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histoire - Page 5

  • du Mistral, des étoiles et de la Bible

    Arche_Hebreux.jpgComme tous les ans, Noël est le seul moment où l'on est sûr de me trouver à Béziers. Retour en vacances, après un premier trimestre bien agité. Comme tous les ans, je prends mes marques de professeur et le premier trimestre est toujours un temps d'adaptation où l'on pose les limites comme on dit dans la profession. C'est fait, depuis novembre, le programme est bien jalonné, le moment des remédiations individuelles semble venu. Quelles remédiations seront necessaires? Enrichissement du vocabulaire en section euro et pratique plus soutenue de la langue, organisation des connaissances pour rédiger un paragraphe argumenté et lutte contre la paraphrase en troisieme, la question de l'écriture et des réponses précises et reformulées en sixieme.

    Retour en vacances dans un TGV où évidemment un enfant en bas âge installé sur le siège derrière a hurlé pendant que je corrigeais mes copies (à quand les wagons corpos?). Parfois je me repose et je bosse sur la bible. à la rentrée je commence une nouvelle leçon sur les Hébreux. Finis les climats qui m'ont duré tout le mois de décembre, à moi l'Histoire, et cette leçon fabuleusement difficile à mener. en seconde, j'avais déjà expliqué la naissance du christianisme, comme une secte dévoyée, en sixieme l'an dernier j'expliquais l'histoire d'un peuple en mélangeant copieusement histoire et croyance. Alors cette année, la rigueur est de mise. Le premier qui balance un truc religieux est collé "monsieur pourquoi on fait pas le coran? couillon, c'est en cinquieme, respecte la chronologie!"

    La première rigueur que je me donne pour le second trimestre, c'est introduire mes cours et mes séquences (ma deuxieme concernant les corrections). Une séquence sur "le peuple de la bible, les Hébreux". Alors je vais pas faire un cours de philosophie à mes élèves, évidemment mais il existe des croyances, on l'a vu avec les Egyptiens, concernant un ou des dieux et plus généralement la vie dans un potentiel au delà. Ces croyances, qu'elles nous concernent ou pas sont importantes dans notre vie quotidienne et notre histoire, dans nos paysages (églises, croix), notre temps (dimanche , noel), et notre histoire (pas mal de guerres quand même). Il est intéressant de s'interesser à leur naissance, à leurs textes fondateurs. Mais le boulot de l'historien, c'est de savoir recouper ce texte avec d'autres fragments de l'histoire, des écritures aux traces archéologiques en passant par les témoignages contemporains. Ainsi, il apparait que la Bible est l'histoire d'un peuple et de ses croyances écrit à posteriori, alors que ce même peuple était envahi. Cette histoire comprend la création du monde, l'histoire du périple des Hébreux et de ses rois. Mais ce qui est intéressant aussi c'est de s'interesser à ce document, premier traduit, premier imprimé, qui a fait tant d'histoire et d'histoires. Un texte fondateur pour les 3 grandes religions monothéistes présentes sur tous les continents et rassemblant la moitié de l'humanité au moins.

    Mais c'est noel, un moment de répit! Quelques corrections, les autres préparations attendront janvier! Ici à Béziers, mon souci c'est la Ville, ses affaires et ses histoires, son budget, que je décrypte demain, sa vie politique, que je vais débattre ce soir, et surtout, ce parfum énivrant d'histoire qui coule avec l'Orb, dans les contrebas de la cathédrale St Nazaire, et m'amène à appréhender avec angoisse le verdict des mutations, mi-mars!

  • Ma vie sur l'estrade 5: conseils, cours et pas perdus

    salle_de_classe_1.jpg20h40. sur la passerelle de Massy Palaiseau, les voyageurs se font rare. Dans l'atmosphère humide des soirées pluvieuses d'ile de France, les pas de mes chaussures noires usées et que je n'ai toujours pas le temps de remplacer sonnent creux. J'ai faim, le conseil de classe des première euro s'est terminé il y a 20 mn. Je suis fatigué, la journée a été dure. Elle n'est pas finie, une heure et un kebab plus tard j'arrive à peine chez moi où m'attend une réunion msn avec ma chère AF de l'Essonne.

    ma voiture au controle technique à 9h, tenir le bureau de vote des élections professionnelles à 10h, rameuter les collegues dans tout le college à 11h, manger à 12h(pas assez), et mes cours de 13h à 17H. Journée sympathique. Les sixiemes adorables sont fidèles à leur réputation.  Tout le monde (vraiment tout le monde) participe, on se détend et le cours avance quand même c'est formidable. un demi-groupe de troisieme découvre avec stupeur et abomination la prise de notes ("c'est vrai qu'au lycée on a pas droit au stylo plume?"), et les sixieme affreuses, fideles à elles-mêmes, sont à la fois attachantes et enrageantes. à 17h, je cours, et le conseil des premieres commence.

