuté en classe. Mais pas longtemps, et c'est dommage. Ce sont surtout les meilleurs élèves qui étaient véhéments.

    • « Mais Monsieur après on sait pas si on la moyenne ! » Et alors, elle sert à quoi la moyenne ? Peut-être que je suis satisfait quand un élève a 10,01 ? Que la copie ne vaut même pas le poids du papier quand il a 9,5 ? La compensation de différentes notes en moyenne générale comme seul critère jugé en conseil de classe, déterminant pour l'orientation, est discutable.

    - « Mais Monsieur ca nous fait baisser la moyenne, surtout qu'avec vous on avait des bonnes notes ! » Alors premièrement le problème d'une expérimentation c'est qu'elle déstabilise un peu les élèves avec des notes là, des items validés ici, et qu'elle n'est pas forcément accompagnée d'un projet global, d'une dynamique d'équipe. C'est une question de pilotage d'établissement : avec de vrais projets menés et décidés par des conseils pédagogiques, la classe sans notes aurait plus d'impact.

    Le deuxième problème, c'est que si mes élèves avaient des bonnes notes précédemment c'est que j'en ai marre de la constance macabre, que condamner dès la sixième des élèves à des notes à un chiffre me tracasse, que je ne supporte plus cette note sur 20 qui ne veut rien dire, qui n'est pas utile à la progression des élèves, et qui fluctue étrangement selon que je suis fatigué ou selon qu'un élève est en tête ou en queue du fatras de copies qui s'empile sur ma table.

    • « Mais Monsieur nos parents ils comprennent pas ! » Ah ça je l'entends, le logiciel qu'on utilise, « sacoche », n'est pas parfait, ni pour le conseil de classe (on ne sait pas quand l'item a été acquis), ni pour les parents (mais qu'est ce que mon enfant doit précisément savoir faire en sixième?) en revanche pour nous l'évaluation par compétences est fabuleuse : si untel a deux ronds verts en argumentation mais deux ronds rouges en critique de document, je sais ce que chacun va faire au prochain contrôle ! Enfin j'avance un peu vers la pédagogie différenciée, vers la remédiation des difficultés, élève par élève !

    • « Et vous Monsieur vous en pensez quoi ? » Là je triche, mes gentils sixièmes ne se permettraient pas de me poser ce genre de questions...La classe sans notes fait que je prends presque du plaisir à corriger des copies là où chaque année je traînais de plus en plus les pieds, ayant l'impression que cela ne servait à rien...j'ai l'impression de mieux connaître mes élèves, j'ai l'espoir de les aider, j'ai envie de leur faire tout valider petit à petit, à leur rythme, vu que je peux construire mes cours avec des progressions de compétences, là où j'avais du mal à être cohérent, pour évaluer plutôt l'étude de documents sur cette sequence, et plutôt le développement argumenté sur celle-ci.

    En bref cette question de l'évaluation qui fait tant débat depuis la rentrée, depuis que Benoit Hamon a proposé une conférence sur ce sujet, et qui fait l'objet de tant de simplifications médiatiques (on ne veut pas supprimer l'évaluation mais la note sur 20!) ne peut être séparée d'une problématique globale, la refondation nécéssaire d'un système français désuet où on fait classe aujourd'hui comme on l'a fait pendant des siècles (la note sur 20 a été inventée par les Jésuites pour faire des classements dans des salles à 100 élèves!). Pour la classe sans notes comme pour toutes les autres manières de changer l'enseignement, l'orientation, l'éducation, elle ne peut reposer sur des bonnes volontés : il faut un accompagnement institutionnel, il faut des ressources, il faut des formations. Mais chers collègues, allez-y, c'est motivant, ca marche et cela redonne du sens au métier.

     

  • 3 ministres, 3 projets, 3 problèmes

    89EtluYx.jpegAprès 6 ans passés à enseigner sous des ministres de droite, j'avais rêvé d'une politique éducative de gauche. En fait, la technostructure maintient le cap, et quel que soit le ministre, le mammouth avance, mais assez lentement. Je suis prof depuis 8 ans. Qu'est-ce qui a changé ? Un cahier de textes en ligne. Passer du rétroprojecteur au video-projecteur. Bazarder tous mes transparents et vieux manuels et passer mon temps sur youtube pour préparer mes cours. A part ca...j'aurais du mal à le dire. A part une réflexion plus poussée sur les compétences, mes projets interdisciplinaires, comme prof remplacant qui bouge beaucoup, sont très légers, mes innovations pédagogiques ressemblent plus à des expériences bricolées, qui parfois marchent.