    C'est solennel. Les profs se présentent devant tous les élèves rassemblés au fond de la classe et tous les eleves passent un par un devant le conseil. Quelques ressentis? une différence immense avec le college, pas de problème de discipline. Des eleves qui décrochent face aux difficultés d'une premiere S spé maths, la plus dure des dures (moyenne de maths 8 au premier trimestre), et quelquefois je suis intérieurement énervé par des dialogues farfelus. "elle a des difficultés en maths" "et bien faut plus travailler, faut faire des devoirs en plus, faut écouter" et créer des cours particuliers gratuits au lycée aussi peut-être ou casser les filières pour éviter cette surenchere absurde d'options? Casser les filières pour éviter à des littéraires de se retrouver en S pour faire plaisir aux parents?

    " elle a des lacunes, elle a du mal au premier trimestre à suivre le rythme" "elle travaille combien le soir?" "une heure à peu pres" "mais c'est pas assez ca!" ca veut dire quoi que des adolescents qui pratiquent un peu de sport, se détendent, sortent un peu, devraient compléter leurs 30heures hebdomadaires par 10/20h de travail personnel? Mais à quel titre? le travail se fait à l'école?

    et cette école justement, est elle bien attractive? Je me suis imprimé un rapport de meirieu sur l'ennui à l'école. mes troisiemes s'ennuient. Un premiere s'ennuie et dit qu'il veut partir à l'armée. que faire?

    Et ma journée d'hier au fait? lever en retard, j'arrive au collège pour préparer le petit déjeuner de la sixieme bavarde. pendant une heure, je sers le chocolat, les oranges, le lait à des élèves très contents d'être servis par leur prof d'histoire. C'est soi disant une initiation à la nutrition hein. Je gère une parent d'élève qui fait un scandale, j'amene un collé à la vie scolaire, et je repars en courant pour récupérer mes troisiemes qui ont une heure "d'intervention de la SNCF" au programme: dégradations et malveillance dans le RER... vaste programme. Le soir, au conseil de classe, j'apprends que je vais trop vite en troisieme, qu'il faut dicter aux élèves pour qu'ils comprennent mieux...quand les éleves sont réactionnaires, où va le monde!

  • De l'Egypte, du congrès, de mes classes...

    ancient_egypt_FR_1.gifIl y a différents niveaux de soucis. s'inquiéter pour ses chaussures qui se fanent c'est un premier degré. La recherche d'un appartement ou le contrôle technique sont un deuxieme degré. Un troisième degré est atteint quand on s'interroge sur sa capacité à relever un défi pédagogique (l'enseignement en section euro pour être précis). Un quatrième palier est atteint quand, dans les salles du musée du Louvre, on regarde fixement la palette d'un scribe qui vous fait planer très haut, au dessus de ces milliers de siècles égyptiens vantés par Napoléon en 1799.

    Il est aussi des soucis collectifs. Le congrès de Reims est une préoccupation importante pour moi en tant que militant du parti socialiste. Comme tous les 3 ans, évidemment, nous réfléchissons à notre orientation, mais là, il y a des nouveautés. Une majorité explosée, un premier secrétaire qui s'en va, des médias complètement à côté de la plaque dans leur affrontement delanoé / Royal qui n'ont d'ailleurs pas réussi à dévoyer le vote des militants même s'ils essaient de nous faire avaler que 29% est une victoire large et éclatante. On croit rêver. La motion C dans laquelle je me reconnais a réuni 19% des suffrages militants, comme elle est arrivée 2eme dans ma section. Par son score national et de retentissantes victoires locales, elle a fait parler d'elle. Ce n'est pas seulement la gauche du parti. La motion C, c'est la voix de la cohérence et de l'espoir face aux renoncements de la majorité sortante. C'est aussi, il faut l'avouer, largement la voix d'une génération, celle de l'apres mitterrand, grandie dans l'opposition, au sortir de la guerre froide, qui souhaiterait trouver une alternative au capitalisme triomphant depuis 1989. Nous sommes 4ème mais tout n'est pas perdu. Campés sur nos positions, en suffrages et en principes, nous avons envie d'être aux responsabilités pour impulser une dynamique à même de renverser les certitudes sarkozystes, aux prochaines échéances nationales. Nous voulons donner un autre visage à la politique qui dégoute bon nombre de Francais.

    Hier, l'après midi, j'entrais sous la pyramide du Louvre. Un peu intimidé par cet ensemble froid qui fut le siege de la royauté valoisienne tardive et des premiers Bourbons. Je n'y étais pas allé depuis l'âge de 10 ans. Armé d'un petit carnet, je tracais des plans d'accès: je suis terrifié à l'idée d'y amener mes chers sixieme, qui seraient capables de déboulonner un sarcophage ou de jouer à cache cache entre la joconde et la venus de milo...terrifiant. Je profitais quand même de l'occasion pour m'attarder sur l'histoire du louvre, du donjon au palais, avant d'aller aux antiquités égyptiennes. Je suis toujours intrigué par le palais des tuileries, détruit par ces saletés de communards, j'ai enfin pu le voir...en gravure! Mais j'ai une carte d'accès, j'y retournerai.

    Je venais pour l'Egypte, pour voir sur quoi je pouvais axer mon questionnaire de visite. Il y aura évidemment 4 questionnaires, je suis un prof vicieux. La mastaba d'un noble reconstituée, des cartes et des panneaux d'explication, des momies et des sarcophages ainsi qu'un nombre impressionnant d'objets de la vie quotidienne devraient avoir raison de la curiosité insatiable de mes chers sixieme.

    Car j'ai retrouvé mes classes à la faveur de ces 2 jours de rentrée apres ces vacances ou plutôt cet "ersatz" de vacances. J'ai pu recommencer les exposés sur les dieux égyptiens avec la sixieme attachante (ancienne sixieme lente) qui est en avance. J'étais tellement content de les voir fignoler leurs panneaux, coller leurs docs, écrire leurs commentaires, tracer leurs titres, dans le bruit et la bonne humeur mais très efficacement! C'est le meilleur moment de la semaine! Mais que faire de ces deux élèves distraits incapables de se concentrer sans se lever, parler, incapables de travailler de manière continue? Ca sent la télé le soir, le manque de petit déjeuner, et sans doute d'autres aspects qu"on discutera en conseil de classe (hyperactivité et surdoué ne sont pas exclus). Mais en sixieme, rien n'est acquis, j'espere qu'on pourra faire autre chose. Les sixieme sages et la sixieme folle (ancienne sixieme adorables) ont moins d'avance. La troisieme bavarde était au top de sa forme, et j'ai été profondément dégouté par la premiere blasée qui n'avait pas amené ses documents pour ses exposés. J'ai donc compris qu'il faudrait vraiment songer à d'autres méthodes de travail moins marrantes pour le deuxieme semestre, et donc pour le cours du 28 novembre, un mois pour être bon mais je sens que mes oreilles vont siffler au conseil de classe!

  • Enseignement professionnel, guerre de cent ans et autres turpitudes

    guerre-cent-ans.jpgJe viens de lâcher ma classe préférée, la sixième adorable. Elle bouillait, les frites  de la cantine sont toujours aussi lourdes à digérer, et elle a salué la sonnerie d'un cri (?!) de soulagement. ca ne me vexe pas, cette dernière heure est toujours terrible pour ces élèves très (trop?) gentils par ailleurs. les inégalités de développement pour la 7ème heure de cours c'est trop dur. Même si pour la première fois depuis mes débuts de carrière j'ai réussi à faire saisir la notion de développement humain. victoire.

    Ce matin, j'étais au syndicat, à Paris, metro chateau d'eau, comme tous les deux jours. Le froid était gris en sortant du métro. Qu'est ce que j'y fais? Au delà des classiques du syndicalisme enseignant (questions des collègues sur la carrière, réactions à l'actualité éducative), j'ai choisi de me concentrer sur un dossier: l'enseignement professionnel. Et oui chère soeur, le responsable du secteur enseignement professionnel c'est moi, argh tu peux le dire. Au delà du suivi des professeurs de cette branche (mutations, promotions), je m'occupe des dossiers politiques qui les concernent:

    - la rénovation de la voie professionnelle: le gouvernement veut réduire les bacs pro à 3 ans pour lutter contre l'absentéisme et l'abandon d'études. Le problème; c'est d'offrir un débouché à tous les élèves qui ne sont pas capables de passer le bac en 3 ans, et donc de laisser des bacs pro en 4 et des diplomes de niveau V (CAP, etc.) . Le statut des professeurs des lycées pro: on ne mettre en place le contrôle continu (CCF pour les intimes) sans le prendre en compte dans le travail des enseignants. Idem pour les insinuations du gouvernement sur les temps de stages innoccupés: les enseignants ne s'embetent pas, ils visitent les stagiaires! Les SEGPA: quel enseignement donner dans ces sections d'enseignement adapté pour les élèves qui ne peuvent suivre les cours classiques? Quel accès à des diplômes leur permettant de s'insèrer dans la vie active et quelle formation pour les enseignants qui travaillent dans ces classes? C'est sur toutes ces questions, mais aussi sur la carte de la formation professionnelle et sur le lycée des métiers, que je travaille. Et ce sera certainement très intéressant de bosser sur l'emploi, la formation, l'insertion pro et les entreprises!