    Mais ces 8 années d'expérience m'ont permis d'identifier quelques problèmes du système éducatif. Les heures que je passe à corriger des copies ne servent à rien car je ne remédie en rien aux difficultés de mes élèves d'où mon intérêt pour le socle commun et le remplacement de la note chiffrée. Tous ces cours déconnectés d'heure en heure ne font pas sens pour ces pré-adolescents qui ont d'autres préoccupations. Enfin, j'ai besoin de plus de temps avec mes collègues, de plus de formation continue, de vrais conseillers pédagogiques, pour arrêter de faire des cours qui se résument inlassablement à des exercices corrigés qui atterrissent pile poil sur ma trace écrite au tableau.

    Vincent Peillon s'est concentré sur l'école primaire, et le programme plus de maîtres que de classes, la réforme des rythmes, la scolarisation dès 3 ans, ca prenait du temps, sans conteste. Et pour le collège, les conseils de cycle sont devenus une réalité pour le lien CM2/6ème. Du passage éclair de Benoit Hamon on retiendra le lancement d'un débat sur la note et la priorité donnée à la lutte contre les inégalités sociales. Et de Najat Belkacem, on murmure (notamment sur le café pédagogique) qu'elle amorcerait une réforme du collège. D’après son discours en commission des finances/éducation de l'assemblée fin octobre, on avancerait sur plus de temps pour la transdisciplinarité, pour les équipes éducatives, et sur des moyens répartis entre établissements et académies sur de nouveaux critères faisant plus de place aux inégalités scolaires.

    Ça me va très bien. Parler de temps pour les équipes pédagogiques c'est mettre le petit doigt dans la question du métier, du temps de service, de la concertation entre enseignants pour faire un vrai diagnostic sur les élèves, voire se lancer dans une pédagogie différenciée avec des groupes de besoin et une géopolitique de la classe qui changerait complètement. Donner plus de temps à l'interdisciplinarité, si les acteurs innovants du système éducatif s'en emparent, ça pourrait être le début d'une révolution. Si le conseil pédagogique des établissements met en place une progression commune par niveau, associant toutes les disciplines et créant des ponts thématiques entre elles, on pourrait donner plus de sens au savoir scolaire. Et pour l'ambiance de la classe, pour la réussite des élèves, plus de sens, c'est important...

    Alors j'espère que ma ministre saura (je l'ai souhaité à maintes reprises) bousculer les conservatismes, les immobilismes, les corporatismes. Sinon chacun innovera dans son coin, on continuera à gâcher et à dégoûter de l'école, voire de la république, 10 à 30% d'une génération, et on s'étonnera des résultats...

  • Autonomie des établissements: une occasion ratée pour la gauche

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    La gauche au pouvoir et les politiques éducatives...une longue histoire d'espoirs, de projets et de renoncements. Je ne parle pas de changements et de conquêtes, c'est normal. Si je retiens les efforts de Jean Zay sous le front populaire pour unifier l'enseignement secondaire et les élans refondateurs de ce merveilleux plan Langevin-Wallon jamais appliqué, j'ai honte de remarquer que la création du collège unique, la mixité, c'est le bilan de la droite. Et pourtant, tant de profs à gauche, tant de discours sur la question éducative! Mais depuis le milieu des années 70, le système éducatif français se fait remarquer par son immobilisme et l'incohérence de ses réformes, quand d'autres pays ont un cap clair. Vous me direz, la gauche agit! Et les ZEP de Savary! Les IUFM et les cycles de Jospin! Le plan numérique de Peillon! Mais cette politique de petites touches, de peinture pointilliste, adopté aussi d'ailleurs par la droite à travers le programme ECLAIR, le socle commun et la reforme du lycée ne résout aucun des problèmes d'un système éducatif français vieillissant, élitiste et peu efficient.

    En 2012 on a parlé de refondation. Mais on n'a fait que réparer. Réparer la formation des enseignants, recréer des postes de personnels..mais ma manière d'enseigner entre 2011 et 2014 n'a pas changé d'un iota. Rien n'a changé dans ma vie d'enseignant et dans le quotidien des élèves. Le changement le plus radical étant la suppression de la colonne vie scolaire dans le bulletin des élèves...

    On aurait pu faire autrement, la reforme des rythmes n'aurait du être qu'un aspect de la refondation. Mais peut-être cette refondation n'était des l'origine qu'un leurre, la promesse des 60 000 postes faite par Francois Hollande pendant les primaires et la campagne des présidentielles annulant d'emblée toute marge de manoeuvre pour un ministre volontariste.