    Et après? le matin dans le RER, à midi dans le RER, le soir dans le RER ou même pendant mes pauses, ou même le soir avant de dormir, je lis. Je lis un roman historique qui me passionne depuis fin juillet, sur la guerre de 100 ans "Ogier d'Argouges", de Pierre Naudin, c'est l'histoire en 7 tomes d'un jeune chevalier qui venge son père accusé de trahison à la bataille de l'écluse en 1340. Tournois, sièges, pillages, la guerre de cent ans est vécue au jour le jour. Je n'entends plus le sifflement du RER, seulement le cliquetis des armes et des armures. Un petit effort encore et je sentirais l'odeur du crottin.

    Dans le train qui me ramenait, dimanche, d'Avignon, j'étais plongé dans la bataille de Crecy. En 1346, le roi de France Philippe VI se bat contre le roi d'Angleterre Edouard III à la bataille de Crecy, dans le Nord de la France. Le roi anglais qui a débarqué en Normandie revendique la couronne française comme petit fils de Philippe Le Bel. Philippe VI à 100 000 hommes, des arbalétiers gênois, l'élite de la chevalerie française et des dizaines de milliers de piétons, ces archers et coutiliers envoyés par les "bonnes villes" du royaume. Edouard n'a que 30 000 hommes, dont 10 000 archers gallois, ou pas, entrainés depuis leur naissance presque au tir à l'arc. à 300 mètres, ils transpercent une cuirasse et peuvent tirer 12 flèches à la minute.

    Cette bataille mériterait d'appartenir à une célèbre collection. Elle est symbolique. C'est un désastre pour le roi de France. La chevalerie est massacrée, égorgée, les piétons écrasés, le roi manque d'être fait prisonnier. Alors que les Francais étaient trois fois plus nombreux que les anglais. Cette bataille a d'immenses conséquences géopolitiques, politiques et militaires. Militaires d'abord: ces archers anglais qui arrêtent les chevaliers lourdement armés, c'est une victoire défensive, et surtout la première victoire de...l'artillerie! Les canons de Napoléon ne feront pas plus de dégats! Politiques ensuite: la chevalerie française, ces grands barons friands de guerres privées...et de révoltes disparait. Restent la petite noblesse...et l'état. Plus rien n'arrêtera l'essor de la monarchie française. Géopolitiques enfin. Le royaume d'Angleterre reprend sa première place en Europe, perdue depuis Philippe Auguste. En tenant le commerce flamand, les ports de Guyenne, la mer du nord et la Manche, il maitrise toute l'Europe de l'ouest.

     Comment celà a t'il pu arriver? Philippe de Valois est un très mauvais stratège. Et de plus un grand naïf. Il propose un duel au roi d'angleterre pour régler le conflit dynastique "entre hommes". La cour d'Angleterre mettra une semaine à se remettre...de son fou rire! Philippe a trop lu de romans de chevalerie. Il rêve tournois, lances, galops, croit en la suprématie de la chevallerie, et méprise les "piétons", le peuple qui se bat avec son arc ou son couteau. Il commet de nombreuses erreurs, laisse Edouard débarquer tranquillement, passer la Seine à gué, et décide de l'attaquer à Crecy dans de très mauvaises conditions: Edouard est sur une colline. Philippe a le soleil dans les yeux. l'armée française est exténuée. Face à face deux armées: l'armée anglaise est disciplinée, divisée en 3 batailles (corps). L'armée française est mal commandée, mal organisée, les chevaliers partent à l'assaut sans attendre d'ordre du roi qui est dépassé.

    Ce qui arrive? les piétons français partent à l'assaut de la colline. Les archers les assomment d'une pluie de flèches. Les piétons refluent vers l'armée française. Les chevaliers français pressés de charger, massacrent les piétons pour passer. Leurs propres arbaletiers! Les chevaliers, décimés par la pluie de flèches galloise, arrivent sur la colline anglaise...et les premiers rangs sont embrochés par les épieux cachés par les anglais. les chevaux tombent, les chevaliers prisonniers de leurs lourdes armures sont égorgés par les coutiliers qu'ils méprisent tant. Les vagues d'assaut s'écrasent sur les défenses anglaises. Au soir de la bataille, le roi Philippe, aidé de quelques survivants, s'échappe. La France va subir 100 ans de guerre, perdre la moitié de sa population, son rôle international, sa prospérité économique.