    Quels sont les leviers du changement? On peut changer le quotidien de l'élève (évaluation, pedagogie différenciée), la vie de la classe (programmes, formation des enseignants, équipements numériques), la vie de l'établissement (architecture, fonctionnement interne, ressources) ou encore les structures même du système éducatif (les cycles par exemple). On a choisi de toucher un peu à tout. Ca donne une certaine image de dynamisme, ca peut faire bouger les mentalités (et Benoit Hamon a eu raison de poser la question des notes) mais ce n'est pas assez pour faire évoluer une entreprise quasiment aussi puissante numériquement que l'armée russe.

    Mon changement à moi aurait été différent, il se serait appuyé sur la mise en oeuvre sur 5 ans d'un acte II de l'autonomie des établissements. En effet, la gauche a décentralisé et déconcentré le système éducatif entre 1982 (lois sur les collectivités locales) et 1986 (entrée en vigueur des décrets d'août 1985 sur les établissements publics locaux d'enseignement). Cette décentralisation s'appuie sur l'autonomie des établissements. Les personnels de direction sont créés, des projets d'établissements lancés par la loi d'orientation de 1989, les champs d'intervention définis par l'article R421.2 du code de l'éducation. Et pourtant! La note d'analyse du centre d'analyse stratégique de janvier 2013 et le rapport de l'inspection générale de l'administration de 2006 pointaient toutes les limites de cette autonomie: peu de marge de manoeuvre dans les moyens pédagogiques, recentralisation informatique et harcèlement du rectorat, refus des enseignants d'accepter des taches supplémentaires, instances trop descendantes...

    Et pourtant, cette autonomie est bien là! Selon la loi le chef d'établissement constitue les classes, repartit la dotation pédagogique, organise le temps et la vie scolaire, l'orientation des élèves, évalue les enseignants, ouvre l'établissement sur son environnement, propose des sujets locaux d'enseignement, organise des activités complémentaires...tout est en place, et certains établissements innovants ne se privent pas de ces possibilités pour organiser autrement la journée des élèves, donner plus de sens aux savoirs et plus d'autonomie aux élèves, comme le collège Clisthène de Bordeaux (voir le hors-serie numérique des cahiers pédagogiques).

    Quels sont les freins alors, les obstacles à dépasser?!

    - En premier lieu le service des enseignants. Avec 18 heures de cours disciplinaires où les enseignants font ce qu'ils veulent on ne peut pas aller très loin. Alors, si on reforme le service des enseignants, par exemple avec une présence de 24 heures dont 2/3 de cours disciplinaires et 1/3 d'activités complémentaires telles que tutorat, coordination, formation continue, déjà les possibilités sont plus ouvertes. Ce service, annualisé, permettrait l'organisation de semaines thématiques, des cours modulaires qui évitent aux profs de musique de voir défiler 18 classes dans une semaine...Evidemment il faudrait des moyens pour cela on pourrait par exemple tripler la part fixe de l'ISOE pour prendre en compte cette redéfinition du service. Ca coûte moins cher que l'augmentation du point d'indice...

    - en second lieu le fonctionnement des établissements. Le conseil pédagogique doit pouvoir proposer des plans d'études, des progressions disciplinaires par niveau pour organiser l'interdisciplinarite entre les matières et donner plus de sens au savoir. Il doit pouvoir définir des référentiels de compétences par cycle pour mieux faire progresser les eleves et coordonner les exigences méthodologiques. Il doit pouvoir définir un plan de formation continue permettant aux personnels éducatifs, par exemple une demi-journée par mois, de s'initier à la pédagogie différenciée, au jeu sérieux, aux troubles de l'apprentissage, aux technologies éducatives du numérique....

    Le conseil d'administration doit avoir de nouvelles compétences: organiser le temps scolaire autour de temps conviviaux, disciplinaires, interdisciplinaires, mais aussi en terme d'activités optionnelles, de tutorat par groupes de 4/5 eleves par enseignant...prevoir un plan d'ouverture internationale, culturelle et professionnelle pour que tous les élèves, par exemple, au collège, effectuent un certain nombre de séjours linguistiques, de stages et de sorties culturelles.

    - l'autonomie et l'individualisation de l'enseignement ne doivent plus être des principes vides de sens. L'élève doit être acteur dans la classe et dans l'établissement, et dans la construction des savoirs (pedagogie de projet, taches complexes). La liberté pédagogique s'arrête là où la différenciation pédagogique commence, c'est un droit et il est bafoué quand, presque tous, nous faisons le même cours pour 30 élèves.

    Évidemment il faudrait que je sois plus précis, évidemment c'est discutable, mais quand la droite reviendra au pouvoir et pondra un plan de decentralisation/liberalisation du système éducatif appuyé sur des établissements autonomes dirigés par des managers avec des logiques comptables, on se demandera pourquoi on n'a pas tenté, quand on avait tous les leviers en main, et l'appui d'acteurs non négligeables de la communauté éducative, de refonder un système éducatif qui chancelait.